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Sur les traces de Macpherson : entrevue avec Martine Chartrand

Sur les traces de Macpherson : entrevue avec Martine Chartrand

Sur les traces de Macpherson : entrevue avec Martine Chartrand

« Au Québec, dans les années trente, l’auteur-compositeur-interprète Félix Leclerc se lie d’amitié avec l’ingénieur-chimiste jamaïcain Franck Randolph Macpherson. » C’est ainsi que s’ouvre MacPherson, le plus récent film d’animation de Martine Chartrand. Artiste prodige, hautement acclamée lors de la sortie de son dernier film, Âme noire (2001) – qui utilise la même technique d’animation de peinture sur verre captée directement sous la caméra – la cinéaste nous revient avec une œuvre magistrale, d’une dizaine de minutes, qui lui aura pris huit ans à compléter. Entrevue avec une artiste qui est partie sur les traces de Macpherson et qui nous revient avec un pan de notre histoire.

Inspiré d’une chanson populaire de Félix Leclerc, MacPherson raconte l’histoire de Frank Randolph Macpherson, un Jamaïcain qui a immigré au Québec en 1917. Après des études de niveau supérieur à l’Université McGill, à Montréal, l’ingénieur-chimiste part habiter à Trois-Rivières pour travailler pour la compagnie de pâte et papier Wayagamack. Il s’installe ensuite à Sainte-Marthe-du-Cap, où il se lie d’amitié avec Félix Leclerc et sa famille, et développe des sentiments pour la sœur pianiste de Félix.

MacPherson – (Bande-annonce), Martine Chartrand, offert par l’Office national du film du Canada

Un seul visionnage de MacPherson n’est pas suffisant pour bien saisir tous les détails historiques, les subtilités et les symboles qui se cachent dans chacun des tableaux. On aurait envie de mettre le film sur pause afin de mieux étudier chaque image. Assise en tête-à-tête avec Martine Chartrand à l’ONF, j’en profite pour lui poser quelques questions.

Comment avez-vous pris connaissance de cette histoire d’amitié entre Félix Leclerc et Franck Randolph Macpherson?
J’ai entendu la chanson Macpherson de Félix Leclerc pour la première fois lorsque j’avais 10 ans. Les chansons de Félix jouaient souvent à la radio à l’époque. Mes parents avaient un chalet en Abitibi et sur la route, on croisait des draveurs dans la région de Grand-Remous. On pouvait les apercevoir au loin marcher sur l’eau. Ils étaient très impressionnants. Au début, je croyais que Macpherson était le nom d’un Écossais, mais à force d’entendre la chanson aux accents jazz, je me suis mise à croire qu’il s’agissait d’un Noir. Un Noir draveur… l’idée est restée avec moi et Macpherson est devenu l’un de mes héros d’enfance. C’est Martin Leclerc, le fils aîné de Félix, qui m’a confirmé mon intuition quelques années plus tard.

Ce que je ne savais pas à l’époque c’est que ce personnage avait existé. En 1998, j’ai entendu Gaëtane M. Leclerc dire à l’émission de radio Heureux qui comme Félix que Macpherson était l’ami de Félix et qu’il était ingénieur-chimiste. C’est à ce moment-là que j’ai voulu enquêter sur le personnage. Je suis donc partie à l’île d’Orléans, en 2001, pour rencontrer Gaëtane. Le cinéaste Serge Giguère, qui travaille sur son documentaire Le mystère de Macpherson, produit par les Productions du Rapide Blanc, en coproduction avec l’ONF, filme depuis 2002 mes recherches. Serge m’a accompagnée dans ma quête sur Macpherson tout au long de la production de mon film. Nous avons aussi le projet de nous rendre en Jamaïque et de faire revivre la mémoire de Macpherson.

