Enseigner la démocratie : le pouvoir du peuple ou la tyrannie de la majorité?

Enseigner la démocratie : le pouvoir du peuple ou la tyrannie de la majorité?

Enseigner la démocratie : le pouvoir du peuple ou la tyrannie de la majorité?

Que vous enseigniez l’éducation à la citoyenneté, les droits civiques, l’histoire ou la philosophie, la question de la démocratie finit inévitablement par se poser en classe. Même si les élèves rechignent parfois à apprendre la procédure parlementaire, l’utilisation du film Qu’est-ce que la démocratie?, d’Astra Taylor, vous aidera à lancer la discussion sur des sujets qui sont pertinents pour eux. Voici quelques questions fondamentales : Les groupes minoritaires sont-ils oubliés dans la démocratie qui prévaut de nos jours? Les démocraties modernes sont-elles sous la coupe des riches? La démocratie est-elle vraiment un idéal? Vous trouverez ci-après des idées sur la façon d’inclure en classe ce documentaire exhaustif.

Qu'est-ce que la démocratie?, Astra Taylor, offert par l'Office national du film du Canada

Avant le visionnage

Ces activités introduiront de manière captivante les idées thématiques présentées dans le film. Demandez aux élèves de faire une séance de remue-méninges afin de trouver les conditions nécessaires pour qu’un pays soit en démocratie (élections équitables, suffrage universel, liberté d’expression, etc.). Ils présenteront ces conditions par ordre décroissant d’importance et défendront leurs choix devant les autres élèves ou équipes. Une autre possibilité consiste à sonder leur opinion sur des énoncés comme les suivants : la démocratie moderne est aux mains des riches; les détenus devraient avoir le droit de vote; la justice importe plus que la liberté. Ces thèmes sont tous abordés dans le film, et les élèves se sentiront davantage concernés s’ils y voient des éléments qui confirment ou remettent en question les idées qu’ils ont déjà exprimées.

La tyrannie de la majorité

L’un des thèmes évoqués dans le film est l’histoire conflictuelle de la démocratie, de l’esclavage et des tensions raciales continues aux États-Unis. On y voit des entrevues avec d’éminents militants comme Cornel West, professeur à Harvard, et l’auteure Angela Davis. La scène allant de 16:30 à 21:40 s’impose comme segment à utiliser pour provoquer la réflexion. À l’occasion d’un rassemblement, le ministre protestant William Barber II explique la mise en péril de la démocratie par la restriction du droit de vote aux États-Unis. On assiste ensuite au témoignage d’une jeune fille qui s’interroge quant à la différence entre la lutte qu’elle livre pour ses droits et le combat mené antérieurement par les manifestants du Mouvement des droits civiques. Elle raconte comment elle a essayé d’échapper aux gaz lacrymogènes, qu’elle a été menacée d’une arme à feu et elle se demande si la démocratie américaine l’inclut vraiment. Pour cette jeune fille, la démocratie est nettement plus qu’une affaire de droit de vote ou de droit à l’éducation sans discrimination raciale.

Questions à débattre : Après le visionnage de cet extrait, l’enseignante ou l’enseignant invite les élèves à discuter des autres conditions nécessaires pour que la démocratie englobe tous les citoyens. À quel point la démocratie se trouve-t-elle en crise si les minorités en sont exclues?

Les luttes pour la démocratie de l’Antiquité aux temps modernes

Le film s’ouvre sur une citation de Platon : Ce qui est beau n’est jamais facile à accomplir. Ce thème pertinent tout au long du documentaire offre aux enseignants d’histoire ou de philosophie un bon moyen de faire le lien entre les défis actuels et les idées qui ont marqué l’histoire. Le film nous ramène dans l’Agora antique d’Athènes, généralement reconnue comme le berceau de la démocratie moderne. La scène allant de 21:40 à 25:00 mérite qu’on s’y attarde. Une spécialiste de la Grèce y explique comment Clisthène a enclenché d’importantes réformes au sein de la société athénienne de l’Antiquité de manière à favoriser la collaboration citoyenne au-delà de la communauté immédiate.

Questions à débattre : Les Anciens étaient aux prises avec des groupes divisés et une élite dominante. Cette idée interpelle aujourd’hui et soulève des questions sur la façon d’engager le dialogue en dehors de nos chambres d’écho. À la séquence qui débute à 1:22, la même experte nous ramène au fait que les Grecs de l’Antiquité choisissaient leurs dirigeants par tirage au sort plutôt que par scrutin. La question de savoir si la démocratie serait mieux servie par un tel mode de nomination suscitera sans doute des discussions intéressantes en classe.

Quels votes comptent?

Tout au long de l’histoire, le nombre de personnes jouissant du droit de vote démocratique s’est lentement accru. Quels obstacles reste-t-il toutefois à surmonter pour que « la voix du peuple » se fasse bel et bien entendre? L’entrevue de la scène allant de 1:10 à 1:16 traite précisément de cette question. Un ancien détenu aujourd’hui barbier parle avec éloquence de ce que signifie pour lui la démocratie. Il remet en cause le fait qu’on lui dénie le droit de vote alors même que la criminalité des entreprises est passée sous silence.

Questions à débattre : Qu’est-ce qui a poussé les détenus à entreprendre une grève de la faim? Dans ce cas particulier, on voulait fermer la bibliothèque de la prison. L’enseignante ou l’enseignant peut faire un parallèle dans le contexte canadien. Quels arguments ont soutenu le droit de vote des détenus lors des élections fédérales au pays? Quels obstacles la population canadienne a-t-elle dû éliminer pour assurer le suffrage universel (exigences relatives à la détention d’un titre de propriété, racisme, situation particulière des Autochtones et des femmes)?

La démocratie : une lutte perpétuelle

Tout au long du film, Astra Taylor met en relief combien le sens du mot démocratie diffère selon la personne à qui l’on s’adresse. Sans doute ce constat vaudra-t-il aussi pour votre classe. Il n’en reste pas moins que le documentaire offre de nombreux points de départ pour aider les élèves à s’interroger sur les lacunes de la démocratie tout en en faisant des défenseurs de ses forces. Platon estimait que la démocratie mènerait naturellement à la tyrannie, et ce point de vue mérite encore d’être exploré de nos jours. Ce sont les élèves qui abandonneront l’expérience démocratique ou qui la perfectionneront de manière à véritablement parvenir à « un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

 

Carla McIvor enseigne actuellement les sciences sociales au Collège West Island, à Calgary, en Alberta. Elle donne aussi des cours aux fonctionnaires de la Colombie-Britannique et de l’Ontario sur une variété de sujets, allant de la philosophie à la politique comparée. Elle détient une maîtrise en relations internationales de l’Université de Genève.

 

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