Pause ONF avec Regina Pessoa

Pause ONF avec Regina Pessoa

Pause ONF avec Regina Pessoa

Regina Pessoa signe depuis 1999 de touchants courts métrages animés qui s’appuient sur sa propre enfance. Son tout dernier film, Oncle Thomas – La comptabilité des jours, est lui aussi un récit autobiographique qui, à l’aide d’une combinaison de plusieurs techniques d’animation, adopte toutefois un tout nouveau point de vue.

La cinéaste portugaise nous raconte le processus de création de cette œuvre-hommage, dans laquelle elle dépeint avec affection l’oncle extraordinaire qui a marqué sa jeunesse et lui a appris à dessiner.

« Je savais que je voulais raconter cet oncle, qui n’est plus avec nous. J’avais plusieurs épisodes réels de mon enfance, différents objets lui ayant appartenu, mais je ne savais pas comment commencer mon film! Un ami m’a alors suggéré de lui écrire une lettre. »

Suivant ce précieux conseil, elle a écrit, en quelques heures seulement, une longue missive à feu Thomas. L’exercice l’a profondément inspirée et émue : il l’a mise dans l’ambiance nécessaire pour démarrer le projet, tout en l’aidant à structurer ses nombreux souvenirs.

Cette lettre a pris une importance telle qu’elle est rapidement devenue la colonne vertébrale du court métrage. Regina s’en est également servie pour créer la narration hors champ d’Oncle Thomas, qu’elle assure d’ailleurs elle-même.

« Je ne suis pas actrice et ma voix n’a rien d’exceptionnel! déclare en riant la Portugaise, qui s’exprime très bien en français. Ce n’était vraiment pas prévu, mais quand j’ai essayé avec une comédienne, ça m’a fait un choc. C’était bizarre d’entendre ma lettre avec une autre voix. Ça m’éloignait trop de l’histoire, donc je l’ai faite moi-même. » (Fait amusant : c’est aussi un non-acteur, son mari producteur et réalisateur, Abi Feijò, qui assure la voix masculine du film!)

Photo de la famille de Regina Pessoa

Pour structurer son court métrage, Regina a fait appel au soutien de son ami Andreas Hykade, un cinéaste d’animation allemand avec qui elle a développé un fertile processus de collaboration.

« Avant même que le film ne soit commencé, je lui ai raconté mon idée et montré ma lettre. Il a été tellement ému qu’il m’a tout de suite proposé de m’aider avec la scénarisation. En échange, j’ai accepté de participer au développement de son film, et j’ai donné des cours à son école d’animation. C’était extrêmement enrichissant de travailler ensemble. »

Après pas moins de 22 mois de production, la réalisatrice vient donc d’achever son quatrième film d’animation, qui s’appuie sur ses propres souvenirs de jeunesse. Une nouveauté cependant : sa nouvelle œuvre raconte non seulement l’enfance, mais aussi le vieillissement, avec le regard d’un adulte.

Quelques croquis

« Ma matière première est toujours mon vécu. Je ne travaille pas avec des fables! Mon enfance m’a beaucoup marquée, et je la raconte ici du point de vue de la femme que je suis maintenant », affirme-t-elle.

Est-ce à dire qu’Oncle Thomas est un documentaire animé?

« Je ne sais pas, mais je peux confirmer que toutes les scènes, et même les répliques de mon oncle, ont vraiment existé. Je tenais à utiliser uniquement ce qu’il a dit ou ce que j’ai lu dans ses journaux et ses lettres que j’ai avec moi. »

Comme dans ses autres films, Regina a employé une palette de couleurs restreinte. Au-delà du noir et du blanc, Oncle Thomas fait appel à seulement trois couleurs : le bleu, le rouge et de légères touches de vert.

« Puisque je parle depuis mon point de vue d’aujourd’hui, je voulais des couleurs qui me faisaient ressentir un peu le vintage. Comme de vieilles photos qui se décolorent et ne gardent que quelques tons… C’est aussi pour ça que j’ai trouvé ce ton un peu sépia, pour le vieillissement, la mémoire », raconte la cinéaste, en expliquant aussi que son choix de couleurs s’appuie beaucoup sur la scène où son oncle lui montre comment dessiner avec du charbon sur des murs de chaux.

L’artiste spécialisée en gravure perçoit ce film comme étant la combinaison de toutes les techniques qu’elle a apprises durant sa carrière :

« Pour chaque film, je me lance un défi technique personnel, dit-elle. Ici, c’était : comment mélanger les langages analogique et numérique? »

Rappelons que Regina avait employé la gravure sur plâtre pour La nuit, la gravure sur papier et l’encre de Chine pour Histoire tragique avec fin heureuse, ainsi que la gravure sur tablette tactile pour Kali le petit vampire.

« Pour Oncle Thomas, il fallait que je puisse intégrer les objets de mon oncle, ses chiffres, ses papiers… Je voulais aussi dessiner sur un mur pour vrai. J’adore la gravure — la texture, l’ombre, la lumière — sauf que le processus peut être assez long et laborieux. J’ai employé une technique mixte pour y arriver, le meilleur des deux mondes! »

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