En 11 ans de recherches, j’ai découvert plusieurs éléments sur la vie de cet homme. Chaque nouvelle pièce du casse-tête a trouvé une place dans mon film. J’ai essayé d’y intégrer le plus d’éléments possible. C’est comme ça que j’ai su que Frank n’était pas draveur, il était ingénieur-chimiste dans une usine de pâte et papier. Je pense que Félix l’a illustré en un héros draveur Noir dans sa chanson pour souligner sa qualité de briseur de frontières…

Quand avez-vous commencé à travailler sur MacPherson?
La production du film a débuté en 2003, mais j’ai commencé ma recherche en 2001. Il y a aussi eu un temps d’expérimentation entre 2003 et 2004, pendant lequel j’ai fait plusieurs tests et essayé de régler quelques problèmes de caméra. J’ai travaillé ensuite à temps plein sur ce film à l’ONF pendant 7 ans. Cette longueur s’explique par le fait que j’ai dû animer le film deux fois. Je travaillais seule et sans ordinateur. Tout, sauf le montage et la postproduction, a été fait de manière artisanale, capté sur pellicule 35 mm. Ce fut tout un défi.

Martine Chartrand dans son studio d’animation

Pourquoi avez-vous choisi d’utiliser une caméra 35 mm?
En 2003, lorsque j’ai commencé la production de Macpherson, les cinéastes de l’ONF filmaient déjà beaucoup en numérique. Puisque ma technique demande que je peigne directement sous la caméra, je ne me voyais pas monopoliser une caméra numérique pendant plusieurs années. La 35 mm était déjà installée dans le studio alors je l’ai utilisée pendant tout le tournage. Pierre Landry, qui est un caméraman d’animation spécialisé en caméra 35 mm, m’a prêté mains fortes pendant tout le tournage. Il venait quelques fois par année pour enlever le film de la caméra, vérifier les mécanismes et replacer une nouvelle bobine de film dans la caméra. C’est un travail exigeant et minutieux. Il était aussi très heureux de m’aider. Je lui en suis très reconnaissante. La spécialiste en imagerie numérique Susan Gourley a aussi été une très bonne conseillère tout au long du projet.

Ensuite, au moment du transfert numérique, les artisans Pierre Plouffe et Denis Gathelier m’ont aidé à retrouver les couleurs des peintures. Ils se sont assuré que le film reprenne ses couleurs originales et conserve sa texture de film 35 mm.

Le travail de postproduction a été des plus inspirants. Après autant d’années de travail en solitaire, j’ai eu la chance de collaborer avec Natacha Dufaux, au montage, Olivier Calvert, à la conception sonore, Jérôme Décarie, au bruitage, et Serge Boivin, au mixage. J’ai aussi bénéficié de toute l’expérience de Geoffrey Mitchell aux séances d’enregistrement. Toutes ces rencontres ont été des moments magiques et chaque artisan m’a aidée à bien finaliser le film.

Quelle est la part de fiction et de réalité dans votre film?
La plupart des éléments sont des faits réels. Tout au long de la réalisation du film, j’ai reçu de nouvelles informations de la part de différentes sources. J’ai utilisé, par exemple, des photos de famille des Leclerc sur lesquelles se trouve Frank. J’ai aussi reçu, vers la fin de mon animation, une belle photographie de Macpherson de la part d’un des membres de sa famille. Quelques indices de ce portrait nous portent à croire qu’il aurait été photographié au moment de son arrivée en Amérique du Nord. J’aime beaucoup ce portrait. Il représente bien qui était Macpherson. Pour illustrer le sentiment d’appartenance et les souvenirs d’exil de Frank, j’ai trouvé une belle musique Mento jamaïcaine : This Long Time Never See Gal.

On m’a aussi confirmé qu’il était mélomane, aimait le jazz et qu’il lisait beaucoup de livres. C’était un intellectuel. J’ai donc essayé de recréer son univers dans le film. J’ai travaillé avec le groupe Bon Débarras pour la musique traditionnelle québécoise et avec le pianiste Erik Shoup pour l’interprétation de la Sonate pour piano en la majeur D959 de Schubert. Et puisqu’à la même époque, Félix devint ami avec le guitariste Django Reinhardt, j’ai décidé que Macpherson ferait jouer Minor Swing sur son phonographe.

Plus tard dans la production du film, Serge m’a montré un extrait du livre Le calepin d’un flâneur de Félix Leclerc. L’histoire qu’il y raconte ressemble beaucoup à celle de mon film. Un seul élément n’y était pas : le thé aux pétales de rose. C’est pourquoi j’ai ajouté une scène dans laquelle on voit le personnage principal se faire un thé avec des pétales de rose, du miel et un citron. Macpherson cultivait un citronnier dans son pays.

