Theodore Ushev sur la création et la destruction des films de Norman McLaren

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Après Francis Desharnais et Janet Perlman, c’est au tour du cinéaste Theodore Ushev de déménager ses pinceaux au Musée de la civilisation de Québec pour y amorcer sa résidence. Du 19 au 29 novembre 2014, venez l’observer en direct ou en ligne dans son atelier, installé exceptionnellement au cœur du Musée. Il y réalisera une œuvre inédite à l’occasion de l’exposition Image x Image – Le cinéma d’animation à l’ONF. Son dernier film 3e page après le soleil sera aussi projeté au Sommet du cinéma d’animation de Québec, où il présentera une classe de maître et une rétrospective de ses œuvres en 2D le 28 novembre prochain.

Qui est Theodore Ushev?

Theodore Ushev, qui s’est récemment illustré pour sa participation au projet McLaren Mur à Mur, est un cinéaste qu’il faut prendre le temps de découvrir, non seulement parce qu’il est l’un des plus importants artistes de l’animation oeuvrant présentement au pays, mais aussi parce que son art parle de nous, de nos civilisations et de l’importance de n’obéir à aucune règle. Né en Bulgarie, il est diplômé de l’Académie nationale des beaux-arts de Sofia. Il se fait d’abord connaître comme affichiste dans son pays d’origine avant de s’installer à Montréal en 1999. Là, il acquiert rapidement une réputation de cinéaste d’animation prolifique et doué, grâce à des films comme L’homme qui attendait (2006) et Tzaritza (2006).

En 2006, il amorce une remarquable trilogie sur les relations entre l’art et le pouvoir : Tower Bawher (2006), Drux Flux (2008), Gloria Victoria (2013), et en parallèle, il signe une série de courts métrages portant sur des créateurs et leur rapport au monde : Les journaux de Lipsett (2010), son film le plus connu, primé à 16 reprises, Rossignols en décembre (2011) et Joda (2012). Fasciné par les nouvelles plateformes de diffusion, il a aussi créé des films pour le Web (Vertical, 2003), les téléphones cellulaires (Sou, 2004) et un chouette vidéoclip appelé Demoni (2012).

Si vous ne l’avez pas encore vu, prenez quelques minutes pour visionner ce court métrage, accompagné par la voix de Xavier Dolan, qui illustre la chute vertigineuse du cinéaste canadien Arthur Lipsett dans la dépression et la folie. Ce film a remporté le Jutra du Meilleur film d’animation en 2011.

Les journaux de Lipsett, Theodore Ushev, offert par l'Office national du film du Canada

Theodore Ushev en résidence au Musée 

Pour souligner le 75e anniversaire de l’ONF et le 100e anniversaire de Norman McLaren, le Musée de la civilisation de Québec a invité sept cinéastes à se prêter au jeu du travail en direct. Pendant toute la durée de l’exposition Image x Image – Le cinéma d’animation à l’ONF, ils se succéderont pour réaliser une oeuvre, sous les yeux des visiteurs. Theodore a accepté de nous parler de son projet « 100 copies de McLaren. Effacées » au cours duquel il compte détruire 10 copies de film 16 mm du cinéaste Norman McLaren, pour créer une oeuvre unique.

Qu’est-ce que tu espères accomplir lors de cette résidence au Musée de la civilisation? Quelle est ton intention?

Theo : Chaque jour, dès 10h, avec la minutie d’un horloger et la régularité d’un fonctionnaire, je vais effacer et délaver 100 images de 10 copies de films (16 mm) de Norman McLaren, à l’aide d’un produit chimique. La procédure sera répétée à chaque heure, pendant 10 jours, du 19 au 29 novembre. En travaillant directement sur cette nouvelle pellicule à l’aide de peinture, marqueurs, grattage, je souhaite créer une oeuvre unique, en temps réel, qui pourra être montrée, mais jamais copiée, numérisée ou distribuée. La captation en direct de mon processus de création sera le seul artefact de ces 10 jours. Ce n’est pas le résultat qui compte ici, mais la démarche.

Comment est-ce que le projet au musée s’inscrit dans ton corpus? Est-ce en continuité avec tes œuvres précédentes?

