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La stéréoscopie (3D) pour les nuls

La stéréoscopie (3D) pour les nuls

La stéréoscopie (3D) pour les nuls

Marc Bertrand, producteur au Studio animation et jeunesse de l’ONF, a offert deux ateliers de maître sur la stéréoscopie, aussi connue sous le nom d’imagerie 3D, le 8 mars dernier au Centre Phi, à l’occasion du Festival international de films pour enfants de Montréal (FIFEM).

Marc Bertrand a lui-même produit 6 films d’animation en 3D au cours de ses 15 années d’expérience à l’ONF. C’est en retraçant ces expériences qu’il nous a expliqué les principes de la stéréoscopie. Une technologie qui a beaucoup évolué avec le temps : « il y a 10 ans, (la stéréoscopie) était cher et compliquée », dixit le producteur.

Heureusement, ce temps est révolu. Il est maintenant possible pour un cinéaste de comprendre la stéréoscopie et de l’utiliser dans ses films sans nécessairement avoir à y investir des millions de dollars.

La stéréoscopie 101

Pour comprendre le principe de l’imagerie 3D, il faut d’abord comprendre la vision humaine. Si nous avons deux yeux, c’est pour voir la vie en trois dimensions. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous devons porter des lunettes lorsqu’on regarde un film en 3D : tout part de la vision. Nos deux yeux ne voient pas la même chose. On s’en rend vite compte lorsque l’on ferme un œil à la fois. L’image devant nous se déplace d’un œil à l’autre.

« Notre cerveau réussit à faire un tout avec ces deux images et à nous faire avoir une seule vision stéréoscopique. Si nous n’avions pas cette capacité, nous verrions un monde complètement différent… et plat », explique Marc Bertrand.

Le principe de la stéréoscopie a été inventé dans les années 1850. À cette époque, on comprenait déjà le principe qu’il fallait utiliser deux caméras côte-à-côte, placées à la distance des yeux, pour produire un effet stéréoscopique. Deux images sont ensuite projetées sur un écran et les lunettes permettent à notre cerveau de n’en voir qu’une seule, en trois dimensions.

Lunettes de stéréoscopie (3D) actives

Les lunettes 3D

Il existe plusieurs sortes de lunettes 3D : les lunettes bicolores qui permettent de voir une image anaglyphique (les plus connues), les lunettes passives aux lentilles polarisées et les lunettes 3D actives (sur notre photo). Ces dernières sont synchronisées avec l’écran et se referment 6 fois (3 fois par œil en alternant) pour chacune des 24 images qui passent en une seconde. Le cerveau enregistre ainsi les images vues par chaque œil à l’intérieur d’une seconde et crée un tout. « Le choix des lunettes est très important pour la qualité de l’image », explique Marc Bertrand, qui privilégie le port des lunettes actives.

Ce texte explique bien la différence entre les lunettes 3D passives et actives.

L’ONF et la stéréoscopie (3D)

Falling in Love Again

Le premier film d’animation réalisé en stéréoscopie à l’ONF est Falling in Love Again (2003) de Munro Ferguson, une charmante représentation du coup de foudre. Pour voir les effets stéréoscopiques dans ce film, il faut porter une paire de lunettes bicolores. Si vous n’en avez pas, vous pouvez en commander gratuitement en cliquant ici.

Au début de nos expérimentations avec la stéréoscopie on nous a appris qu’il était préférable de filmer des plans larges et de faire des mouvements de caméra lents. « Tous mouvements brusques et cadres serrés sont généralement à proscrire », confirme Marc Bertrand. La mise en scène devient donc plus théâtrale que cinématographique.

Tower Bawher et Drux Flux 3D

Après le romantique Falling in Love Again de Ferguson, le producteur Marc Bertrand nous a montré deux films du talentueux cinéaste bulgare Theodore Ushev : Tower Bawher (remixé en 3D) (en 3D), une course folle sur le constructivisme russe, et Drux Dlux 3D, une métaphore de l’écrasement de l’homme moderne par le rouleau compresseur de la performance. Deux films qui ne respectent aucunes des règles de la stéréoscopie.

Ici, les plans sont courts et rapprochés et le cinéaste s’amuse à confondre le spectateur avec des inversions d’yeux et des écarts trop larges. Ces effets sont le pire cauchemar de la 3D (et de notre cerveau!) et pourtant… Theodore Ushev réussit l’impossible.

