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Le 50e anniversaire du Studio D, Partie 1 : Kathleen Shannon et les années de formation

Le 50e anniversaire du Studio D, Partie 1 : Kathleen Shannon et les années de formation

Le 50e anniversaire du Studio D, Partie 1 : Kathleen Shannon et les années de formation

Créé en 1974 par l’ONF, le Studio D a été à l’origine de quelque 220 films avant de fermer ses portes plus de deux décennies plus tard, en 1997, année où sont parus ses deux derniers titres. Sa production applaudie et diversifiée, entièrement réalisée par des femmes, a remporté un total impressionnant de plus de 130 prix, dont trois Oscars.

À l’occasion du Jour de l’histoire des femmes, ce volet de la Perspective du conservateur rend hommage aux réalisatrices visionnaires du premier studio de cinéma féministe au monde — et à ce jour, le seul à avoir été financé par un gouvernement[i]. Pour souligner le 50e anniversaire de sa fondation et grâce à l’effort collectif de plusieurs services de l’ONF pour mettre en valeur la contribution déterminante du Studio D au cinéma, nous avons mis en ligne 90 films issus du studio, dont plusieurs sont inédits en format numérique. Vous pouvez les visionner gratuitement sur onf.ca.

Parmi les nombreuses productions offertes, la chaîne propose Je trouverai un moyen (I’ll Find a Way, 1977), de Beverly Shaffer, premier film du studio lauréat d’un Oscar, qui a été réalisé dans le cadre de sa série Children of Canada. Ce court métrage raconte l’histoire de Nadia, une fillette de neuf ans atteinte de spina-bifida, qui rêve d’aller dans une école normale, même si elle sait que les autres enfants se moqueront d’elle. Sage pour son jeune âge, Nadia décide simplement qu’elle « trouvera un moyen de s’en sortir ».

Je trouverai un moyen, Beverly Shaffer, offert par l'Office national du film du Canada

L’histoire du studio et de ses films étant très riche, ce billet sera publié en deux parties. Si vous souhaitez passer directement à la deuxième partie, cliquez sur ce lien : Le 50e anniversaire du Studio D, Partie 2 : Les pionnières primées du cinéma féministe.

Kathleen Shannon

L’œuvre de Kathleen Shannon représente un jalon dans l’histoire de l’Office national du film du Canada. Avec Norman McLaren, Alanis Obomsawin et Willie Dunn, elle est l’une des artistes les plus importantes à avoir travaillé à l’ONF. Son influence s’est étendue bien au-delà des murs de l’institution, laissant une marque durable sur le cinéma canadien. Elle a été une source d’inspiration pour les femmes cinéastes du monde entier.

Née à Vancouver en 1935, Kathleen Shannon a été réalisatrice, productrice, interprète, preneuse de son, compositrice, monteuse (images et sons) et scénariste. Elle compte à son actif plus de 270 titres de l’ONF, dont 20 en tant que réalisatrice et plus de 100 en tant que productrice, dont deux films primés aux Oscars : Je trouverai un moyen, de Beverly Shaffer, et Flamenco à 5 h 15 (Flamenco at 5:15, 1983), de Cynthia Scott. Sa première expérience professionnelle à l’ONF remonte à l’âge de 21 ans : elle avait alors travaillé au montage du court métrage documentaire Canadian Wheat (1956), de J. Stanley Moore.

Elle a ensuite occupé plusieurs autres fonctions, touchant en particulier des films liés aux thèmes autochtones et réalisés avant la création de l’« Indian Film Crew » de l’ONF, entre autres Indian Dialogue (1967), de D. David Hughes, et Pikangikum (1967) de John Gould. Elle a également collaboré à des films marquants comme Loon Lake (1969), de Tom O’Connor, Vous êtes en terre indienne (You Are on Indian Land, 1969), de Michael Kanentakeron Mitchell, et le classique de l’ONF Notre univers (Universe, 1960), de Roman Kroitor. Kathleen fait ses débuts comme réalisatrice en 1971 avec I Don’t Think It’s Meant for Us…, dans lequel des locataires de logements sociaux expriment certaines de leurs préoccupations et de leurs opinions.

«I Don't Think It's Meant for Us …», Kathleen Shannon, provided by the National Film Board of Canada

Trois ans plus tard, elle réalise un autre film sur le logement, Extensions of the Family (1974), portant sur une « famille choisie de 13 personnes » qui achète une maison dans une grande ville occidentale et en partage les responsabilités. L’année suivante, elle crée une œuvre personnelle, Goldwood (1975), récemment déposée sur notre site web. Explorant ses souvenirs de la ville minière de Colombie-Britannique dans laquelle elle a grandi, Kathleen combine dans ce film un documentaire scénarisé avec une animation minimaliste créée par le mouvement de la caméra sur de jolies illustrations dessinées à la main.

