La cinéaste Keyu Chen raconte sa vie au Québec en 7 illustrations

La cinéaste Keyu Chen raconte sa vie au Québec en 7 illustrations

La cinéaste Keyu Chen raconte sa vie au Québec en 7 illustrations

En 2006, la jeune cinéaste Keyu Chen troquait sa Chine natale contre Rouyn-Noranda, afin d’y étudier la création 3D et les médias interactifs. Ce grand départ allait inspirer son premier film d’animation professionnel, Un printemps, réalisé à l’ONF à l’issue du concours Cinéaste recherché(e).

Toujours au Québec après plus de dix ans, l’artiste revient sur la naissance de sa carrière en animation et se remémore les moments marquants de sa vie à Rouyn, à Québec et à Montréal, où elle réside aujourd’hui. À partir d’images qu’elle a elle-même choisies, elle nous fait partager ses méthodes de travail, ses sources d’inspiration, ses questionnements et ses réflexions artistiques.


Dix ans séparent la photo initiale, que Keyu a prise elle-même lors de sa deuxième journée à Rouyn-Noranda, et le dessin qu’elle a tracé par-dessus l’an dernier (1).

C’est en se souvenant de son état d’esprit en arrivant ici que la cinéaste a fait cet autoportrait en jeune fille parachutée dans un parc national grandiose, sous le regard incertain des montagnes.

(1)

« En regardant cette image aujourd’hui, je repense à ma curiosité au début. Tout était si nouveau pour moi et je voulais tout voir en même temps! Mais je sentais au même moment le regard des gens, qui ne me connaissaient pas encore »

L’hiver québécois

La jeune artiste, qui ne maîtrisait pas encore le français, se préparait alors à entamer les trois années d’études du baccalauréat en création 3D et en multimédia interactif de l’UQAT.

« Après les cours, au début, je ressentais une certaine solitude. Je passais donc beaucoup de temps à dessiner à l’ordinateur ce que je pensais, ce que je vivais»

Ces dessins, Keyu les envoyait à sa famille ou à ses amis en Chine, et elle les publiait régulièrement sur le web pour partager ses découvertes, par exemple l’hiver québécois (2).

(2)

En 2009, baccalauréat en main, la cinéaste s’est établie à Québec pour réaliser une maîtrise en arts visuels à l’Université Laval. Son exposition de fin d’études — une installation composée d’un mur recouvert de Post-it sur lequel était projetée une vidéo portant sur un village en Chine (3) — était déjà porteuse de certains thèmes d’Un printemps.

(3)

« Le village de ma grand-mère m’inspire beaucoup, et il est dans presque tous mes projets. Ma mémoire de ce lieu n’est pas seulement une image : elle vient avec une température et un vent très spécial, qui ne ressemble pas du tout au vent québécois. »

Keyu a donc inclus deux ventilateurs à son dispositif de projection, afin que l’expérience du spectateur se rapproche le plus possible de son souvenir.

Arrivée à l’ONF

C’est après son passage à l’Université Laval que Keyu a fait son entrée à l’ONF à Montréal, en tant que stagiaire sur divers projets d’animation, notamment avec Marie-Josée Saint-Pierre. Elle y a fait plusieurs rencontres marquantes, qui figurent sur ce montage photo (4) :

(4)

« J’y ai trouvé des personnes qui m’ont beaucoup inspirée. Je me suis sentie très bien rapidement; l’ambiance était vraiment bonne dans le studio! »

Sans les encouragements de ses collègues, l’animatrice en herbe n’aurait d’ailleurs jamais participé au concours Cinéaste recherché(e), qu’elle a remporté en 2013.

Ce dessin (5) est l’un des premiers à avoir nourri la création d’Un printemps. « Il symbolise l’incertitude et le voyage. Le moment où tu es curieuse de voir ce qu’il y a au loin, mais lorsque tu t’approches, tu t’aperçois que c’est juste un pont, finalement… Ça ne guide pas, tu ne comprends pas plus. »

(5)

Keyu explique que ce sentiment, ainsi que tout le questionnement sur ses raisons de vivre toujours au Québec après dix ans, alimente beaucoup sa création.

C’est également le cas du personnage de la grand-mère (6), une figure qui joue un rôle majeur dans ses œuvres et qu’elle admire pour sa solidité et son honnêteté.

(6)

« La mienne a toujours été très directe : elle n’aime pas quand je pars, et la dernière fois, elle a même caché mon sac à dos! Mes parents, eux, me disent qu’ils sont contents que je parte apprendre et faire ce que je veux, mais je sais qu’au fond du cœur, ils aimeraient que je reste en Chine. »

Ces souvenirs, impressions ou sentiments, Keyu les consigne quotidiennement dans un petit cahier (7), qui voyage partout avec elle.

(7)

Ce journal débordant de dessins et de textes (en chinois ou en français, selon les idées qui lui viennent) lui sert ensuite de matière de base pour créer.

« Un printemps est né dans mon cahier. J’ai commencé à mon arrivée au Canada, et depuis, j’en remplis un par année. Je les garde tous! »

 

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