L’ONF et les Annie Awards, une histoire d’excellence depuis 50 ans
L’ONF et les Annie Awards, une histoire d’excellence depuis 50 ans
Créés en 1972 par la section californienne de l’Association internationale du film d’animation (ASIFA-Hollywood), les Annie Awards récompensent chaque année l’excellence en animation. Des prix sont remis dans plusieurs catégories à des films, à des œuvres pour la télévision et à des jeux vidéo. La jeune fille qui pleurait des perles (2025), de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski, qui est également dans la course pour un Oscar, est en nomination dans la catégorie du Meilleur court métrage (Best Short Subject).
La jeune fille qui pleurait des perles, Chris Lavis et Maciek Szczerbowski, offert par l’ Office national du film du Canada
L’ASIFA-Hollywood remet également chaque année, et ce depuis sa création, le prix Winsor-McCay, récompensant l’ensemble de la carrière d’un ou d’une artiste en animation. En 1975, c’est le cinéaste Norman McLaren qui recevait, conjointement avec nul autre que Walt Disney, ce prestigieux prix.
La 53e cérémonie des Annie Awards, récompensant les films de 2025, aura lieu le 21 février 2026. La nomination obtenue par le court métrage de Lavis et Szczerbowski marque donc 50 ans (1975-2025) de présence pour les artisans et artisanes de l’ONF aux Annie Awards.
Ce billet aimerait revenir sur quelques moments forts de cette présence aux Annie Awards.
Le grand McLaren
Comme nous l’avons mentionné en introduction, Norman McLaren était le lauréat du prix Winsor-McCay en 1975. À cette époque, il est déjà un artiste accompli et son œuvre réalisée majoritairement à l’ONF, dont la renommée et l’influence dépassent largement les frontières canadiennes, compte une soixantaine de films, récompensés par plus de 200 prix à travers le monde. Véritable génie de l’animation, créateur d’avant-garde, pionnier de la musique électronique et de l’animation en 3D, McLaren occupe assurément une place importante dans l’histoire du cinéma d’animation.
Discours de bienvenue de Norman McLaren, Norman McLaren, offert par l’Office national du film du Canada
De l’ONF aux Beatles
En 1993, le prix est remis au cinéaste George Dunning. Il est surtout connu pour son film avec les Beatles, Yellow Submarine (1968), qu’il a réalisé au Royaume-Uni. Mais ce que peu de gens savent, c’est qu’il est né à Toronto et a commencé sa carrière d’animateur à l’ONF. Peu de temps après avoir terminé ses études à l’Ontario College of Art & Design, il est recruté par Norman McLaren pour venir travailler au tout nouveau studio d’animation de l’ONF à Ottawa. C’est là qu’il apprend les rudiments de l’animation. De 1943 à 1950, il y réalise dix films utilisant principalement la technique d’animation en papier découpé, dont Cadet Rousselle (1946), qui obtient plusieurs prix dans des festivals aux États-Unis et en Italie. Il tourne son dernier film à l’ONF, L’arbre généalogique (1950), avec la cinéaste Evelyn Lambart, qui a également reçu le prix Winsor-McCay en 2022.
Cadet Rousselle , George Dunning, offert par l’ Office national du film du Canada
De Harvard à l’ONF
En 2016, la même récompense est octroyée à Caroline Leaf, la première femme cinéaste de l’ONF à la recevoir. Née à Seattle aux États-Unis, elle poursuit des études en architecture et en arts visuels au Radcliffe College de l’Université d’Harvard. C’est lors de sa dernière année d’étude qu’elle s’initie à l’animation en suivant un cours donné par le cinéaste et producteur Derek Lamb, qui travaillera par la suite à l’ONF. Elle réalise quelques films aux États-Unis avant de venir s’installer à Montréal en 1972 pour travailler au studio d’animation de l’ONF. Elle y restera jusqu’en 1991, réalisant neuf films, dont La rue (1976) nommé aux Oscars, et Entre deux sœurs (1990), pour lequel elle utilise une technique d’animation particulière de gravure sur pellicule 70 mm. Une carrière remarquable durant laquelle elle expérimentera plusieurs techniques d’animation, dont certaines pour lesquelles elle sera une précurseure, comme l’animation avec du sable et la peinture sur verre.
