Heureux d’un haïku

Interactif

Le studio interactif de l’ONF ouvre sa boîte crânienne pour vous dévoiler ce qui se passe à l’intérieur. À quoi pensons-nous? De quoi parlons-nous? Qu’est-ce que nous aimons? Qu’est-ce qui nous donne du fil à retordre? À travers la plume et le pinceau de Valérie Darveau, chargée d’édition du studio, nous publierons chaque mois un billet sur un sujet auquel nous réfléchissons, et surtout, sur lequel nous voulons échanger avec vous.

Les bourgeons percent tranquillement, le beau temps nous titille et on sort sur les terrasses même si on se gèle encore un peu le bout des doigts. Ça veut dire quoi, cette frénésie? Que c’est le printemps, évidemment! À presque pareille date l’année dernière, nous lancions en collaboration avec ARTE un appel à projets destiné aux créateurs de l’interactif et du numérique.

Un an, douze projets et quelques centaines de cheveux arrachés plus tard, sont nés les Haïkus interactifs. Nous étions de passage au Festival du film de Tribeca à New York il y a deux semaines (ça se place tellement bien dans une phrase) pour présenter ces petits bijoux d’explorations interactives, cette fois sous forme d’installation. Les projets sont maintenant tous en ligne, c’est le temps de faire le point sur notre toute première expérimentation du format court en interactif.

L'installation Haïkus interactifs, présentée au Tribeca Film Festival 2015

La version installation des Haïkus interactifs, présentée au Tribeca Film Festival 2015.

Le rapport à l’écran

Qu’est-ce qui est plus instinctif pour vous : cliquer ou toucher?

Je suis plus à l’aise avec le clic. Je n’ai pas de tablette, et mettez-moi La Presse + entre les mains, je risque d’avoir l’air de ma Mamie la première fois qu’elle a utilisé un four micro-ondes. Probablement que si je demandais à mon petit frère de 17 ans, la réponse serait différente.

En quelques années, notre rapport à l’interface a pris un tournant assez important. On se retrouve devant une nouvelle génération de UX (expérience utilisateur). C’est ce qui est le plus frappant dans la proposition des Haïkus.

On constate que les créateurs ont d’abord eu des préoccupations de relation avec la machine. Et pas seulement sur la relation entre l’interface et la main (le toucher), mais aussi avec la voix.

Avec Grand Bruit, on combat la nature éphémère de la vie en tentant de laisser une trace avec notre voix. Avec Phi, on contrôle le défilement du temps, du bout des doigts. Un discours! évalue notre talent d’orateur selon le dynamisme et le débit de notre voix, et Le berceau du chat nous fait faire des formes et des sons dans un habile Twister pour les doigts.

On réduit en quelque sorte les dispositifs intermédiaires entre l’utilisateur et l’expérience. Les créateurs sont peut-être dans la recherche d’un rapport plus organique et naturel avec les plateformes.

Cette recherche créative s’inscrit dans une tendance bien amorcée dans le domaine des communications, entre autres. L’utilisation de nouvelles fonctions sur nos téléphones en est un bon exemple : la commande vocale pour faire des appels, trouver une adresse, dicter des messages textes, etc.

Bref, sur ce sujet en particulier, je vous invite à consulter le plus récent rapport de Trendwatching : No interface.

En ce qui nous concerne, l’enjeu était plutôt de faire du contenu fort, pertinent et touchant : l’exploration de nouvelles façons d’interagir avec une interface – ou avec pas d’interface – venait en second plan.

Notre constat aujourd’hui, c’est que la réussite des Haïkus vient de la rencontre entre le contenu et le désir des créateurs d’innover en terme de rapport à l’écran.

La possibilité d’aborder des thématiques très ouvertes et universelles a permis ce genre d’exploration. Avec un sujet plus restrictif, plus documentaire, on n’aurait probablement pas eu les mêmes résultats.

L’interprétation du mot « haïku »

Le titre Haïkus interactifs a clairement influencé la nature des projets soumis. Ils sont pour la plupart assez contemplatifs, lents, et posent une réflexion plutôt large et exploratoire sur la vie, son sens, le temps qui passe, la puissance de la nature, etc. Comme un haïku traditionnel quoi!

Pour nous, «haïku» était plutôt un indicateur de format et de durée. Finalement, de toutes les propositions qui ont été retenues, seule Démasquer les inconnus a un aspect documentaire.

Nous sommes de plus en plus dans des espaces qui se chevauchent. On avait abordé le sujet dans un précédent billet, et Haïkus interactifs confirme cette tendance. Les pistes sont brouillées, on est ici quelque part entre l’animation, l’art numérique et l’art conceptuel.

Pas facile, faire du court

Je terminerai ce billet avec cette célèbre phrase de Blaise Pascal : «Je voudrais avoir écrit une lettre plus courte, mais je n’en ai pas le temps.»

Autrement dit, faire du court, c’est souvent plus difficile que de faire du long. Aller droit au but et faire vivre quelque chose en 60 secondes, ça exige une expérience extrêmement bien ficelée, designée et éditée.

Ce format exige d’aller à l’essentiel, rapidement. Les Haïkus interactifs répondent au temps limité que la plupart des utilisateurs ont à donner à une expérience en ligne.

Et vous, qu’avez-vous pensé de cette exploration du format court?

Une petite partie de l'équipe au Tribeca Film Festival. De gauche à droite : Marie-Pier Gauthier, Hugues Sweeney, Thibaut Duverneix (créateur du Berceau du chat), Martin Viau, Valérie Darveau, et Ziv Schneider (créatrice de Démasquer les inconnus).

Une petite partie de l’équipe au Tribeca Film Festival. De gauche à droite : Marie-Pier Gauthier, Hugues Sweeney, Thibaut Duverneix (créateur du Berceau du chat), Martin Viau, Valérie Darveau, et Ziv Schneider (créatrice de Démasquer les inconnus).