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Enseignement supérieur  | Une personne comme moi

Enseignement supérieur  | Une personne comme moi

Enseignement supérieur  | Une personne comme moi

Par nécessité et dans l’urgence, les personnes queers d’origine africaine sont parfois contraintes de franchir les frontières pour refaire leur vie du côté de l’Occident. En tant que personne qui se définit comme une Africaine queer vivant au Canada, je suis protégée par l’un des codes des droits de la personne les plus importants au monde. J’éprouve souvent un sentiment de culpabilité et d’impuissance lorsque je pense aux personnes forcées de vivre dans la précarité à cause de ce qu’elles sont et de qui elles choisissent d’aimer. Mon propre pays d’origine inflige l’une des peines les plus sévères, à savoir l’emprisonnement à vie, et il n’est pas le seul : des 69 autres pays qui ont des lois criminalisant l’homosexualité, la moitié sont situés sur le continent africain. Bien que la dépénalisation et l’abrogation des lois sur la sodomie en Angola, au Gabon, au Botswana, au Mozambique et aux Seychelles soient en train de changer la donne, le processus est lent et la situation reste désastreuse pour bien des gens qui doivent faire face à la violence, à l’emprisonnement et à la mort sanctionnés par l’État. 

Une personne comme moi, Sean Horlor et Steve J. Adams, offert par l’Office national du film du Canada

En 1991, le Canada est devenu l’un des premiers pays à accorder le statut de réfugié en raison de persécutions fondées sur l’orientation sexuelle, et le mariage entre personnes de même sexe est devenu légal dans notre pays en 2003. Compte tenu de la couverture médiatique internationale qu’ont suscitée les droits progressivement acquis des personnes queers au Canada, il n’y a rien d’étonnant à ce que le pays soit devenu une destination pour beaucoup de gens fuyant la persécution. Ces demandes d’asile représentent 12 % de tous les cas de personnes réfugiées au Canada, les personnes queers venues d’Afrique constituant le groupe le plus important de cette catégorie. Bien qu’il soit difficile d’établir les chiffres exacts, on estime que plus de 500 personnes queers trouvent refuge au Canada chaque année. 

Dans cette optique, nous devons nous demander quel genre d’histoires émergent du choc qui se produit entre les personnes africaines queers délogées de force de leur pays et leur nouvelle patrie canadienne. Sean Horlor et Steve J. Adams nous donnent un aperçu de la complexité de ce genre d’histoires dans leur long métrage documentaire Une personne comme moi. Avec l’amélioration, en 2011, du Programme de parrainage privé de réfugiés (PPPR) visant à soutenir les personnes réfugiées LGBTQ, des programmes pour les personnes queers ont vu le jour partout au Canada. C’est notamment le cas du Rainbow Refugee Program, à Vancouver, dont il est question dans le documentaire. Ce programme aide les groupes privés à parrainer une personne réfugiée queer admissible. Le groupe de parrainage privé s’engage à apporter son soutien pendant 12 mois et à réunir les 20 000 dollars nécessaires pour couvrir les frais initiaux, tels que les meubles, les vêtements, le logement, la nourriture, les transports publics et le soutien au bien-être social et émotionnel.  

Défilé de la fierté gaie de Vancouver

Le film nous entraîne sur le parcours d’un de ces groupes, ou « cercles », composés de gens qui ne se connaissent pas entre eux et qui se réunissent pour créer la possibilité de transformer les conditions de vie d’une ou d’un réfugié. Chaque membre du cercle suit son propre parcours en tant que personne queer et se bâtit une vie au Canada à partir d’un espace marginalisé. Chaque membre du cercle a sa conception personnelle de ce qu’est la liberté et de ce qui l’amène à participer au programme : les raisons vont de « quelque chose d’intéressant à faire » à la volonté de partager une compétence particulière et des connaissances professionnelles en matière de droits de la personne. Les membres du groupe ont choisi de faire bénéficier Drake, originaire de l’Ouganda, de leur générosité, de leur sollicitude, de leur amitié et de leur amour. Après avoir célébré leur éclatante réussite — parvenir à assurer un avenir sûr à un jeune homme africain homosexuel —, et une fois dissipée l’euphorie de l’arrivée de Drake, ils et elles ne tardent pas à ressentir le poids de son identité par rapport à la leur. Drake est non seulement un réfugié, mais aussi un jeune homme noir qui doit faire face à la pression de la culture canadienne blanche dominante tout en vivant pour la première fois la liberté d’explorer son identité et son orientation sexuelles. Le groupe doit également affronter la pandémie de COVID-19 et la vague de l’éveil national aux réalités noires qu’a déclenchée le meurtre de George Floyd, aux États-Unis.  