Entre deux soeurs, Caroline Leaf, offert par l’ Office national du film du Canada
Un duo d’animatrices
Dès l’année suivante, Wendy Tilby et Amanda Forbis sont lauréates du prix. Les deux cinéastes travaillent en duo depuis la fin des années 1990. Elles se sont rencontrées à l’Emily Carr College of Art and Design, à Vancouver, où elles ont étudié le cinéma, la vidéo et l’animation. Leur premier film, When the Day Breaks (1999), remporte plus de 30 prix internationaux, dont la Palme d’or du court métrage à Cannes. Il est également nommé aux Oscars. Les deux films suivants sont aussi acclamés par la critique et remportent de nombreux prix. Une vie sauvage (2011) récolte une dizaine de prix au Canada et à l’étranger tandis que Le matelot volant (2022) en reçoit une vingtaine, dont celui du meilleur court métrage d’animation au Festival de Sundance. Les deux films sont aussi nommés aux Oscars. Wendy Tilby et Amanda Forbis ont créé une œuvre magnifique, bienveillante et inspirante ainsi qu’un style visuel unique qui ont conquis le cœur et l’imagination du public partout dans le monde.
Une vie sauvage, Amanda Forbis et Wendy Tilby, offert par l’Office national du film du Canada
Une productrice accomplie
En 2023, le prix Winsor-McCay est attribué à la productrice Marcy Page. Originaire de la Californie, elle émigre au Canada, puis entre à l’ONF en 1990, d’abord comme réalisatrice et productrice associée, puis comme productrice. Travaillant en tant que productrice au studio d’animation anglais, elle garde toujours à l’esprit l’idée de rechercher des projets éclectiques et inhabituels, qui repoussent les limites de l’animation. Au cours d’une fructueuse carrière de 24 ans, elle a produit des dizaines d’œuvres de cinéastes de la relève et d’expérience, qui, au fil du temps, ont récolté plus de 350 prix internationaux ! Six d’entre elles ont été nommées aux Oscars. Il s’agit de Ma grand-mère repassait les chemises du roi (1999) et Ma Moulton et moi (2014) de Torill Kove, Madame Tutli-Putli (2007) de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski, Une vie sauvage (2011) d’Amanda Forbis et Wendy Tilby, ainsi que deux films qui ont finalement remporté l’Oscar, Ryan (2004) de Chris Landreth et Le poète danois (2006) de Torill Kove.
Madame Tutli-Putli, Chris Lavis et Maciek Szczerbowski, offert par l’Office national du film du Canada
Mentionnons que les cinéastes Evelyn Lambart (2022) et Charlotte Reiniger (2023), ainsi que le compositeur, monteur et concepteur sonore Normand Roger (2024), et la réalisatrice et productrice Eunice Macaulay (2024), qui ont tous et toutes travaillé à l’ONF, ont remporté le prix Winsor-McCay.
Les films
Et que dire des productions ou des coproductions de l’ONF ? Depuis une vingtaine d’années, elles ont reçu pas moins de 14 nominations aux Annie Awards dans la catégorie Meilleur court métrage (Best Short Subject). Parmi ces 14 films, 7 ont également été nommés aux Oscars : Ryan (2004) de Chris Landreth, Dimanche (2011) de Patrick Doyon, Une vie sauvage (2011) de Wendy Tilby et Amanda Forbis, Ma Moulton et moi (2014) de Torill Kove, Vaysha l’aveugle (2016) de Theodore Ushev, Le matelot volant (2022), un autre opus du duo Tilby et Forbis, et La jeune fille qui pleurait des perles (2025) de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski.
Dimanche, Patrick Doyon, offert par l’Office national du film du Canada
La cinéaste Regina Pessoa, dont le court métrage Kali le petit vampire avait aussi obtenu une nomination en 2012, est la seule à avoir remporté un Annie Award avec son film Oncle Thomas – La comptabilité des jours (2018).
Oncle Thomas – La comptabilité des jours, Regina Pessoa, offert par l’Office national du film du Canada
Quatre cinéastes qui ont réalisé plusieurs films produits par l’ONF ont également obtenu des nominations : Patrick Bouchard avec Bydlo (2012), Theodore Ushev avec Gloria Victoria (2013), Cordell Barker avec Si j’étais le bon Dieu (2015) et Claude Cloutier avec Autos portraits (2015).
Autos Portraits, Claude Cloutier, offert par l’Office national du film du Canada
Enfin, mentionnons l’excellent La maison du hérisson (2017) d’Eva Cvijanovic, qui en était à son deuxième film à l’ONF, après avoir réalisé quelques films dans le secteur privé.
La maison du hérisson, Eva Cvijanovic, offert par l’Office national du film du Canada
Je vous invite à voir ou à revoir les films proposés dans ce billet.
Longue vie aux Annie Awards !
Longue vie à l’ONF !