Champlain retracé

Lorsqu’on tourne en stéréoscopie, il faut que « l’ensemble du plan soit au foyer », explique Marc Bertrand. La mise au point de l’image est donc très importante. « Il faut éviter les parties floues, insiste le producteur, sans ça, on perd l’effet de la stéréoscopie et on mélange le spectateur. »

Avec Champlain retracé, réalisé par Jean-François Pouliot pour le 400e anniversaire de la ville de Québec, l’ONF a tenté pour la première fois de réalisé un film en stéréoscopie en utilisant à la fois l’animation et la fiction. « Ce fût tout un défi, se rappelle Marc Bertrand. Les deux équipes d’animation et de fiction ne parlaient pas du tout le même langage. D’autant plus que nous n’avions que trois mois pour tout faire. »

D’autres défis se sont présentés en cours de tournage. « Le langage cinématographique de base ne fonctionnait plus, explique le producteur. Impossible de faire des champ/contre-champ, par exemple, ou de faire entrer et sortir les personnages sur les côtés », ajoute-t-il.

 

 

Le film a été tourné en 35 mm avec deux caméras superposées l’une par-dessus l’autre. « Honnêtement, c’était l’enfer, se souvient Marc Bertrand. Beaucoup de travail a été fait en postproduction malgré le peu de temps que nous avions pour faire le film. Heureusement, nous avions une équipe motivée et nous avons eu beaucoup de plaisir à le faire. »

Les yeux noirs

Lorsque  Marc Bertrand est tombé sur le livre Les yeux noirs de Gilles Tibo (Éditions Soulières), il a tout de suite pensé à la stéréoscopie pour raconter l’histoire au cinéma.

L’histoire en question est celle de Mathieu, un jeune garçon qui n’a pas peur du noir, parce qu’il a des yeux cachés partout. Mathieu est aveugle. Ces yeux cachés sont ses autres sens : l’odorat, le toucher, le goûter, etc.

Les yeux noirs, Nicola Lemay, offert par l’Office national du film du Canada

Ici, la stéréoscopie apporte beaucoup à l’histoire, laquelle se passe majoritairement dans l’imaginaire de Mathieu. L’image est dessinée en blanc sur fond noir afin que le spectateur soit plongé dans le noir avec le personnage. Un choix qui a donné beaucoup de fil à retorde à l’équipe du film Les yeux noirs. « Le blanc sur noir crée un effet fantôme et laisse une trace à chaque mouvement, explique Marc Bertrand. C’est pour cela que le trait du personnage principal a été rempli de gris au final. »

Un autre défi que le réalisateur Nicola Lemay a rencontré est le fait que les deux images captées en même temps et légèrement séparées pour créer l’effet de la stéréoscopie donnaient un effet de double cadre aux extrémités. C’est pourquoi il a dû effacer les contours de chaque plan. De cette manière, l’image donne toujours l’impression de flotter dans l’espace et on ne voit plus les deux images superposées.

ORA

Après nous avoir montré un extrait de Les ailes de Johny May, un documentaire de Marc Fafard sur le légendaire pilote d’avion inuit Johny May, pour lequel Nicola Lemay a réalisé un segment en animation 3D, Marc Bertrand nous a présenté le film de danse ORA de Philippe Baylaucq, chorégraphié par José Navas et produit par René Chénier.

Ce film a été tourné en thermographie 3D à l’aide de deux caméras infrarouges, qui captent la chaleur au lieu de la lumière. Puisque la technologie était sous embargo par l’armée américaine, l’équipe de Baylaucq a dû se rendre aux États-Unis pour utiliser les caméras. « Lorsque l’équipe de tournage est arrivée sur les lieux, personne n’avait jamais utilisé ces nouvelles caméras de thermographie de cette façon, raconte Marc Bertrand. Il y avait aussi une part d’expérimentation les attendait également de l’autre côté de la frontière. » Ils ne savaient pas, par exemple, que les caméras capteraient aussi bien les traces de chaleur laissées par les danseurs sur le sol et sur le mur. « Ce fût une belle surprise! », résume Marc Bertrand.

 

 

À lire aussi : La stéréoscopie pour les pros

Sur la photo : Le producteur Marc Bertrand au Centre Phi. Photo : Catherine Perreault @ONF. Tous droits réservés.

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