Regardez le documentaire « Inuk en colère » gratuitement ce mois-ci

Regardez le documentaire « Inuk en colère » gratuitement ce mois-ci

Regardez le documentaire « Inuk en colère » gratuitement ce mois-ci

Il arrive qu’un film vous fasse remettre en question votre façon d’envisager le monde. Qu’il vous fasse prendre un peu de recul et réévaluer tout ce que vous pensiez être juste. Qu’il vous ouvre à de nouvelles idées. Surtout, qu’il vous donne une leçon d’humilité, vous imposant le constat que vous ne devriez jamais être certain de quoi que ce soit. Inuk en colère est ce genre de film. Et ce mois-ci, vous pouvez le regarder gratuitement.

Au centre de ce documentaire : un mode de vie et la façon dont il est menacé. Il s’agit d’un récit courageux, percutant, sur l’aspect vital de la chasse au phoque pour la communauté inuite. Avec la disparition de cette tradition, ce serait tout un mode de vie qui serait anéanti.

Le film s’ouvre sur une séance de chasse, et montre toutes les étapes de l’abattage du phoque. Les chasseurs retournent ensuite en ville et organisent un festin pour tous ceux qui ont faim. La communauté entière y assiste, et, couteaux à phoque à la main, tous s’assoient autour et se servent.

"Inuk en colère" d'Alethea Arnaquq-Baril
« Inuk en colère »

Je l’admets, certains passages se sont avérés plus difficiles à regarder. L’écorchage, le découpage en filets et la consommation de viande de phoque crue ne sont pas des scènes que j’ai l’habitude de voir. Et la cinéaste assume totalement ces images. Rien n’est fait pour les atténuer. Dans la maison d’un chasseur, il y a un panneau qui dit : « Martha Stewart n’habite pas ici. »

Ce n’est pas une plaisanterie.

La chasse au phoque comme mode de vie

Reste qu’après avoir vu le film, aucun doute ne subsiste – la chasse au phoque est une réalité essentielle à cette communauté. La viande fournit de la nourriture et les peaux, des vêtements. Les Inuits utilisent toutes les parties de l’animal et, pendant plus de 100 ans, ils ont participé à l’économie mondiale en vendant des peaux pour financer leur chasse. Pour eux, il s’agit d’un mode de vie éthique et durable.

Mais à des milliers de kilomètres de là, des militants soi-disant bien intentionnés pensent autrement. Forts d’une importante main-d’œuvre et de fonds, ils ont mis sur pied un lobby anti-chasse au phoque si puissant qu’il a influencé des millions de personnes. À cause des interdictions de chasse au phoque mises en place en 1983, puis renforcées au cours des dernières années, le marché du phoque s’est effondré, ce qui a entraîné l’équivalent de notre Grande Dépression pour les Inuits.

« Inuk en colère » (Photo : Alethea Arnaquq-Baril)

L’ironie, ici, c’est que les personnes qui réclament l’interdiction de la chasse au phoque sont les mêmes qui prêchent l’alimentation éthique, constituée d’ingrédients locaux, et la sauvegarde de l’environnement. Et ils empêchent les Inuits de faire exactement cela. C’est sidérant quand on y pense.

Quand on va plus loin, on se rend compte à quel point ce que l’on nous présente est un point de vue partial de citadin privilégié. Bien sûr, les droits des animaux sont importants. Bien sûr, tout le monde est contre la cruauté envers d’autres êtres vivants. Mais rien n’est noir ou blanc dans la vie et, dans de nombreuses situations, il est difficile de déterminer ce qui est bien et ne l’est pas. Mais, comme le film le souligne, il est intéressant de voir combien de personnes, loin de cette réalité, sont prêtes à prendre la parole sans connaître tous les faits.

Par exemple, être végétarien est-il la décision la plus éthique que l’on puisse prendre quand on vit dans la toundra arctique, où il est impossible de cultiver des légumes et où la laitue à l’épicerie locale se vend 28 $?

Inuk en colère a ses moments plus légers, aussi

Bien que ce film ne fasse pas de concessions, il a aussi ses moments plus légers et je pense que c’est ce qui le rend si captivant. Il y a des scènes qui sont carrément drôles, qui relâchent la tension et rappellent qu’on regarde des gens ordinaires qui vivent leur vie comme nous vivons la nôtre. Notre culture et nos environnements peuvent différer, mais au fond, nous sommes tous des humains.

Le film et sa créatrice, Alethea Arnaquq-Baril, travaillent dur pour éduquer et informer, sans diriger d’accusations ni de ressentiment envers le grand public. Dans une entrevue avec Jen McNeely pour le site web She Does the City, elle insiste sur le fait que personne ne devrait se sentir coupable d’un passé dont il n’est pas responsable. Il faut plutôt apprendre de ce passé et éviter de faire les mêmes erreurs à l’avenir. Son but n’est pas de couvrir de honte qui que ce soit. En fait, elle affirme que l’un des principaux objectifs de son film est justement de lever cette honte, tant dans la communauté inuite que dans l’ensemble de la population.

J’ai regardé le film avec mes deux enfants de 10 et 12 ans. L’aîné, mon fils, était fasciné par ce qu’il voyait, tandis que ma fille était outrée. De son point de vue d’enfant, elle ne comprenait pas pourquoi un groupe de personnes essayait d’entraver le mode de vie d’un autre. Ça a été une excellente occasion pour nous de discuter des coutumes, des traditions et de la diversité. Aussi, ma fille meurt maintenant d’envie d’avoir des boucles d’oreilles en peau de phoque.

Voilà un film extraordinaire, et son visionnement est gratuit pendant tout le mois de septembre. Ne manquez pas cette occasion : regardez-le dès maintenant.

Inuk en colère, Alethea Arnaquq-Baril, offert par l'Office national du film du Canada

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