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Enseignement supérieur | RUMBLE: The Indians Who Rocked the World (v.f.)

Enseignement supérieur | RUMBLE: The Indians Who Rocked the World (v.f.)

Enseignement supérieur | RUMBLE: The Indians Who Rocked the World (v.f.)

Link Wray. Avec la permission de linkwray.com.

Rumble : répondre à l’effacement par la présence active

Le film Rumble: The Indians Who Rocked the World met en lumière les contributions des Autochtones à la musique populaire nord-américaine, dont le rhythm’n’blues, le jazz et le rock’n’roll. Le documentaire démontre ainsi que l’évolution — voire l’origine — de certains genres populaires toujours actuels est en partie attribuable au talent et aux efforts de divers peuples autochtones.

RUMBLE: The Indians Who Rocked the World (v.f.), Catherine Bainbridge, offert par l’Office national du film du Canada

Illustrant l’influence qu’ont exercée des musiciennes et musiciens autochtones sur des artistes non autochtones à travers les générations et les genres, Rumble montre à quel point les Premiers Peuples et leurs cultures ont inspiré la musique que nous consommons au quotidien. Qu’il suffise d’évoquer le nom de Charley Patton, lequel a profondément marqué des artistes non autochtones tels Eric Clapton, Bob Dylan, Bonnie Raitt et Jack White. Largement considéré comme le « grand-père » du blues, Patton n’en demeure pas moins présent dans la musique country et le rock’n’roll. Et que dire aussi de l’influence d’une Mildred Bailey sur les chanteuses et chanteurs de jazz qu’étaient Bing Crosby, Frank Sinatra, Tony Bennett, Ella Fitzgerald et Billie Holiday ! En examinant ces points de croisement entre musiciennes et musiciens autochtones et non autochtones, le film met en évidence le fait que certains sons et styles particuliers ayant obtenu un succès commercial ont été attribués aux artistes qui les ont popularisés plutôt qu’aux peuples autochtones qui avaient engendré ces rythmes et ces mélodies.

Buffy Sainte-Marie. Avec la permission de Rezolution Pictures.

Le documentaire aborde, ce faisant, la question de l’effacement des Autochtones, qu’on a constamment réduits au silence et exclus des discussions sur la musique et sur la culture populaire. De manière plus générale, il porte sur la détermination coloniale à effacer toute vie autochtone : des entrevues qu’il nous présente avec des musiciens et musiciennes des Premiers Peuples, dont Buffy Sainte-Marie, le confirment. Celle-ci explique sans détour que le gouvernement américain et des institutions comme le FBI et la CIA ont supprimé sa musique. Son récit illustre l’un des aspects de l’effacement de la spécificité autochtone, tout en mettant à l’avant-plan les réponses des peuples autochtones aux préjugés des régimes coloniaux et aux actes répréhensibles des institutions.

Dans le cadre de mon travail avec les interprètes de chants gutturaux et les artistes de hip-hop autochtones, j’ai appris les diverses façons par lesquelles les Premiers Peuples se sont sans cesse acclimatés au monde qui les entourait. Du contrôle colonial exercé sur les terres et sur la culture jusqu’aux pratiques d’assimilation financées par l’État, ils se sont adaptés aux contraintes qu’on leur imposait de l’extérieur. La domination coloniale n’est toutefois pas venue à bout de la présence des Autochtones, pas plus qu’elle n’a éliminé leurs pratiques culturelles et artistiques, dont la musique.

C’est précisément dans cette mouvance que se situe Rumble : en examinant l’influence passée et actuelle des cultures et des peuples autochtones sur la création de la musique populaire nord-américaine, le film apporte une contribution importante à la reconnaissance de leur présence. Il nous rappelle notamment que nous entendons encore — consciemment ou non — l’héritage sonore des musiciens et musiciennes des Premiers Peuples, un patrimoine auquel appartiennent le batteur Randy Castillo et le guitariste Stevie Salas. Leur collaboration respective avec Ozzy Osbourne et avec Rod Stewart illustre bien que les artistes autochtones demeurent largement inconnus, alors qu’ils ont contribué à certains des albums et des chansons à succès les plus populaires et les plus rentables qui soient. En soulignant leur apport, Rumble nous ouvre une voie et nous invite à mieux découvrir ce précieux legs et à en écouter les accents.

Dans le film, c’est l’exploration de la chanson de Redbone Come and Get Your Love qui m’a ouvert cette voie. Parue à l’origine en 1974, elle s’est transformée en un succès commercial et a fait de Redbone le premier groupe autochtone à figurer au palmarès du Billboard Hot 100. Come and Get Your Love a connu un regain de popularité lorsque la société Marvel Studios l’a utilisée dans Les gardiens de la galaxie (2014) et dans Avengers: Endgame (2019). TikTok, Netflix (F Is for Family) et Hulu (Reservation Dogs) ont contribué à la faire connaître encore davantage, mais même si je l’avais entendue à de nombreuses reprises auparavant, il a fallu que je voie Rumble pour apprendre que Redbone était un groupe autochtone.

Taboo. Photo : Chris Rutkowski.

L’inclusion, dans le film, d’un court extrait de Redbone en direct à l’émission de Burt Sugarman The Midnight Special m’a incitée à chercher la vidéo intégrale sur YouTube. La prestation artistique de Redbone illustre bien que la musique et la danse autochtones traditionnelles ont coexisté et coexistent toujours avec les genres contemporains. Qui plus est, cette analyse de la performance de Redbone à laquelle se livre Rumble, ajoutée aux propos sur l’influence qu’a eue Come and Get Your Love sur les Black Eyed Peas, constitue une réponse subtile à l’effacement des Autochtones et une contestation de cet effacement par la démonstration de leur présence active. Le film encourage nettement l’expression de leur patrimoine sonore.

Ainsi, ma relecture de Come and Get Your Love et ma redécouverte d’autres musiciens, musiciennes et chansons autochtones démontrent que la musique que j’ai entendue et dans laquelle j’ai reconnu les sons qui définissent la musique populaire nord-américaine est en somme une partie intégrante des sons qui définissent la musique autochtone nord-américaine.

Slash. Photo : Chris Rutkowski.

Les musiciennes et musiciens que j’écoutais à l’adolescence, par exemple Guns N’ Roses, Metallica et les Ramones, étaient largement influencés par des artistes autochtones comme Link Wray et Jimi Hendrix. Ces influences traversant les générations et les genres, le patrimoine sonore des musiciens et musiciennes autochtones a commencé à faire obstacle à leur effacement. Les films comme Rumble deviennent par conséquent de plus en plus importants, puisqu’ils constituent un rappel musical de la présence constante des peuples autochtones : ceux-ci ont toujours été en ces lieux, et leurs contributions aux musiques qui façonnent nos vies méritent d’être entendues et respectées. Nous nous devons d’être à l’écoute de leurs voix, de leurs récits et de leurs expériences.

Raj Singh, Ph. D., est étudiante postdoctorale à la Faculté de musique Don Wright de l’Université Western. Ses intérêts de recherche comprennent la théorie critique autochtone, les méthodes autochtones et les modernités autochtones. Les travaux qu’elle effectue avec des musiciennes et musiciens inuit examinent la façon dont les Inuit combinent les genres musicaux contemporains et les pratiques traditionnelles comme le katajjaq [chant de gorge] pour inclure de nouvelles sphères de l’expérience vécue. Ses travaux actuels avec des adeptes inuit du hip-hop mettent en question le genre, l’identité et l’appartenance, à leur point d’intersection avec la décolonisation, le traumatisme intergénérationnel, la santé culturelle et le bien-être. 

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