Rencontre du groupe de parrainage

Le documentaire nous permet de découvrir le sens profond d’une telle expérience de vie — une expérience que celles et ceux d’entre nous qui sont spécialistes de la relation d’aide doivent impérativement comprendre, car il nous appartiendra de soutenir cette population de personnes réfugiées à mesure qu’elle augmentera au Canada. Le film nous présente toute la complexité de la vie des membres du cercle par rapport à Drake. Nous assistons à leurs réflexions et à leurs réactions face à ce qu’il est, comparativement à ce que les unes et les autres avaient imaginé avant son arrivée. Nous voyons Drake tester les limites après avoir résisté aux rôles sociaux, aux structures, aux identités et aux attentes qui le confinaient et le maintenaient « à sa place » dans son contexte africain. Il doit maintenant gérer les tensions qui émergent dans le cercle, divisé entre les membres qui souhaitent le garder « à sa place » et les membres qui comprennent son besoin d’action et d’autonomie pour exprimer sa liberté comme il l’entend dans un contexte canadien.  

Drake (il)

La quête d’identité, d’intimité, de communauté et de sécurité qu’amorce Drake au Canada est façonnée par la résistance à l’oppression, non seulement dans le pays qu’il a fui, mais aussi dans son pays d’adoption. Des membres du cercle font allusion à ce fait, mais le groupe dans son ensemble ne l’explore pas ouvertement. Nous voyons le défi que le cercle doit relever alors que Drake se bat pour ne pas être perçu comme un protagoniste passif, mais bien comme un participant actif dans l’histoire de sa libération. Les réalités avec lesquelles il se familiarise au cours de sa première année au Canada incluent la découverte des meilleurs aspects du pays, comme le fait de subir gratuitement une intervention médicale importante. Mais il se heurte aussi à des obstacles inattendus, par exemple la difficulté d’obtenir un logement abordable, de faire reconnaître des diplômes étrangers et de trouver un emploi dans le domaine de son choix.  

Je pense à la complexité de cette expérience pour les personnes réfugiées queers venues d’Afrique qui tentent de se construire une identité canadienne queer leur garantissant la sécurité dans leur nouveau pays. Pour moi, la discussion ne porte pas seulement sur le sentiment d’appartenance. Elle englobe également les récits plus larges sur ce que signifie le fait d’être une Africaine ou un Africain réfugié queer et de faire partie d’un pays où l’on privilégie nettement certaines expériences de migration au détriment de certaines autres et où l’on établit des distinctions claires selon l’origine et la race. Les expériences de Drake nous incitent à aller au-delà d’une définition étroite de la liberté et à envisager une définition qui tienne compte des nombreuses diversités et complexités de la réalité queer, ainsi que des points communs de nos diverses sexualités, puisque nous avons toutes et tous un rapport personnel à la liberté et à la sécurité. Certaines et certains voient le Canada comme une matrice idéalisée de protection et de sécurité à laquelle aspire toute personne queer persécutée en quête de refuge. D’autres s’estiment à l’abri dans le contexte canadien actuel, malgré le climat souvent inhospitalier avec lequel on doit composer en tant que personne noire. Nous avons de multiples représentations du chez-soi qui influencent (et sont influencées par) l’identité, la liberté sexuelle perçue et la force que possède l’esprit humain pour survivre et effectuer des changements, et cela, peu importe où il se trouve. 

Notisha Massaquoi (Ph. D.) est professeure adjointe en éducation et promotion de la santé au Département de la santé et de la société du campus Scarborough de l’Université de Toronto (UTSC). Elle est également titulaire d’une nomination conjointe en études supérieures à la Faculté de travail social Factor-Inwentash. Elle détient un baccalauréat en psychologie de l’Université Western, une maîtrise en travail social de l’UTSC et un doctorat de l’Institut d’études pédagogiques de l’Ontario (IEPO) en justice sociale en éducation. 

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