Image X Image | À la rencontre de l’animateur Claude Cloutier

Films

Le bédéiste et cinéaste d’animation de grand talent, Claude Cloutier, dont la filmographie inclut Isabelle au bois dormant (2007, prix Jutra, prix Génie) et La tranchée (2010), était de passage pour deux semaines dans la Vieille capitale pour une résidence au coeur de la formidable exposition Image x Image au Musée de la civilisation de Québec.

Isabelle au bois dormant, Claude Cloutier, offert par l'Office national du film du Canada

Soulignant les 75 ans de l’ONF, l’exposition propose une incursion dans l’univers de la création du film d’animation depuis les débuts de l’ONF à travers plus de 250 oeuvres. Mieux encore, elle permet d’observer en direct le travail d’animateurs chevronnés installés exceptionnellement au centre du Musée. Depuis le début de la rétrospective, Francis Desharnais, Janet Perlman, Theodore Ushev et Sylvie Trouvé/Dale Hayward se sont succédés dans le studio de création. C’était maintenant au tour de l’animateur Claude Cloutier de prendre la relève. J’ai eu le grand plaisir de m’entretenir avec lui sur son parcours, ses projets et sa résidence.

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Pour le bénéfice de nos lecteurs qui ne te connaissent pas encore, peux-tu nous parler un peu de ton parcours? Comment passe-t-on de bédéiste à cinéaste d’animation? 

Étant jeune, j’ai toujours rêvé de devenir cinéaste d’animation. J’étais bon en dessin et j’aimais les arts visuels. Je me suis donc dirigé en illustration, me disant que ce serait un bon point de départ. J’ai travaillé comme illustrateur et caricaturiste pour le magazine satirique Croc, publié dans les années 1980-1990. Cette expérience m’a permis d’explorer différents styles et formats de bandes-dessinées. Ces oeuvres ont été rassemblées par la suite en deux volumes : Gilles la Jungle et La légende des Jean-Guy (récemment réédités aux Éditions de La Pastèque).

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Un jour, Yves Leduc, producteur du Studio d’animation français à l’ONF, m’a appelé pour me demander si j’avais envie de faire un film avec La légende des Jean-Guy. Je n’ai pas dit non évidemment! À partir de la bande-dessinée, j’ai réalisé mon premier court métrage d’animation à l’ONF, Le colporteur (1988). Ce fut le début de ma carrière de cinéaste. Mon plan avait fonctionné 😉

Le Colporteur, Claude Cloutier, offert par l'Office national du film du Canada

Qu’espérais-tu accomplir lors de ta résidence? Quelle était ton idée de départ?

Mon intention de départ était de filmer/photographier les visiteurs du Musée pour en faire une animation. Malheureusement, ce n’était pas réaliste en fonction du temps que j’avais. Je me suis donc servie de cette expérience pour avancer mon prochain film, Mauvaise herbe. Une fable sur les relations humaines où des plantes se transforment en animaux. Je ne vous en dis pas plus. La façon la plus intéressante de montrer mon travail, c’est de travailler normalement. Alors, j’ai transposé mon bureau au Musée et j’ai animé sous le regard des visiteurs.

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Comment le regard du public a-t-il influencé ton travail? 

C’est la première fois que je travaille dans un zoo 😉 Plus sérieusement, c’était effectivement étrange de travailler avec des gens qui circulent autour constamment. Je me suis refugié dans le travail et j’ai produit énormément, définitivement plus que ce que je pensais. Ça a été une expérience intéressante. J’ai rencontré des gens extraordinaires.

Quelle est la chose la plus intéressante que tu as découverte lors de ces deux semaines?

Les interactions avec les visiteurs m’ont permis de vérifier certains aspects de mon film, tels que l’histoire, le visuel et le type de personnages. Contrairement aux regard des confrères en animation, ce public est neutre. Ce sont des spectateurs avant l’heure qui m’offrent un premier retour sur mon projet de film.

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Quel conseil donnerais-tu aux gens qui souhaitent devenir cinéaste d’animation?

Choisissez une autre carrière? Non, c’est une blague 😉 J’adore ce que je fais, parce que tu peux tout faire. Tu peux donner vie à n’importe quoi. Mon conseil serait : dessinez, dessinez, dessinez. Les meilleurs animateurs sont ceux qui dessinent bien. Par contre, ne dessinez pas trop. Au départ, je faisais deux fois trop de dessins, car j’avais peur que les gens ne voient pas les détails de l’animation. Mais en faisant défiler les images plus rapidement, ça règle le problème.

Merci beaucoup Claude! 

Claude Cloutier est le cinquième cinéaste à avoir fait sa résidence au Musée. Il sera suivi par Patrick Bouchard, dernier cinéaste de la série, du 3 au 21 août (sauf les samedi et dimanche). Venez le rencontrer de 10h à 17h!

Autres collaborations avec l’ONF

Place au cinéma! Claude Cloutier a réalisé plusieurs courts métrages d’animation que vous pouvez visionner gratuitement sur ONF.ca. En 1994, il réalise Overdose, sur le droit de l’enfant au repos et aux loisirs. Dans le court métrage d’animation Du big bang à mardi matinil raconte avec un humour absurde l’aventure biologique de l’humanité.

Du big bang à mardi matin, Claude Cloutier, offert par l'Office national du film du Canada

Il se distingue en 2002 en remportant le Gémeaux de la meilleure série d’animation pour ses capsules animées de la série Une minute de science, s.v.p.! En 2007, il réalise Isabelle au bois dormant, désopilante parodie du conte de Perrault, qui récolte une vingtaine de prix, dont le Génie et le Jutra du meilleur court métrage d’animation. Sur un autre ton, il réalise La tranchée (2010), incursion dans l’univers des combattants de la Première Guerre mondiale. En 2014, il termine Interférence, pour le projet «Libérez Jafar Panahi». Puis, avec Autos Portraits (2015), son plus récent court métrage, il renoue avec l’esprit du cartoon. Un superbe hommage grimaçant à la puissance pétrolière et une ode à la beauté automobile aux lignes gracieuses. Vous pouvez visionner la bande-annonce :

Autos Portraits, Claude Cloutier, offert par l'Office national du film du Canada