Un des seuls éléments qui relève réellement de la fiction est cette affiche du boxeur légendaire Jack Johnson sur le mur. Quand j’ai pris connaissance de l’histoire de Jack Johnson, premier Noir champion du monde des poids lourds en 1908, amoureux d’une femme blanche, et condamné pour avoir traversé la frontière d’un État américain avec elle – ce qui l’a forcé à s’exiler – il est devenu un grand personnage de ma mythologie personnelle. Ainsi, le couple de Jack Johnson et de la femme blanche qui se retrouvent sur les cordes du ring sont un symbole du couple métissé. Pour moi, ils représentent la liberté, les droits de l’homme, l’amitié et l’amour.

Comment avez-vous exécuté les transitions entre chaque tableau?
Ma préparation s’est d’abord faite sur papier, de manière un peu abstraite. J’ai planifié toutes les transitions entre chaque scène sur un scénarimage (story-board), pour ensuite peindre l’animation image par image en exécutant des transitions entre les tableaux. La fluidité de la peinture à l’huile m’a aidée à recréer les mouvements de l’eau, que j’ai animés avec intuition. Le scénarimage m’a aidée à visualiser la continuité de l’histoire, mais j’ai tout de même modifié la fin du film au moment de la production. On y voyait Félix et Macpherson qui marchaient au loin, dans la neige, une fleur tombée du bouquet de Frank. Les pétales de cette fleur se détachaient une à une, puis se transformaient en une envolée d’oies blanches…

Martine Chartrand à sa table de dessins

Peut-on affirmer que ce film est l’œuvre de votre vie?
Pour moi, chaque vie est une œuvre en soi. Alors non, je ne peux pas dire que ce film est l’œuvre de ma vie, mais il en fait certainement partie. Chaque projet, chaque rencontre font de nous qui nous sommes. Ce projet m’a permis de faire des rencontres extraordinaires que je n’oublierai jamais.

Vivez-vous un deuil maintenant que le film est complété?
Non, terminer un film n’est pas un deuil. Le film est là, il existe dans toute sa forme et il s’envole vers les autres. Les œuvres nous habitent et nous accompagnent longtemps.

Présentement, je me concentre surtout sur mes dernières recherches sur Macpherson pour le documentaire de Serge. Je ne sais pas encore quel projet fera surface en premier, mais j’aimerais bien me rendre en Haïti. Ce serait pour moi un beau projet d’amour, une autre quête, un véritable retour aux sources.

***

MacPherson de Martine Chartand sera présenté en première mondiale en ouverture du Festival des films du monde de Montréal.

Une projection ouverte au public est prévue le vendredi 24 août, à 14 h, au Cinéma Impérial.

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Visionnez la bande-annonce

Crédits photo : Caroline Hayeur. Office national du film du Canada. Tous droits réservés.

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  1. Je viens de visionner le film Macpherson tout à fait par hasard! Wow c’est vraiment un beau film, et je n’avais jamais entendu parler de cette histoire. Je suis Noire, donc ça me touche un peu.

    — Jessica,
  2. j ai écouté ce film le 24 juin a la St-Jean Baptiste. Cela ne pouvait tomber mieux, j ai adoré ce film documentaire. Merci de m’avoir fait connaitre Frank Mcpherson et son lien d’amitié sincere avec notre Felix. Jai aimé vos interventions et vos commentaires tout au long du reportages .

    — nicole Gauthier,
  3. Bonjour Martine,

    On s’est rencontré à l’ouverture de la maison Félix-Leclerc à Vaudreuil. Je viens de visionner l’extrait du film sur MacPherson. Très beau film et quel travail, je suis contente d’apprendre l’histoire sur un homme qui a fait sa marque et dont on connait peu. Ç’a été un plaisir de faire ta connaissance et merci pour m’avoir fait connaître un beau moment de l’histoire du Québec.

    Jacqueline Chartrand

    — Jacqueline Chartrand,
  4. Je viens de voir le film sur TV5. Je connais la chanson de Félix depuis mon enfance. J’ignorais la part de réalité que Félix y avait introduite en la transformant à sa guise comme le fait tout créateur. C’est justement ce qu’a fait Martine Chartrand pour fignoler ce bijou pendant sept ans. Toute une révélation en ce dimanche soir 25 novembre 2012. Je m’ennuie de Félix et je salue le grand talent de Martine Chartrand. LOUIS CARON

    — Louis Caron,

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