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Les cascadeurs : une histoire de casse-cou

Films

Il y a quelques jours, nous avons ajouté le film Canada vignettes : les cascadeurs (1978) sur ONF.ca. Réalisé par Lois Siegel, ce documentaire fait le portrait d’une famille de cascadeurs travaillant dans l’industrie du cinéma.

Hier matin, j’ai eu la chance de m’entretenir avec la cinéaste, lauréate d’un prix Génie, et d’en apprendre davantage sur le contexte de production de ce fascinant court métrage de 3 minutes, qui existe également dans sa version longue sous le nom de Stunt People.

Famille de cascadeurs

C’est avec beaucoup de passion… et probablement une dose de folie que 12 membres de la famille Fournier – 4 frères, 5 sœurs ainsi que les 3 enfants de Marcel Fournier, le leader de la famille – démolissent des voitures, s’immolent et sautent du haut des immeubles. Découverts par Gilles Carle en 1969, alors que le célèbre cinéaste était à la recherche de voitures démolies pour son film Red, les Fournier se spécialisent depuis dans les cascades au cinéma. Au moment du tournage du film Canada vignettes : les cascadeurs, 4 générations de Fournier avaient déjà participé à plus de 125 films et exécuté plus de 540 cascades.

Se décrivant comme une famille normale, avec une passion pour les cascades et les séances de démolition de voitures, les Fournier mettent leur vie en péril pour de grosses sommes d’argent… et le bonheur des cinéphiles.

Parcours d’une cinéaste atypique

Originaire des États-Unis, Lois Siegel est d’abord venue s’installer à Montréal pour étudier le français à l’école d’été de l’Université McGill. C’est à ce moment-là qu’elle a entendu parler de l’Office national du film du Canada. Celle qui est désormais citoyenne canadienne est entrée à l’ONF pour recevoir une formation de caméraman. « À l’époque, l’ONF était à la recherche de 4 femmes caméraman à travers le Canada », explique-t-elle. Très intéressée par la réalisation, elle a aussi été photographe de plateau, tout en réalisant quelques films indépendants et expérimentaux en parallèle. « C’est à l’ONF que j’ai été initiée pour la première fois au cinéma documentaire », précise-t-elle.

Vers la fin des années 1970, Robert Verrall, directeur du programme anglais et producteur exécutif du Studio D à l’ONF, travaillait à l’élaboration de la série Canada vignettes, qui avaient comme but de démontrer une image positive du Canada. Il était à la recherche de sujets intéressants. « Il a offert à plusieurs artisans de l’ONF la chance de réaliser un film en nous invitant à proposer des idées de sujets », raconte-t-elle. La cinéaste a donc soumis 3 idées et Verrall a choisi celle sur les cascadeurs.

La cinéaste connaissait déjà les Fournier. Elle avait travaillé avec eux sur quelques plateaux de tournage de films de fiction à Montréal dans les années 1970, « dont un film de Frank Vitale dans lequel les cascadeurs devaient sauter du 3e étage d’un immeuble », se rappelle la cinéaste. Selon ses souvenirs, « ils étaient très gentils et ils travaillaient toujours en famille ». Quelques années plus tôt, elle avait aussi côtoyé le monde des cascadeurs professionnels en travaillant sur le plateau de tournage du film The Mad Canadian de Robert Fortier (1976), sur le cascadeur Ken Carter, spécialiste des sauts en voiture.

2 jours de tournage

L’ONF a accordé une seule journée à Lois Siegel pour tourner son film Canada vignettes : les cascadeurs. Elle a cependant réussi à convaincre son équipe de lui accorder une journée de tournage supplémentaire afin de finaliser quelques scènes. Enseignante au Collège John Abbott et à l’Université Concordia, elle a aussi reçu l’aide de certains de ses élèves en cinéma. Un de ceux-ci, Glen MacPherson, réalise aujourd’hui des films à Hollywood : Resident Evil : Afterlife, The Final Destination, etc.

Pendant le tournage de son film, la cinéaste a d’abord interviewé Marcel Fournier, le leader du groupe, et suivi la famille de cascadeurs à La Prairie, dans une zone de démolition où ils s’entraînaient avec de vieilles voitures. « Je devais réaliser un film d’action de 3 minutes, alors j’ai fait attention de ne pas briser le rythme », explique-t-elle. Pour ce faire, elle a accompagné l’entrevue d’images de démolition de voitures et de scènes de films dans lesquelles on voit les Fournier en action.

Stunt People

C’est grâce à son expérience avec le film Canada vignettes : les cascadeurs que Lois Siegel fait aujourd’hui du cinéma documentaire. « J’ai eu la piqûre à ce moment-là », confirme la cinéaste. « En 3 minutes, on peut tout apprendre du métier », affirme celle qui a écrit, réalisé et monté son film. Après cette expérience de tournage, elle a donc décidé de réaliser de manière indépendante une autre version, plus longue cette fois, de son film sur la famille Fournier.

Intitulé Stunt People, ce dernier documentaire a remporté le prix Génie du Meilleur court métrage en 1990. Pour le réaliser, la cinéaste a reçu l’aide de l’Office national du film par l’entremise de son programme d’aide aux cinéastes indépendants (ACIC / FAP).

Les honneurs remportés pour ce documentaire lui a permis de réaliser Baseball Girls en 1995. Auparavant, la cinéaste utilisait sa propre carte de crédit pour régler toutes les dépenses reliées à ses films indépendants. Pour sauver des sous, elle était aussi devenue une « experte de la négociation ». « J’offrais mes services de photographie de plateau ou de casting en échange de prêts d’équipement », raconte-t-elle. « Je ne sais pas comment j’ai réussi à compléter Stunt People, mais je me souviens que Marcel Fournier avait accepté d’ajouter une ligne à ses autres contrats de films qui me donnait le droit de le filmer sur les plateaux de tournage. J’économisais ainsi des frais de plateau! »

Près de 35 ans plus tard, Lois est toujours en contact avec les membres de la famille Fournier. « Je fais maintenant partie de la famille, raconte-t-elle. Ils demeurent presque tous en Floride aujourd’hui. Le plus jeune a démarré une compagnie de cascadeurs il y a quelques années. Il travaille toujours dans l’industrie du cinéma. »