Goldwood, Kathleen Shannon, provided by the National Film Board of Canada

L’ABC du Studio D : les années de formation (1974-1976)

Juste avant la création du Studio D en 1974, Kathleen a réalisé et produit les films suivants pour la série Working Mothers : It’s Not Enough (1974), Like the Trees (1974), Luckily I Need Little Sleep (1974), They Appreciate You More (1974), Tiger on a Tight Leash (1974), Would I Ever Like to Work (1974), Mothers Are People (1974) et «… and They Lived Happily Ever After» (1975). Le succès de la série a fait comprendre à la cinéaste non seulement qu’il existait un marché pour les films sur les questions qui touchent les femmes, mais qu’il y avait des femmes désireuses de réaliser des films[ii]. La série a également servi de source d’inspiration pour la création du Studio D.

Ces huit titres dépeignent les perspectives et les expériences vécues par des femmes et des mères issues de milieux et de domaines variés au début des années soixante-dix. Les regarder aujourd’hui, c’est assister à une chronique de l’évolution du rôle des femmes dans la société canadienne. Dans le court métrage Mothers Are People — également mis en ligne récemment sur notre site web —, Joy, biologiste-chercheuse, veuve et mère de deux enfants d’âge scolaire, discute de ses propres dilemmes, mais elle parle également au nom de nombreuses autres femmes de partout au pays. En plus de constituer une forme de « discrimination à l’égard des femmes », l’absence d’un réseau universel de garderies, selon Joy, est une perte pour les enfants.

Mothers Are People, Kathleen Shannon, provided by the National Film Board of Canada

Malgré cette carrière remarquable, tant comme réalisatrice que dans d’autres fonctions, Kathleen est surtout connue pour avoir été la fondatrice et la première productrice exécutive du Studio D.

Le « D » de son nom provient d’une tradition remontant à 1948, selon laquelle des lettres étaient attribuées pour identifier les studios de l’ONF. Au début des années 1970, la production de l’ONF a été réorganisée en trois studios : A (Animation), B (Documentaire) — la fameuse Unité B sous la direction de Tom Daly — et C (Fiction). Lorsque Kathleen propose un studio indépendant pour les femmes, l’ONF lui attribue la lettre D[iii]. Le 1er juin 1974[iv], le Studio D est fondé dans le cadre de Challenge for Change/Société nouvelle, l’initiative participative en matière de cinéma et de vidéo créée en 1967 par l’ONF, qui cherche à inclure les voix du Canada multiculturel. Le court métrage Our Dear Sisters (1975), réalisé par Kathleen dans les débuts du Studio D et de Société nouvelle, sur la grande Alanis Obomsawin, en est un bon exemple : ce film a réuni de manière créative deux grandes artistes de l’ONF. Alanis Obomsawin y parle de sa vie, de son peuple et de ses responsabilités en tant que mère de famille monoparentale et mère d’un enfant adopté.

Our Dear Sisters, Kathleen Shannon, provided by the National Film Board of Canada

Un studio visionnaire : emploi, formation et environnement créatif pour les femmes

D’une certaine manière, ce que représentait le Studio D pour les aspirantes cinéastes des années 1970 est semblable à ce que constitue aujourd’hui l’ONF pour les réalisatrices émergentes : une institution qui embauche et forme des femmes et qui offre un espace unique pour la création artistique. Dans une interview accordée au Christian Science Monitor en 1989, Kathleen a décrit les objectifs du studio : offrir des possibilités d’emploi et de formation aux femmes, répondre à leurs besoins en matière d’information, créer un environnement qui faciliterait « l’exploration de notre créativité à notre manière » et communiquer le point de vue des femmes « sur toutes les questions sociales »[v].

En faisant des recherches pour ce billet de blogue, je suis tombé sur des copies des films Just-a-Minute, rarement vus, qui étaient entreposées dans nos archives. C’est la première fois que ces films produits par le studio en 1975 sont mis en ligne.

Just-A-Minute – Part 1, Tina Horne, Candace Savage, Patricia Robertson, Joan Hutton, Mary Daemen, Sharon Madden, Margaret Pettigrew, Mary Aitkin & Terre Nash, provided by the National Film Board of Canada

Ces films sont le résultat de la première initiative de formation de cinéastes organisée par le Studio D, en collaboration avec le Programme féminin du Secrétariat d’État. Ce programme de court métrage collaboratif (ou quilt filmmaking) a permis à plusieurs femmes canadiennes de s’exprimer par l’entremise d’un film d’une minute. En utilisant l’humour, la caricature ou l’animation, ces courts métrages mettent en lumière certains des problèmes et des attitudes auxquels les femmes se heurtent à la maison et au travail. Ils sont non seulement divertissants, mais abordent également des questions d’actualité importantes.

