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Il était une fois dans l’Ouest… en français! | Perspective du conservateur

Il était une fois dans l’Ouest… en français! | Perspective du conservateur

Il était une fois dans l’Ouest… en français! | Perspective du conservateur

Avec le lancement cette semaine du tout nouveau documentaire Assez French (2022) de la cinéaste fransaskoise Alexis Normand et l’arrivée du mois de mars, période durant laquelle est célébrée, dans le monde entier, la francophonie, l’occasion est belle de revenir sur les moments clés et les films qui ont marqué le cinéma francophone à l’ouest de l’Ontario.

Non, il ne sera pas question, dans ce billet, de western spaghetti ni du chef-d’œuvre de Sergio Leone, mais plutôt des histoires que nous ont racontées et nous racontent encore les cinéastes francophones du Manitoba, de la Saskatchewan, de l’Alberta, de la Colombie-Britannique, du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest, depuis la création du Studio francophone de Winnipeg en 1974.

Avant la régionalisation

Au milieu des années 1950 et dans les années 1960, alors que les cinéastes francophones, qui proviennent majoritairement du Québec, commencent à prendre leur place dans un ONF dominé par les anglophones, et sont surtout intéressés par ce qui se passe dans la Belle Province, les francophones qui vivent dans l’Ouest sont pratiquement absents des productions de l’ONF. Les rares films qui leur sont consacrés sont tournés par des cinéastes du Québec. Les Canadiens français dans l’Ouest (1955) de Bernard Devlin, un reportage présenté à la télévision de Radio-Canada dans le cadre de la série Passe-Partout, en est un exemple. Le reporter Fernand Dansereau (qui deviendra par la suite cinéaste et producteur) se rend en Saskatchewan pour interviewer un couple exploitant une ferme, puis rencontre les artisans et artisanes d’une compagnie de théâtre francophone au Manitoba, le Cercle Molière, pour les interroger sur la survie du français dans l’Ouest.

Les Canadiens français dans l’Ouest, Bernard Devlin, offert par l’Office national du film du Canada

Une unité de production francophone au Manitoba

En 1972, Gérard Pelletier, alors ministre des Communications dans le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau, met en place une nouvelle politique en matière de films. Elle précise que l’ONF doit régionaliser ses activités, partager sa production de films commandités avec le secteur privé et créer un bureau des festivals pour appuyer la mise en marché des films canadiens ici et à l’étranger. Cette nouvelle politique est cruciale dans l’émergence d’un cinéma francophone dans l’Ouest, puisqu’elle mènera à la création, en 1974, d’un bureau régional francophone à Winnipeg[1]. Il s’agit d’un programme particulier de cinq ans (programme Régionalisation/Ouest), qui n’est pas encore rattaché aux activités habituelles du Programme français. Le producteur délégué René Piché est chargé de repérer des talents locaux, de mettre sur pied un programme de formation et de lancer la production.

Les potes (1976) de Marcel Collet est le premier film produit par le programme Régionalisation/Ouest. Ce court métrage de fiction d’une trentaine de minutes raconte l’histoire de trois amis de Saint-Boniface, au Manitoba, qui font l’acquisition d’une maison à revenus dans l’espoir de gagner un peu d’argent, mais se retrouvent avec une locataire sans le sou. Dans les années qui suivent, le bureau régional de Winnipeg produit un autre court métrage de fiction, une animation et trois documentaires, dont le premier film de la cinéaste franco-albertaine Sylvie Van Brabant, C’est l’nom d’la game (1977).

Incertitude, consolidation et fusion

En 1979, l’ONF voit son budget réduit de quatre millions de dollars. Le bureau de Winnipeg, tout comme celui de Toronto, est menacé de fermeture. Une levée de boucliers de la part des artisans et artisanes des deux programmes, Ouest et Ontario, et du Regroupement d’action pour le cinéma, un organisme qui se porte à la défense du cinéma franco-ontarien, réussit à faire reculer l’institution fédérale. En décembre, le conseil d’administration de l’ONF annonce sa décision d’assurer la continuité des activités dans les régions francophones hors Québec. Il reconduit les programmes pour trois ans.

