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Sur des chemins moins fréquentés

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Les événements tragiques du 11 septembre 2001, dont on commémorait il y a quelque temps le 8e anniversaire, nous rappellent que les opinions, dans les mois qui suivirent les attaques, étaient tranchées : anti-américanisme primaire d’un côté, rhétorique revancharde antimusulmane, sous couvert de guerre au terrorisme, de l’autre. Des débats plus nuancés, des propos plus modérés, se firent entendre par la suite sur diverses tribunes, mais le discours populaire et les images véhiculées par les médias continuèrent d’accentuer la division entre l’Occident et le Proche-Orient. Au milieu des années 2000, plus que jamais, monde occidental et monde arabe étaient séparés. La formule du président Georges W.  Bush, prononcée à l’occasion d’un discours sur l’État de l’Union, « Vous êtes soit avec nous ou soit contre nous » résume bien cette idée.

 À la même époque, deux cinéastes acadiens sont sensibles à cet état de fait. À l’aide du documentaire, chacun à leur façon, ils chercheront à  faire entendre un autre discours, montrer d’autres images, faire connaître d’autres visages, dire ce qui n’a pas été dit, montrer ce qui n’a pas été vu. En 2004, Monique Leblanc entame un voyage aux États-Unis  et amorce le tournage des Chemins de Marie, alors que la même année, Paul Émile d’Entremont commence celui de Reema, allers-retours; deux road-movies  post 11 septembre, qui veulent nous amener sur des chemins moins fréquentés.

 La peur de l’autre

Sans directement faire référence aux événements du 11 septembre,  Les chemins de Marie de Monique Leblanc, s’intéresse à une de ses conséquences, la peur. Le tournage du film commence en 2004, au moment où les Américains s’apprêtent à réélire Georges W. Bush. Avec les conflits en Irak et en Afghanistan, la guerre contre le terrorisme est à son plus haut niveau. Le gouvernement américain alimente la peur en multipliant les annonces de menaces d’attaques terroristes. La cinéaste nous fait alors découvrir une Amérique qui vit dans la peur. Elle démontre comment celle-ci peut régir nos comportements et nous pousser parfois  à l’égoïsme, l’indifférence, l’immobilisme et même la xénophobie. Fait intéressant, Monique Leblanc fait cette démonstration a contrario, soit en nous montrant des gens qui n’ont pas peur.  Ses personnages, qu’ils soient bénévoles, pasteur ou simples citoyens, sont tous engagés dans leur communauté et viennent en aide aux plus démunis, aux laissés-pour-compte, à ceux que l’on préfère ne pas voir ni entendre.

 Le miroir américain

Il ne faut pas croire que la peur ne s’est ancrée que dans la société américaine. En fait, elle s’est immiscée partout en Occident. On comprend que la cinéaste ait choisi les États-Unis, sachant que c’est du côté de nos voisins du Sud qu’elle se manifeste avec  le plus de force. Le pays de l’Oncle Sam agit ici comme un miroir grossissant. Tout le monde a peur, partout. Pour s’en convaincre, il suffit de penser à tous ces dispositifs de sécurité que nous avons mis en place depuis les tragiques événements.

La figure de Marie

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La métaphore religieuse et la figure de Marie jouent aussi un rôle important dans le film. Monique Leblanc a choisi un contexte spirituel parce que, selon elle, les religions traditionnelles, dirigées par des hommes, manipulent les gens par la peur, surtout les femmes. En introduisant le personnage de Marie, elle voulait situer la position des femmes dans la religion. De par son humanité, sa féminitude et son rôle de mère, Marie symbolise la compassion et l’amour, qui sont à l’opposé de la peur. Elle devient alors le fil conducteur du film; en fait foi cette image d’une statuette de la vierge sur le tableau de bord de la voiture de la cinéaste. Il est fascinant de constater que Monique Leblanc a réussi, durant son parcours, à dénicher quelques figures de la vierge. On pense à Maria, cette jeune mexicaine, enceinte, rejetée par sa famille, qui trouve refuge chez Mary House, un établissement qui vient en aide à des familles de réfugiés ou de sans-abri. Nous apparaît alors la figure de Marie, enceinte du Christ, partie sur la route de Nazareth. Il y a aussi Leonor, la mère d’un jeune homme emprisonné dans les couloirs de la mort. Elle nous dit toute sa douleur et son impuissance face à la situation. On reconnaît ici la figure de Marie au pied de la croix.

 Ce portrait d’une Amérique vivant dans la peur, comme l’indique le sous-titre du film, tranche avec l’image héroïque de grand défenseur de la liberté et de la démocratie que se donnent habituellement les États-Unis. Le discours des personnages du film n’est pas fait de menaces, de violence ni de peur, mais de réconfort, de compassion et d’amour. Je vous invite à voir ce film de notre Studio Acadie, ajoutée tout récemment, avant de vous aventurer sur les chemins de Reema, allers-retours, le film de Paul Émile d’Entremont, dont je vous parlerai dans la deuxième partie de ce billet.

Les chemins de Marie, Monique LeBlanc, offert par l’Office national du film du Canada

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