Femmes et filles autochtones disparues et assassinées : briser le silence et entamer une discussion

Femmes et filles autochtones disparues et assassinées : briser le silence et entamer une discussion

Femmes et filles autochtones disparues et assassinées : briser le silence et entamer une discussion

MISE EN GARDE : Ces films abordent les sujets de la violence sexuelle faite aux femmes, la violence faite aux femmes, le meurtre, et les pensionnats autochtones.

Si les sujets traités dans les films vous perturbent, nous vous recommandons de communiquer avec une personne de confiance. Si vous avez besoin d’un soutien immédiat, veuillez consulter les sites ci-dessous.

Ligne d’écoute d’espoir

1-855-242-3310

La Ligne d’écoute d’espoir pour le mieux-être apporte une aide immédiate à tous les peuples autochtones au Canada.

Jeunesse, J’écoute

1-800-668-6868

Service d’urgence avec ligne téléphonique sans frais destiné aux enfants et aux adolescents, notamment ceux qui vivent une situation de violence ou qui en font usage.

SOS violence conjugale

1-800-363-9010

Ligne téléphonique d’urgence sans frais pour les femmes qui vivent une situation de violence fondée sur leur sexe.

Disparues

Comment donner un visage ou une identité à une femme autochtone qui a disparu ou a été assassinée ? Qui est-elle ? D’où venait-elle ? Pourquoi a-t-elle été tuée ?

Imaginez que votre mère ou votre sœur a disparu et que la police ne réagit à cette disparition que six mois ou un an après que vous l’avez signalée. Vous en perdez le sommeil. Tous les matins vous rappellent que cet être cher a disparu et c’est un traumatisme que vous revivez chaque jour. Quand vous vous adressez à la police, vous faites face à de la discrimination et à du racisme. On ne vous croit pas. On évoque systématiquement la personne disparue comme quelqu’un qui jouait avec le feu ou qui était jeune et toujours en train de faire la fête, ce qui permet à ceux qui sont censés vous protéger, vous et vos proches, de nier le sérieux et l’urgence de la situation. Quand vous laissez un message téléphonique, le retour d’appel est long à venir, si retour d’appel il y a. Vous devenez une victime à votre tour, car on vous fait comprendre que la vie de cette personne n’est pas une priorité. Vous ne pouvez pas amorcer un processus de deuil : vous vous battez plutôt pour essayer de faire entendre votre voix, car la société semble déjà s’être fait une idée de la personne que vous êtes. Vous ne valez pas la peine qu’on vous écoute. Vous n’êtes pas un être humain. Votre mère ou votre sœur n’est jamais retrouvée. Il vous est impossible de tourner la page. Le désespoir ne vous quitte pas, et toute votre vie, la perte irrésolue et le chagrin vous habitent. Personne dans ce pays ne semble s’en préoccuper ou vouloir affronter la vérité. Votre mère ou votre sœur n’est plus qu’une simple statistique sans visage dans la société.

Cette histoire qui ne cesse de se répéter est celle de nombreuses femmes et filles autochtones et de leurs proches. La police met beaucoup de temps à réagir. Les familles déjà endeuillées par la perte d’un être cher doivent aussi supporter le traumatisme causé par le fait que les représentants de l’ordre ne considèrent pas la disparition de femmes autochtones comme une priorité.

Dans notre société, la plupart des gens pensent que ces histoires ne sont pas vraies ou qu’elles se sont déroulées il y a bien longtemps. Certains croient que de telles atrocités ne peuvent pas se produire chez eux. Tout se passe comme si la société s’était tellement endurcie qu’elle ne trouvait rien d’anormal à ce que des femmes soient violemment assassinées puis servent à nourrir des cochons, comme s’il ne fallait voir aucune morbidité dans une telle violence faite aux femmes. Comment changer le regard que la société porte sur les Autochtones et sur les femmes autochtones en particulier ?

On estime que plus de 4000 femmes et filles autochtones ont disparu ou ont été assassinées au Canada. Et ce chiffre ne prend en compte ni les femmes métisses ou inuites ni les femmes autochtones américaines. Il provient du rapport récent de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ainsi que d’autres enquêtes menées par la Chambre des communes et la Gendarmerie royale du Canada.

Voir ces films en classe

À la recherche de Dawn, de Christine Welsh

À la recherche de Dawn, Christine Welsh, offert par l'Office national du film du Canada

Ce long métrage documentaire aborde la tragédie toujours d’actualité que constituent la disparition et l’assassinat de femmes et de filles autochtones au Canada. La famille de Dawn Cray évoque les jours, les semaines et les mois qui ont suivi la découverte du corps de Dawn à la ferme de Robert Pickton, ainsi que la vie de la victime avant sa mort. L’ADN de Dawn était celui de la 23e femme retrouvée à la ferme, mais aucune accusation n’a été portée contre Pickton, car la quantité d’ADN trouvée était insuffisante. Les familles des victimes des meurtres de la « route des larmes » (Highway of Tears) et du quartier Eastside de Vancouver livrent également leurs témoignages dans ce film.

cette rivière, d’Erika MacPherson et Katherena Vermette

Cette rivière, Erika MacPherson et Katherena Vermette, offert par l'Office national du film du Canada

Tina Fontaine a été retrouvée morte dans la rivière Rouge de Winnipeg à l’âge de 14 ans. Partout au pays, les leaders autochtones ont alors demandé qu’une enquête soit menée sur la disparition et l’assassinat de femmes et de filles autochtones. Les membres de Drag the Red, un organisme bénévole créé à la suite de cette tragédie, fouillent depuis la rivière et ses rives dans l’espoir de trouver des indices qui pourraient élucider certaines disparitions. De ce groupe, Kyle Kematch et Katherena Vermette, l’une des fondatrices de l’organisme, relatent leurs expériences respectives de recherche d’une personne disparue.