3e page apre`s le soleil__bilingual poster_final_12 x 18_LRTheo : Le projet du musée est certainement en lien avec 3e page après le soleil (voir plus bas). J’ai employé la même approche de création connue sous le nom de « palimpseste » (du grec ancien palimpsêstos, « gratté de nouveau »), c’est-à-dire détruire pour recréer. Un concept magistral pour l’histoire de nos civilisations. On ne peut pas créer à nouveau, sans se débarrasser du vieux. C’est magnifique de pouvoir effacer une oeuvre d’un grand artiste célébré tel que McLaren, pas seulement en tant qu’acte de destruction, mais de libération. Ouvrir de nouveau les portes de la création. Le vandalisme est tellement connecté à la nature humaine que nous sommes prêts à considérer les graffitis plus valides que les vieux édifices sur lesquels ils ont été faits.

Comment le regard du public va-t-il influencer ton travail?

Je ne suis pas influencé par le public. Comme je travaille beaucoup dans les espaces publics, il m’arrive fréquemment d’échanger avec les visiteurs. Pour moi, l’animateur enfermé dans son atelier n’est pas une option. Les animateurs doivent sortir de leurs caves, et attraper le rythme de la vraie vie. Les films que je vois dans les festivals semblent souvent éloignés de la réalité, faits par des animateurs qui vivent dans l’abstinence et la dissociation. Ce qui donne un art stérile et aseptisé qui n’arrive pas à trouver la place qui lui revient. druxPour cette raison, j’ai longuement réfléchi au concept de l’animateur pris dans une cage en verre, constamment observé par le public et les caméras. Je trouvais intéressant de profiter de l’espace du Musée pour expérimenter cette idée : la cage de l’Homo animaticus. Voilà pourquoi je m’impose une règle de jeu : pas d’interaction avec le public. Celui-ci pourra m’interroger seulement lorsque je sortirai de l’aquarium. Je suis un animal dangereux après tout! Je suis un immigrant et je détruis les films du grand animateur McLaren! J’espère tout de même que les visiteurs me lanceront des arachides pour m’encourager 😉

Qu’en pensez-vous? Croyez-vous qu’il soit nécessaire de détruire les arts et les traditions du passé afin de pouvoir créer de nouveau?

Theodore Ushev est le troisième cinéaste d’une série de sept à entreprendre une résidence au Musée. Il sera suivi par Sylvie Trouvé et son partenaire Dale Hayward, Claude Cloutier et Patrick Bouchard au cours de la prochaine année.

Pour observer en direct le travail de Theodore Ushev au Musée, cliquez sur la visionneuse ci-dessous ou ici. Pour plus de détails sur l’événement, visitez la page du Musée.

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Un film, une classe de maître et une rétrospective aux Sommets du cinéma d’animation 

Si vous n’avez pas réussi à attraper le cinéaste lors de sa résidence, reprenez-vous lors de la classe de maître gratuite qu’il donnera aux Sommets du cinéma d’animation de Québec. Vous aurez alors tout le loisir de lui poser vos questions. La classe de maître se déroulera vendredi le 28 novembre, à l’Auditorium Roland-Arpin du Musée de la civilisation de Québec dès 17 h. Réservation requise au 418 643-2158. Elle sera suivie à 19h d’une rétrospective de ses courts métrages (2D).

3e page après le soleil – (Extrait), Theodore Ushev, offert par l'Office national du film du Canada

Les Sommets vous donneront aussi l’opportunité de voir en grande première 3e page après le soleil,  le plus récent film de Theodore Ushev. Annonçant la fin du papier, ce tableau en mouvement aborde plusieurs grandes questions, de la fragilité de la culture à la dématérialisation du numérique. Pour ce faire, le cinéaste a profané et déchiré les pages du catalogue d’un festival de films d’animation, transformant le livre en une bouillante masse rougeâtre et enflammant le papier à grands coups de pinceaux. Il en résulte une étonnante explosion d’images et de sons qui ne laissera personne indifférent. Pour l’horaire, consultez la programmation.

50 ans d’affiches de festivals d’animation

affiches

Vous en voulez encore? C’est ce que je me disais. Sachez que les affiches de Theodore Ushev feront partie de l’exposition 50 ans d’affiches de festivals d’animation à la Cinémathèque québécoise de Montréal du 3 décembre au 8 février. Une belle invitation pour découvrir 50 ans de création graphique, depuis les années 1960 jusqu’à aujourd’hui.

Si vous êtes de passage dans la Vieille capitale, ne ratez pas ces cinq occasions en or qui vous permettront de plonger dans l’univers bouillonnant de ce cinéaste incontournable. Un art qui parle de l’histoire de notre temps, une histoire de tous les temps, toujours à la conquête d’horizons plus libres.

Consultez la programmation complète des Sommets du cinéma d’animation et du Musée de la civilisation du Québec.