Trois ans plus tard, le bureau de Winnipeg, tout comme ceux de Toronto et de Moncton, est maintenant autonome et n’est plus un programme temporaire. Il prend le nom de Programme français/Ouest. La production documentaire prend de l’ampleur. Le studio produit deux séries : Dictionnaire culturel (1983), six films réalisés par Claude Grenier qui veulent mieux faire connaître la culture franco-manitobaine, et L’Ouest m’a conté (1985), trois films qui rendent hommage aux pionniers qui ont découvert, évangélisé et défriché les côtes de la Colombie-Britannique. La fiction n’est pas en reste. Le cinéaste Claude Grenier réalise également Le vieillard et l’enfant (1985), un moyen métrage de fiction, dont le scénario est tiré d’une nouvelle de l’autrice franco-manitobaine Gabrielle Roy et qui met en vedette le comédien Jean Duceppe.

L’esprit des neiges, Claude Grenier, offert par l’Office national du film du Canada

En 1987, l’ONF fait encore face à des défis budgétaires. Les activités de production et de mise en marché des bureaux de Winnipeg et de Toronto sont regroupées au sein d’une même unité de production du Programme français, située à Toronto. Elle est dirigée à partir de Montréal par le producteur exécutif Guy Maguire et la productrice Thérèse Descary, mais continue d’employer des cinéastes, des techniciennes et des techniciens locaux. Ce changement entraîne la fermeture du bureau régional de Winnipeg. Avec les économies réalisées, l’ONF espère augmenter les montants alloués à la production.

La série Franc-Ouest

Alors que la nouvelle structure se met en place, la productrice Thérèse Descary élabore, en collaboration avec les ministères de l’Éducation du Manitoba, de la Saskatchewan, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique, une série de quatre courts métrages de fiction, qui veulent « sensibiliser les jeunes francophones de l’Ouest à leur passé historique ainsi qu’à leur héritage culturel et linguistique[2] ». Réalisés par le cinéaste Jean Bourbonnais, La nouvelle au village (1989), Paul et Moustache (1989), Le message de Cornipoli (1989) et Quand l’accent devient grave (1989) sont tournés avec la participation respective des habitants et habitantes de Saint-Pierre-Jolys, au Manitoba, de Saint-Isidore-de-Bellevue, en Saskatchewan, de Bonnyville, en Alberta, et de Vancouver, en Colombie-Britannique. Les films sont destinés aux jeunes de 9 à 12 ans.

Le message de Cornipoli, Jean Bourbonnais, offert par l’Office national du film du Canada

L’année suivante, deux autres films, cette fois destinés à un public adolescent, s’ajoutent à la série : Entre l’effort et l’oubli, un documentaire de Maurice-André Aubin sur de jeunes francophones qui parlent de leur combat pour vivre dans leur langue dans un environnement majoritairement anglophone, et Jours de plaine, un court métrage d’animation de Réal Bérard et d’André Leduc inspiré d’une chanson de l’auteur-compositeur-interprète franco-manitobain Daniel Lavoie. Cette animation connaît beaucoup de succès et est sélectionnée en compétition officielle à Cannes dans la catégorie Court métrage.

Jours de plaine, Réal Bérard et André Leduc, offert par l’Office national du film du Canada

Dans les années qui suivent, le Programme français/Ouest produit deux autres documentaires : Parlons franc (1992) de Georges Payrastre, qui s’interroge sur la survie du français en situation minoritaire en Alberta et en Acadie, ainsi que sur les dangers du bilinguisme, et Mon amour, My Love (1994) de Sylvie Van Brabant, qui aborde la question des unions entre francophones et anglophones dans un milieu où le français est minoritaire. La production va bon train, mais d’autres changements sont à prévoir.

Mon amour My Love, Sylvie Van Brabant, offert par l’Office national du film du Canada

