Comment définir un film d’animation exceptionnel? | 5 questions à Michael Fukushima

Comment définir un film d’animation exceptionnel? | 5 questions à Michael Fukushima

Vous voulez savoir à quoi tient un film d’animation exceptionnel?
Posez la question à quelqu’un qui en produit!

Comment définir un film d’animation exceptionnel? | 5 questions à Michael Fukushima

Michael Fukushima, producteur exécutif

Michael Fukushima est le producteur exécutif de notre Studio d’animation anglais, établi à Montréal. À l’ONF depuis 20 ans, il occupe les fonctions de producteur au cours des 16 premières années, puis succède à David Verrall lorsque celui-ci quitte la direction du Studio pour prendre sa retraite en 2013.

J’ai pensé que les cinéastes en devenir auraient sans doute aimé poser à Michael Fukushima ces quelques questions auxquelles il a eu la gentillesse de répondre.

 

À titre de producteur, à quoi reconnaissez-vous la qualité d’un projet qu’on vous présente? Que cherchez-vous?

Michael Fukushima : Lorsqu’on lit une bonne proposition, on sait qu’elle a été mûrement réfléchie et que l’idée est claire et précise dans l’esprit du cinéaste. La bonne proposition est soutenue par un texte fort qui se démarque dans le catalogue d’un festival et permet de bien saisir les enjeux du film.

La proposition ne dépasse pas deux pages (au texte bien espacé et de bonne taille, et non tout tassé, à simple interligne et en petits caractères). Directe et concise, elle me révèle tout au sujet du film, même la fin ou le dernier rebondissement. Et elle est rédigée à la voix active, s’il vous plaît!

Court ou long métrage? Que préférez-vous, pour ce genre?

M.F. : Au chapitre de l’animation, le patrimoine de l’ONF repose sur l’expérimentation liée à la forme, laquelle devrait probablement se limiter aux courts métrages. Ce format permet en outre aux créateurs de trouver leur voie, et à l’ONF de travailler avec de nombreux créateurs, ce qui contribue dans une large mesure à la vitalité de la communauté du Studio d’animation.

De plus, compte tenu de ma capacité d’attention généralement assez limitée, je préfère personnellement les courts métrages. J’aime la rigueur et la discipline qu’exige la réalisation d’un court film captivant; de la même façon, la nouvelle est un genre littéraire qui me plaît beaucoup. Privé du luxe de la longueur, le récit doit viser à la fois la concision et l’éloquence. Cela dit, le succès critique de Window Horses [La vie en Rosie] nous amène à explorer la possibilité de produire des longs métrages à petit budget au cours des prochaines années.

La vie en Rosie – L’épopée persane de Rosie Ming, Ann Marie Fleming, offert par l'Office national du film du Canada

Qu’est-ce qui distingue une bonne animation d’une excellente?

M.F. : Un film d’animation atteint l’excellence lorsque tous les éléments qui le composent – aspect artistique, mouvement, rythme, jeu, musique, qualité sonore – se rejoignent pour former un ensemble. Il n’est pas nécessaire qu’un élément soit à lui seul sensationnel, mais plutôt que l’amalgame crée une merveilleuse harmonie.

Un grand film ne se limite pas au divertissement qu’il procure ou aux prouesses techniques dont il résulte. Il me soulève littéralement de mon siège en m’attirant dans son univers. Un grand film me transforme d’une manière ou d’une autre et me laisse un peu haletant et étourdi.

Votre intuition vous a-t-elle déjà trompé?

M.F. : En ce qui concerne les idées qui « auraient dû » donner d’excellents films, non. En ce qui a trait à l’aspect exécution du film, à la résolution des inévitables problèmes et à l’adaptation aux modifications de parcours, oui, il est arrivé que mon intuition me trompe.

Quelle nouvelle trouvaille, tendance ou technologie de l’industrie suscite chez vous le plus d’enthousiasme?

M.F. : Je fais ce métier depuis trop longtemps pour me laisser charmer par quelque technologie ou tendance que ce soit. Je dois dire, toutefois, que les avancées vers des ambiances sonores plus immersives, mais néanmoins subtiles m’enthousiasment en effet. Comme le plaisir que procure le cinéma tient en grande partie à la dimension sonore, le fait d’enrichir ce que nous entendons aura une incidence importante pour le public. L’évolution technologique constante qui m’enthousiasme et me frustre à la fois est la démocratisation de la création.