Justine Vuylsteker et l’appel de l’écran d’épingles

Justine Vuylsteker et l’appel de l’écran d’épingles

Justine Vuylsteker et l’appel de l’écran d’épingles

Lors de ses études en métiers d’art, la réalisatrice française Justine Vuylsteker, âgée de 23 ans, a découvert une technique d’animation qui l’intriguait énormément : l’écran d’épingles. Quelques années plus tard, elle l’a essayée pour la première fois, grâce à un atelier donné par la cinéaste de l’ONF Michèle Lemieux.

Retour sur le coup de foudre d’une jeune artiste pour ce fascinant outil, qui lui a permis d’animer le court métrage Étreintes, un magnifique poème visuel misant sur des sensations fugitives.

L’histoire de l’écran d’épingles remonte au début des années 1930. C’est Alexandre Alexeïeff, un graveur français d’origine russe, qui a développé cet outil avec Claire Parker, une Américaine venue apprendre la gravure à Paris. Dotée de 500 000 épingles rétractables, la première version de l’instrument est employée par Alexeïeff et Parker pour réaliser un film en 1933 : Une nuit sur le mont Chauve.

Claire Parker et Alexandre Alexeieff Photo : ONF)

« La technique m’intéressait beaucoup, mais c’était très abstrait. Dès que j’ai eu la possibilité d’essayer l’écran d’épingles, j’ai sauté sur l’occasion! »

Sur les traces de Michèle Lemieux

En compagnie de sept autres jeunes réalisateurs, Justine a participé à un atelier de trois jours donné par la cinéaste québécoise Michèle Lemieux (Le grand ailleurs et le petit ici) à Annecy.

Cette formation était effectuée avec une version nouvellement restaurée de l’instrument, surnommée l’« Épinette ». À la suite de l’activité, chaque participant a obtenu un stage d’un mois pour utiliser l’écran d’épingles, et c’est là qu’est née l’idée d’Étreintes, le premier film professionnel de Justine à titre d’auteure.

Justine Vuylsteker (Photo : Stephan Ballard)

« En découvrant l’écran d’épingles, j’ai tout de suite eu le sentiment qu’il était fait pour raconter une histoire d’amour, explique-t-elle. À cause de la sensualité de l’outil, mais aussi de son histoire, de la façon dont il incarne le dialogue entre Alexeïeff et Parker, qui l’ont développé à deux. »

Un triangle amoureux

Par une démarche faisant appel à l’improvisation, Justine a ainsi fait divers essais avec la technique. Ses explorations ont peu à peu donné naissance aux personnages que l’on aperçoit dans son tout nouveau court métrage, amorcé en France avec l’Épinette et terminé au Québec avec l’écran d’épingles que possède l’ONF.

« Étreintes est un récit de triangle amoureux. Avec une femme, et deux hommes qui appartiennent à différentes époques. Le film porte sur le tiraillement entre le passé et le présent, cet état de déchirement ou d’immobilité au milieu, lorsque tu tentes de résister, mais que le passé revient sans que tu aies ton mot à dire. »

Sans paroles, mais avec beaucoup de poésie, le film évoque de manière nuancée la passion amoureuse ainsi que les processus de la mémoire et de l’oubli. La cinéaste souligne d’ailleurs que c’est l’écran d’épingles en soit qui l’a plongée dans une réflexion particulière sur la mémoire :

« L’outil semble conserver en lui la mémoire de toutes les images réalisées à sa surface. Quand on efface une image, elle ne disparaît pas : elle est absorbée par l’écran et se joint à la somme de toutes les images du passé. Je trouve que c’est très proche des caprices de notre mémoire… »

Ajouter un commentaire

Commenter