Studio documentaire Ontario/Ouest

Au milieu des années 1990, l’ONF fait face à d’importantes coupes budgétaires. L’organisme voit ses crédits gouvernementaux amputés de 20 millions de dollars sur trois ans. Ces restrictions budgétaires ont des répercussions dans tous les secteurs d’activité de l’institution, dont la production francophone hors Québec. La production sera désormais « divisée selon les genres plutôt qu’en studios spécialisés[3] ». Les activités du Programme français/Ouest et celles du Centre ontarois, le bureau de production de l’Ontario, sont donc regroupées sous l’appellation « Studio documentaire Ontario/Ouest ». L’effet des coupes se fait sentir avec plus de force du côté de la production de l’Ouest. Sur la trentaine de films qui seront produits par le studio de 1996 à 2005, sept seulement seront tournés par des cinéastes qui résident dans l’Ouest ou en sont originaires. Mentionnons, entre autres, Le troisième ciel (1998) de Georges Payrastre, Arjuna (1999) de Sylvie Van Brabant, L’appétit d’Ève (2003) de Fabienne Lips-Dumas et Le méchant trip (2005) d’Ilan Saragosti. Bien que cela ait peu ou pas de rapport avec le contexte budgétaire et de réorganisation, il faut tout de même souligner que cette période correspond à un changement de cap quant aux sujets abordés par les cinéastes. Tous et toutes délaissent les questions identitaires, de la langue et des combats menés par les francophones en situation minoritaire. Leurs films parlent maintenant, notamment, d’immigration, de maladie mentale, d’art, de science et de la jeunesse.

Le méchant trip, Ilan Saragosti, offert par l’Office national du film du Canada

Le concours Tremplin

En 2004, le ministère du Patrimoine canadien met sur pied le Partenariat interministériel avec les communautés de langue officielle (PICLO). Ce programme a pour objectif de promouvoir le développement des communautés de langue officielle en situation minoritaire. L’ONF s’avère un partenaire idéal. Cette initiative va relancer la production dans l’Ouest. En effet, elle mène à la création, en 2006, du concours Tremplin au Studio documentaire Ontario/Ouest, qui s’appelle dorénavant simplement Studio Ontario et Ouest. Ce concours donnera l’occasion à de nouveaux cinéastes francophones en situation minoritaire de réaliser une première œuvre documentaire dans un contexte professionnel. À partir de 2009, le concours ne bénéficie plus de l’appui financier du PICLO, mais reste tout de même en place. Les résultats sont spectaculaires ! Depuis une quinzaine d’années, Tremplin nous fait découvrir des courts métrages documentaires de grande qualité et des cinéastes prometteurs. Mentionnons, notamment, 360 degrés (2008) de Caroline Monnet, Le chœur d’une culture (2009) et Mon père, le roi (2010) de Marie-France Guerrette Dempsey, qui est maintenant productrice au Studio documentaire du Québec et de la francophonie canadienne et acadienne, La promesse du Klondike (2012) de Julie Plourde, Femmes debout (2015) de Marie Ka et La dernière clé (2017) de Julien Capraro.

Femmes debout, Marie Ka, offert par l’Office national du film du Canada

Après Tremplin

Les cinéastes de l’Ouest continuent de se faire voir et de se faire entendre au-delà du concours Tremplin. Marie-France Guerrette Dempsey réalise son premier long métrage documentaire en 2019, Sans maman, un film intimiste et poignant sur la famille et le deuil, qui a connu beaucoup de succès et remporté le Prix du meilleur long métrage canadien au festival international NorthwestFest d’Edmonton. La cinéaste fransaskoise Alexis Normand nous offre Assez French (2022), un court métrage produit par le Studio du Nord-Ouest du Programme anglais, un film sur la reconquête de l’identité canadienne francophone au sein de sa propre famille. Il est intéressant de constater que les questions d’identité et de langue refont tout à coup surface ! Des questions que l’on croyait disparues à jamais. Une nouvelle tendance ? Un simple retour du balancier ? L’avenir nous le dira.

Assez French, Alexis Normand, offert par l’Office national du film du Canada

Si vous voulez en savoir plus sur le cinéma francophone hors Québec, je vous invite à visiter les deux chaînes suivantes : L’espace francophonie et Le concours Tremplin. Vous pouvez également lire un autre billet de blogue sur le sujet : L’ONF, un tremplin dans la carrière des cinéastes francophones hors Québec.

[1] Le Studio de Moncton (programme Régionalisation/Acadie) fut également créé en 1974 et celui de Toronto (programme Régionalisation/Ontario) fut mis sur pied l’année suivante, à la suite de l’adoption de cette politique.

[2] Rapport annuel 1988-1989, Office national du film du Canada, p. 17.

[3] Rapport annuel 1995-1996, Office national du film du Canada, p. 14.

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