La série Just-a-Minute comprend des films réalisés par des femmes qui deviendront des figures influentes du cinéma canadien, comme Terre Nash, Margaret Pettigrew et Moira Simpson. Les films ont été tournés dans différentes villes du Canada (Montréal, Toronto, Ottawa, etc.) et certains titres sont attribués à des collectifs de femmes, tels que Candance Savage and Friends (Saskatoon), Reel Feeling (Vancouver) et Mary Aitken and Friends (Calgary). En bref (si l’on peut dire), ces 11 films incarnent l’objectif de Kathleen Shannon pour le Studio D : créer des emplois et fournir à la fois une formation et un environnement créatif aux femmes de tout le pays. Je vous invite à prendre le temps de regarder ces courts métrages révélateurs. Notez toutefois que les parties 1 et 2 de Just-a-minute ne sont accessibles qu’aux personnes abonnées sur onf.ca et qu’il se peut qu’elles ne soient proposées sur le site de l’ONF que jusqu’à la fin de l’année.

Just-a-Minute – Part 2, Terre Nash, Margaret Pettigrew, Moira Simpson & Mary Aitkin, provided by the National Film Board of Canada

How They Saw Us: recontextualiser les œuvres du passé

Une dernière caractéristique des œuvres du Studio D que j’aimerais aborder—avant de passer à la deuxième partie de mon article—est son orientation historique et son examen souvent critique des productions passées de l’ONF. La série How They Saw Us d’Ann Pearson en est un excellent exemple. Parue en 1977, elle rassemble sept films (dont six productions de l’ONF) réalisés entre 1942 et 1958, y compris des films de propagande et de recrutement, et les remet en contexte en les sous-titrant et en ajoutant un texte à l’écran qui se lit en partie ainsi :

« Ce film a été ressorti pour l’intérêt historique qu’il présente. L’image qu’il projette des femmes reflète les exigences et les attentes sociales particulières de la société canadienne à l’époque où il a été produit. »

How They Saw Us: Needles and Pins, par exemple, revisite le film Needles and Pins (1955) de Roger Blais en imposant une perspective féministe qui met en évidence la vision patriarcale et condescendante qui prévalait à l’ONF dans les années 1950 à l’égard des femmes. Dans la version remise en contexte par Ann Pearson du film britannique Women at War (1942), un intertitre d’ouverture souligne que le film « contraste fortement avec les films canadiens similaires en acceptant la participation directe des femmes à l’effort de guerre comme un prolongement naturel de leurs occupations en temps de paix ».

How They Saw Us: Women at War, Ann Pearson, provided by the National Film Board of Canada

Des cinéastes masculins au studio des femmes ?

Pour conclure la première partie de ma vaste exploration de l’histoire et des productions du Studio D, je tiens à préciser que, même si tous les films réalisés par le studio ont été produits par des femmes, cinq d’entre eux ont été réalisés par des hommes. Cela indique que, loin d’adopter une approche exclusive, limitée ou orthodoxe de la réalisation, le Studio D était en fait une initiative visionnaire axée sur l’inclusion et la diversité, comme nous le verrons plus en détail dans la deuxième partie de ce billet.

En attendant, jetez un coup d’œil à l’un des films les plus célèbres du Studio D réalisé par un homme, le classique de l’ONF Waterwalker (1984), de Bill Mason.

Waterwalker, Bill Mason, provided by the National Film Board of Canada

Pour lire la seconde partie de ce billet, cliquez sur Le 50e anniversaire du Studio D, Partie 2 : Les pionnières primées du cinéma féministe.

[i] Gail Vanstone, D is for Daring: The Women behind the Films of Studio D, Toronto, Sumach Press, 2007, p. 36-37.
[ii] Kathleen Shannon, « D is for Dilemma », Herizons, vol. 31, no 3 (hiver 2018), p. 24-27.
[iii] Information fournie par André D’Ulisse, directeur d’ONF Archives.
[iv] CA NFB/ONF (fonds). NFB Employee Service Record: Kathleen, Shannon (CA NFB-HR Series / CA ONF-RH Serie), 1978. / Box-CL-RH.
[v] David Sterritt, « National Film Board of Canada’s All-Women Studio D: Prize-Winning, Controversial », Christian Science Monitor, 30 mars 1989, https://www.csmonitor.com/1989/0330/lstudio.html.
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