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La fin des terres ou le point de vue de la jeunesse | Perspective du conservateur

La fin des terres ou le point de vue de la jeunesse | Perspective du conservateur

La fin des terres ou le point de vue de la jeunesse | Perspective du conservateur

La fin des terres, le tout nouveau documentaire de Loïc Darses, se propose de cerner l’esprit politique du Québec d’aujourd’hui, en sondant le point de vue d’une génération, celle des millénariaux. Cet esprit, si on se fie aux trois parties qui composent le film, est marqué par de nombreux questionnements, le sentiment d’être dans une impasse et un désir de se réapproprier le monde.

Les préoccupations de cette génération sont-elles nouvelles? Qu’est-ce qui a changé? Qu’est-ce qui est resté pareil? C’est ce que je me suis demandé après avoir vu le film. Puis, je me suis dit que la réponse était peut-être dans les films de notre collection. J’en ai choisi trois : Wow (1969) de Claude Jutra, Wow 2 (2002) de Jean-Philippe Duval et L’histoire des trois (1990) de Jean-Claude Labrecque, qui revient sur le combat de trois leaders étudiants à la fin des années 1950.

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Identité collective

D’entrée de jeu, ce qui frappe dans La fin des terres, c’est que les millénariaux ne se reconnaissent pas dans l’identité collective de la génération précédente. Le drapeau québécois, la province, l’indépendance, le pays à venir sont pour eux des symboles qui appartiennent au passé. Il y a certainement un parallèle à tracer avec le rejet par les étudiants de L’histoire des trois des valeurs traditionnelles, c’est-à-dire les valeurs de l’Église catholique. Les jeunes de Wow et de Wow 2 ne parlent pas directement de leur identité collective, mais on sent qu’ils ne s’identifient pas non plus à la génération qui les précède.

Wow, Claude Jutra, offert par l’Office national du film du Canada

Un monde en transition

« Sommes-nous dans une transition? Qu’est-ce qui est en train de disparaître? Qu’est-ce qui est en train d’émerger? » se demandent les intervenants de La fin des terres. Si le portrait social n’est pas clair pour eux, il en va tout autrement pour la génération de la fin des années 1950. Francine Laurendeau, Bruno Meloche et Jean-Pierre Goyer, les trois étudiants dans le documentaire de Labrecque sont bien conscients qu’ils vivent dans une société en pleine effervescence, en pleine mutation, qui sera bientôt chamboulée par la Révolution tranquille. Même chose pour les jeunes dans le film de Jutra. Le Québec de la fin des années 1960 est marqué par de nombreux bouleversements et contestations qui mèneront, notamment, à la crise d’octobre et au front commun des trois principales centrales syndicales contre le gouvernement du Québec, quelques années plus tard.

Quel est notre combat?

Les millénariaux sont bien conscients qu’ils n’ont pas connu l’aliénation économique, linguistique et politique des générations précédentes. Quel est donc leur combat? « La préservation d’un héritage? Pas très mobilisateur » pensent-ils. « Nous ne sommes plus dans la survivance » affirme un intervenant dans le film. « Qu’est-ce qui nous mobilise? » se demande un autre. Pour certains, la réponse se trouve dans la grève étudiante de 2012. « C’est un événement politique qui nous a mobilisés. L’impression, du moins, en voyant tous ces gens, qu’il se passait quelque chose » nous dit un participant. « Mais quoi? Et qu’est-ce que ça a changé? Qu’est-ce qui en reste maintenant? Est-ce une transition avortée? Un projet qui est encore en gestation et dont on verra plus tard d’autres manifestations, dont on cueillera d’autres fruits? » se questionnent plusieurs. Certains y ont vu une désobéissance collective. « On ne prend pas pour argent comptant ce que nous dit le gouvernement. Nous n’élisons pas des rois. Fini le paternalisme! » clament-ils.

Les étudiants de la fin des années 1950 réclament aussi la fin du paternalisme, celui de Maurice Duplessis, le tout puissant premier ministre de la province. Le chef finance les universités comme bon lui semble, à coups d’octrois discrétionnaires, c’est-à-dire destinés aux universités qui suivent la ligne de pensée du régime. Le 6 mars 1958 trois leaders étudiants montent à bord d’un train en direction de Québec. Ils veulent rencontrer le premier ministre Duplessis afin de réclamer des octrois statutaires pour les universités et une meilleure accessibilité à l’éducation. À l’époque, l’université n’est accessible qu’à une classe privilégiée et aisée de la société.

Alors que le combat des étudiants des années 1950 mise sur une refonte importante du système d’éducation, celui des jeunes de Wow 2 se résume à quelques manifestations au Sommet des Amériques, à Québec, en avril 2001. Leur opposition se limite à quelques constats pessimistes et, disons-le, simplistes sur la société dans laquelle ils vivent.

Wow 2, Jean-Philippe Duval, offert par l’Office national du film du Canada

Sommes-nous dans une impasse?

Ils sont plusieurs dans le documentaire de Loïc Darses à se poser la question. Ils ont le sentiment que leur génération est prise dans une logique de consommation et de performance. Certains sont fatigués, surmenés, déprimés, et n’ont pas la force de se battre. D’autres sont pris au piège dans un confort grandissant qui engendre une indifférence grandissante. Ils ressentent un grand vide. Ils se voient comme une génération selfie qui se contente de l’apparence, de l’illusion, du spectacle. Ils manifestent peu d’intérêt pour la politique et la question nationale. Pour eux, le discours politique n’est pas rassembleur ni mobilisateur. Il cherche plutôt à diviser en mettant l’accent sur la peur de l’étranger. « Le Québec donne l’illusion d’être une société accueillante, ouverte, égalitaire, mais en réalité, les immigrants sont ghettoïsés. Nous avons peur d’eux. Nous les associons au terrorisme. Nous avons peur d’être envahis, d’être assimilés », affirment plusieurs participants au film.

Si la question de l’immigration ne se pose pas dans Wow, Wow 2 et L’histoire des trois, celles d’une indifférence grandissante, d’un désintérêt pour la politique et d’une sensation de grand vide sont déjà perceptibles dans le film de Jutra et omniprésentes dans celui de Jean-Philippe Duval.

L’histoire des trois, Jean-Claude Labrecque, offert par l’Office national du film du Canada

Se réapproprier le monde

Bien qu’habités par de nombreuses questions et le sentiment de se trouver parfois dans une impasse, les millénariaux interrogés dans le film de Loïc Darses cherchent une façon de se réapproprier le monde. Pour eux, cette réappropriation passe par une réconciliation avec les Autochtones et une plus grande protection du territoire. Il est aussi impératif de faire le pont entre les générations précédentes et la prochaine génération. Il faut retrouver les traces laissées par nos ancêtres pour les transmettre ensuite à la génération suivante, pour que le Québec puisse continuer d’exister. Il faut élaborer un nouveau projet politique et social qui remettra en cause les institutions en place, défricher de nouvelles terres, explorer de nouvelles idées. Ce projet devra tenir compte de la diversité ethnoculturelle du Québec. Comme le dit un participant à la fin du film, « Le défi pour le Québec dans l’avenir, ça sera de voir comment on compose avec notre diversité ».

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