Tournée ONF: Windsor, Ontario

* Ce billet est une traduction de l’anglais.

Contre toute attente, notre avion a quitté Timmins à l’heure prévue, bien avant le lever du soleil. La veille, le chauffeur de taxi qui me ramenait à l’hôtel m’avait dit que les prévisions météo étaient si mauvaises qu’un homme d’affaires venait d’engager un de ses collègues pour le conduire à Toronto, à neuf ou dix heures de route, car il ne pouvait risquer de manquer une réunion importante. Mais nous avons eu de la chance. Notre fier petit avion à hélices Dash-8 a fendu la couverture nuageuse et nous étions en route.

À l’arrivée à Windsor, soleil radieux. Le genre de journée où il fait si beau que les gens se saluent dans la rue et ont envie de marcher plutôt que d’attendre le bus. Je suis donc allée me promener en ville.

En me dirigeant vers la rivière, je me suis rendu compte que l’influence française est beaucoup plus visible que je n’avais imaginé. Plusieurs rues portent des noms français bien connus. L’une des artères les plus animées du centre-ville est la rue Ouellette (ici on prononce « ô-elle-ette »). La ville m’a semblé très multiethnique. J’avais envie d’essayer un petit resto éthiopien pour le lunch, mais c’était fermé.

Près de la rivière Detroit, qui sépare Windsor de la ville américaine de Detroit, j’ai échangé quelques mots avec des jeunes de la Garde côtière américaine qui grillaient une cigarette sur le pont de leur navire amarré du côté canadien. Je me suis demandé quel effet une telle proximité avec les États-Unis peut avoir sur la vie quotidienne des habitants de Windsor. Est-ce du bon voisinage? Comment préserve-t-on son identité, comment la fait-on connaître à l’autre?

Ce soir-là, Tom faisait sa présentation au Musée des beaux-arts de Windsor, un bâtiment moderne aux formes sculpturales orné de grandes verrières. Il y avait foule et Tom, après son discours, a invité les gens de l’auditoire à prendre la parole. Les questions et les interventions ont porté sur toutes sortes de sujets, de comment obtenir un stage à l’ONF à la qualité de l’eau, en passant par les besoins changeants des bibliothèques municipales. Beaucoup d’interventions ont reçu des applaudissements chaleureux.

Un homme qui s’est décrit comme étant américain – et que l’on m’a présenté ensuite comme le directeur de l’orchestre symphonique de Windsor – a parlé de sa fascination pour la présence française qui s’est maintenue pendant trois siècles à Windsor, et de la tristesse qu’il éprouve à la voir disparaître peu à peu. « Avec la réduction de l’effectif et les compressions budgétaires à la SRC, la tradition tend à disparaître et certaines histoires ne sont plus racontées, a-t-il dit. Nous sommes en train de perdre notre lien avec la langue de fondation de cette communauté. »

Un francophone qui s’est exprimé en anglais a dit que le français progressait d’une certaine façon, sur le plan local, mais qu’il régressait en même temps. « Nous sommes près de la frontière et l’assimilation nous guette, a-t-il expliqué. De nos jours, les jeunes sont plus branchés sur la culture américaine que sur la culture canadienne – alors la culture canadienne-française… En voilà une histoire qui serait intéressante à raconter. »

À l’autre bout de la salle, une jeune femme prénommée Suzie a précisé qu’elle était d’accord avec les interventions précédentes, en particulier celles sur le chômage et la nécessité d’avoir une position commune sur l’immigration de plus en plus importante. Pour elle, toutefois, un aspect essentiel du débat avait été oublié. « Ce qui manque à notre discussion, a-t-elle dit, ce sont les enjeux reliés à l’épidémie de cas de cancer que connaît notre communauté. »

Windsor est une ville industrielle et, à cause de sa proximité avec Detroit, a-t-elle déclaré, la qualité de l’air est un enjeu qui touche tout le monde et qu’on ne peut plus ignorer. Comme les emplois sont rares, elle se trouve chanceuse d’avoir « un bon job » en tant qu’agente des douanes. Ce qui n’est pas normal, toutefois, est d’avoir à se préoccuper de sa santé chaque matin en se rendant au travail, un poste de douane où 15 000 camions passent chaque jour. « C’est comme investir dans sa propre mort », a-t-elle ajouté.

Vers la fin de la soirée, un homme aux cheveux gris est intervenu : « Ce type de réunion est très important, mais vous prêchez aux convertis, a-t-il dit à Tom. Pour chaque personne qui est présente ici ce soir, il y en a 1 000 qui sont restées à la maison pour écouter une sitcom californienne. » Il a fait allusion à la « mission sacrée » d’institutions canadiennes comme Radio-Canada/CBC et l’ONF, précisant qu’elles sont « le ciment qui tient ce pays ensemble et fait connaître ses valeurs de tolérance et de respect ».

« C’est votre rôle de rendre nos histoires intéressantes, de les rendre accessibles », a-t-il ajouté en indiquant que cette mission était plus urgente que jamais. « Nous, nous sommes comme une souris qui essaierait de donner un coup de coude à un éléphant. »

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