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Amanda Forbis et Wendy Tilby, finalistes aux Oscars, discutent visibilité et processus créatif

Ce texte est une traduction de l’anglais.

Il y a quelques semaines, deux films de l’ONF ont été mis en nomination pour le prix du meilleur court métrage (animation) à l’édition 2010 des Oscars. Une vie sauvage, d’Amanda Forbis et de Wendy Tilby, est l’un de ces films. (L’autre est Dimanche de Patrick Doyon. Vous pouvez voir et télécharger ces deux films ici.)

Pour le duo Forbis-Tilby, il s’agit d’une deuxième sélection aux Oscars. En 1999, leur film When the Day Breaks, une histoire sur l’ironie de la solitude en milieu urbain racontée du point de vue d’un cochon appelé Ruby, était en lice dans la même catégorie.

Sollicitées de toutes parts par les médias, les réalisatrices ont tout même eu la gentillesse de m’accorder une entrevue depuis leur résidence de Calgary. Entre les joyeux aboiements du chien (le facteur était à la porte), Tilby et Forbis, chacune à son téléphone, m’ont prévenue que personne n’était capable de distinguer leurs voix. Ayant pu constater ce fait moi-même, après une minute de conversation, j’ai décidé de les croire sur parole et de ne même pas essayer.

Carolyne Weldon : Une vie sauvage vient d’être mis en nomination pour un Oscar. Qu’est-ce que cela change pour vous?

Amanda Forbis et Wendy Tilby : C’est sans doute plus significatif pour Patrick [Doyon, également en nomination]. Il est jeune et c’est son premier film. Je ne dis pas que cela vous donne « plus de poids », mais il est vrai qu’une nomination aux Oscars facilite les choses. Au sein de l’Office national du film, cela augmente vos chances de faire un autre film. Et à l’extérieur, pour ce qui est de notre travail commercial, il y a des agences qui accordent de l’importance à ce genre de choses. Mais avant tout, cela donnera à notre film une plus grande visibilité. Vous savez, la situation est différente pour les courts métrages. Lorsqu’un long métrage est en nomination, cela entraîne des millions de dollars en recettes. Pas pour nous. Dans notre cas, cela signifie que le film trouvera un plus grand public, ce qui n’est pas toujours facile pour un court métrage.

À lui seul, ce fait confirme, en quelque sorte, que notre travail en valait la peine. Le film est vu, et les gens en « comprennent » le sens. Ce qui peut être difficile à croire pour nous. Il nous arrive de nous demander : « De quoi avons-nous accouché exactement? »!

CW : En parlant des gens qui en ont « compris » le sens, à quel point aviez-vous peur que les gens ne saisissent pas la fin?

AF et WT : *ATTENTION : CE QUI SUIT DÉVOILE LE DÉNOUEMENT* C’est vrai, nous avions peur que les gens ne comprennent pas la fin. C’était un risque. Mais nous avons préféré prendre ce risque plutôt que de raconter l’histoire d’une manière trop directe. Il était très important pour nous d’éviter les images trop explicites. Nous ne voulions pas montrer un cadavre dans la neige. De la peinture bleue sur du blanc. Nous étions inflexibles sur ce point. Nous sommes conscientes que le dénouement peut même ajouter à la confusion. L’homme s’en va à pied… les gens ne savent pas trop comment interpréter cela. Est-il toujours vivant? Il marche! Mais ce qui est encourageant, c’est que plus les gens voient le film, plus ils le comprennent. Nous n’avions pas l’intention de faire quelque chose de difficile à comprendre, quelque chose de délibérément obscur. Mais voilà le résultat.

CW : J’ai passé quelque temps en Alaska et au Yukon, et j’ai entendu parler de ces hommes qui décident de partir à pied vers une mort certaine, au beau milieu de l’hiver glacial. Croyez-vous que le film peut être compris par quelqu’un qui ne possède pas cette conscience régionale? Un Québécois ou un Européen, par exemple?

AF et WT : Nous savions que nous faisions un « film régional ». Nous voulions faire un film sur l’expérience de l’immigration, montrer ce que cela représente de s’établir dans un nouvel endroit pour un immigrant de la première génération. J’ai toujours voulu illustrer la solitude des Prairies, les grandes étendues, tout cet espace, et le silence. Les Européens peuvent-ils s’imaginer cela? Je l’ignore.

CW : Les Allemands, peut-être? Ils sont obsédés par le Yukon.

AF et WT : Peut-être les Allemands. La vérité, c’est qu’on ne peut pas plaire à tout le monde tout le temps! Mais la réalité que nous décrivons est bien réelle. Nous avions entendu parler de cet homme de la Colombie-Britannique, un étranger entretenu par ses parents, qui vivait seul dans une petite cabane. Il avait invité des gens chez lui la nuit de Noël. Pour s’y rendre, ses deux invités devaient traverser un lac en bateau. Pendant la traversée, ils ont bu toute la bière. Lorsqu’ils sont arrivés à destination, ivres et les mains vides, l’hôte était si furieux qu’il est parti. Il est tout bonnement sorti. Ils l’on trouvé le lendemain matin assis sous un arbre, la pipe entre les dents, raide mort.

Ces histoires parlent aussi de maladie mentale. Notre homme entretenu en avait assez. Il s’en retournait « chez lui ».

CW : Quelle est la suite des choses pour vous?

AF et WT : Après avoir terminé quoi que ce soit, nous pensons toujours pouvoir enfin nous offrir un long repos bien mérité. En réalité, ça n’arrive jamais. Nous avons quelques idées. Il nous reste à décider laquelle nous avons le plus envie de développer. Mais je peux vous dire une chose : cette fois-ci, ce sera plus court et plus rapide.