J’encourage tous les enseignants, les administrateurs, les directeurs, les concierges, les aides-enseignants et quiconque est associé au monde de l’éducation à voir ces deux films. Je souhaite qu’ils puissent aider à la compréhension de ce à quoi font face les peuples autochtones du Canada et à l’éducation des élèves des écoles secondaires. Car c’est avec la jeunesse qu’une prise de conscience est possible.

Ces films et ces sujets sont destinés aux élèves des écoles secondaires. Il importe de garder à l’esprit qu’il y a toujours des cas de femmes et de filles disparues ou assassinées au pays et qu’un élève peut très bien avoir vécu cette tragédie ou connaître quelqu’un qui a perdu un être cher dans ces circonstances. Vous devrez donc amener le sujet progressivement et prévoir des mesures de sécurité. Je suggère de recourir d’abord à un cercle de parole, une pratique autochtone permettant la discussion et la prise de décision.

Établissez les paramètres du cercle de parole en expliquant aux élèves qu’il s’agit d’un espace sécuritaire et sacré à l’intérieur duquel ils peuvent exprimer ce qu’ils pensent et ce qu’ils ressentent et poser des questions au sujet des femmes et des filles disparues ou assassinées.

La présence dans le cercle d’un conseiller ou d’une conseillère auprès des jeunes et d’un aîné ou d’une aînée est importante. Parents et tuteurs devront être informés à l’avance que ce sujet sera abordé en classe et de ce qu’ils pourront faire pour aider leur enfant à parler des émotions que cette discussion pourrait lui inspirer.

Comme activité d’introduction, les élèves pourront utiliser le premier paragraphe du présent billet, afin d’imaginer quelles émotions ils ressentiraient et comment ils réagiraient s’ils avaient à composer avec une telle situation.

Lorsque vous abordez le sujet des femmes et des filles autochtones disparues ou assassinées, discutez des questions qui suivent avec l’ensemble de votre classe. Vous aurez sûrement à approfondir les causes qui ont mené à ces événements. En répondant à ces questions, vos élèves auront une meilleure compréhension de l’histoire des Premières Nations du Canada et de son incidence sur le sort des femmes autochtones.

Questions à aborder

Cette crise est-elle apparue seulement au cours des dernières années ? Quelles sont, selon vous, les raisons de la mort tragique de femmes autochtones ?

Qu’est-ce que le colonialisme ; la Loi sur les Indiens ; les pensionnats ; la rafle des années 1960 ? Quelles répercussions ces réalités ont-elles eues sur le sort des femmes autochtones au Canada ?

Quelles conséquences la décision qu’avait alors prise le gouvernement du Canada de retirer les enfants de leur foyer a-t-elle eues sur les femmes autochtones ?

Que puis-je faire en tant qu’élève pour changer la façon dont je perçois les peuples autochtones et dont je me comporte à leur égard ?

Des ressources

Pourquoi le sujet des femmes et des filles autochtones disparues ou assassinées au Canada me passionne

Lorsque j’ai vu le film À la recherche de Dawn, je me suis reconnue dans cette histoire. Des souvenirs horribles me sont revenus en mémoire et un terrible sentiment de peur, puis de chagrin, puis de colère est venu m’habiter. Je me demande souvent où je me trouvais durant la tenue de l’enquête sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées et pourquoi je n’ai pas pu faire entendre ma voix à cette occasion. Je suis reconnaissante envers l’ONF qui m’a donné la possibilité de parler de mon histoire.

En tant que femme autochtone, j’ai vécu tout ce dont j’ai parlé plus haut. Je suis une survivante des pensionnats et de la tragédie des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées. Tous les jours, je dois me battre parce que je suis autochtone et parce que je suis une femme. Je continue de subir les politiques oppressives du colonialisme.

Je tiens à partager mon histoire avec vous, car je veux que vous sachiez que les histoires d’horreur des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées sont véridiques. J’ai eu la chance de m’en sortir à l’âge de 23 ans à Vancouver. Je suis toujours là. Je suis vivante et je peux raconter mon histoire. Quand vous entendez parler des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées, il faut que vous sachiez que cette violence est toujours une réalité, et qu’elle doit cesser !

J’en appelle à mes alliés afin qu’ils ouvrent leur cœur et leur âme et se tiennent aux côtés des Premières Nations alors que ces dernières continuent de se battre pour obtenir les mêmes droits que tous les autres citoyens de ce pays. J’ai espoir qu’un jour, mes sœurs autochtones pourront marcher dans la rue et se sentir en sécurité et que nos peuples n’auront plus à s’inquiéter de la disparition de leurs mères, de leurs sœurs, de leurs tantes ou de leurs cousines. J’attends avec impatience le jour où Autochtones et non-Autochtones pourront, comme frères et sœurs, s’asseoir ensemble sans penser à leurs différences, mais plutôt à ce qui les unit.

 

Enseignante depuis 24 ans, Sonya Rock s’intéresse aux droits et aux titres ancestraux autochtones. Elle a occupé diverses fonctions et fait du bénévolat avant de travailler aux côtés d’avocats à la transcription des témoignages des demandeurs de la Première Nation Gitxsan dans le procès Delgamuukw c. la Colombie-Britannique. Elle participe à des rassemblements et à des événements liés à la disparition et à l’assassinat de femmes et de filles autochtones. Sonya est une survivante des pensionnats autochtones et de la tragédie des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées. Elle termine actuellement une maîtrise et travaille à un projet de revitalisation de sa langue.

 

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