Le petit hérisson qui a charmé le monde

Le petit hérisson qui a charmé le monde

Le petit hérisson qui a charmé le monde

La cinéaste d’animation installée à Montréal Eva Cvijanović revient sur l’incroyable parcours de La maison du hérisson.

Enfant, Eva Cvijanović était fascinée par un poème pour les jeunes de Branko Ćopić, un auteur célèbre de son ex-Yougoslavie natale. De nombreuses années plus tard, elle a entrepris de l’adapter en film d’animation en volume avec de la laine feutrée. Cette histoire valorise le courage de dire non à l’intimidation et rappelle à tous qu’on n’est jamais mieux que chez soi. Le résultat, d’une beauté stupéfiante, ne cesse depuis de se démarquer dans les festivals.

Un sujet universel

Après 18 mois à parcourir le monde et plus de 30 prix obtenus sur plusieurs continents, Eva Cvijanović est manifestement comblée par l’accueil réservé à son film dans les grands festivals pour enfants, mais aussi dans ceux destinés à un public plus général, comme Sundance ou Annecy. En tout, le film a été présenté dans quelque 90 festivals.

La cinéaste s’est notamment rendue au Japon, où La maison du hérisson a reçu trois prix.

« C’était super de constater que même au Japon, les gens s’identifiaient à une histoire avec laquelle j’ai grandi. J’ai vu à quel point c’était universel », se souvient-elle avec beaucoup d’émotion en rappelant que le thème du chez-soi qu’aborde le film n’est pas une question de lieu, mais bien un sentiment que tous peuvent éprouver.

Eva Cvijanović

Eva a aussi présenté son court métrage dans plusieurs pays de l’ex-Yougoslavie, où les attentes étaient élevées, car de nombreux spectateurs connaissaient par cœur le récit original de Branko Ćopić.

« Il y avait même des gens qui récitaient le poème dans la salle en regardant le film! Et après, on a reçu les plus beaux applaudissements que j’aie jamais entendus. »

Ce moment inoubliable a eu lieu à Zagreb.

En français, en anglais et en serbo-croate

« Le plus grand défi de ce film était non seulement de rendre hommage à une histoire dont j’étais amoureuse, mais aussi de la transmettre à un plus vaste public. »

Afin d’y parvenir, la réalisatrice trilingue savait qu’elle ne pouvait se contenter de traduire le récit : il fallait adapter son humour, son rythme et sa poésie.

La maison du hérisson, Eva Cvijanovic, offert par l'Office national du film du Canada

En plus d’avoir été doublé ou sous-titré dans plusieurs langues pour les festivals, La maison du hérisson se décline en trois versions officielles : la version originale en serbo-croate, ainsi que les versions anglaise et française qui en découlent.

« Je trouve que chaque langue a son identité, son flow, son caractère. L’anglais est très direct, efficace et clair; il va droit au but. La traduction du film a été plus facile en français, parce que la poésie française se rapproche plus de la poésie serbo-croate. »

La voix de France Castel

Pour la cinéaste, le choix des narrateurs était particulièrement important.

« Dès le début du projet, je savais qu’il en fallait un seul, même s’il y a différents personnages. Comme quand un enfant se fait raconter une histoire. »

Assurée en serbo-croate par l’acteur Rade Šerbedžija, la narration a été confiée en anglais à Kenneth Welsh, qu’elle connaissait en tant que « psychopathe de Twin Peaks », mais qui était aussi capable d’exprimer la tendresse exigée par le récit. Pour le français, elle a plutôt opté pour une voix féminine : celle de France Castel, qui l’a tout de suite épatée.

La maison du hérisson

Une couverture douillette

Outre les défis linguistiques de l’adaptation, la cinéaste savait qu’elle devait opter pour une approche capable de rejoindre un large public.

L’univers de La maison du hérisson devait être attachant, réconfortant et apte à transposer les émotions que le poème de Ćopić lui faisait ressentir.

« La laine feutrée, juste le feeling, c’est confortable, doux… Tout le monde connaît la sensation d’être au chaud sous une couverture de laine! » s’exclame Eva, qui souhaitait aussi se distancier des illustrations archiconnues de l’ouvrage pour enfants.

« Je savais que je ne pouvais pas animer l’histoire en 2D parce que je ne voulais pas copier l’esthétique du livre. Plusieurs de ses images sont devenues iconiques, et il aurait été impossible pour moi de faire mieux. »

L’animation en volume l’a ainsi obligée à développer différemment un monde qu’elle connaissait sur le bout des doigts. Il en résulte un court métrage très immersif et « tactile », qui interpelle toutes les cultures et toutes les générations.

La maison du hérisson
Réalisé par Eva Cvijanović
Produit par Jelena Popović et Vanja Andrijević

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