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L’ONF et le Festival d’Annecy, une relation qui dure depuis plus de 50 ans

L’ONF et le Festival d’Annecy, une relation qui dure depuis plus de 50 ans

L’ONF et le Festival d’Annecy, une relation qui dure depuis plus de 50 ans

Nous sommes en 1960. Le lieu : Annecy, une ville historique des Alpes françaises, où un groupe de cinéphiles de la région organise la première édition de la compétition du Festival international du film d’animation d’Annecy. Parmi les œuvres figurant à la programmation inaugurale, citons un court métrage follement inventif du légendaire cinéaste de l’ONF Norman McLaren : Short and Suite.

Pour cette étonnante animation abstraite de cinq minutes sur un air de jazz original signé Eldon Rathburn, McLaren et sa collaboratrice Evelyn Lambart ont dessiné et peint directement sur la pellicule. Le film fait sensation. L’influent critique Louis Marcorelles en parle dans les Cahiers du cinéma comme du chef-d’œuvre du Festival, établissant des parallèles avec Mozart, Brecht et Joyce. Avec McLaren, proclame-t-il, nous avons atteint l’extrême limite du cinéma.

Enthousiasmés par les possibilités créatives de leur art et inspirés par l’internationalisme d’après-guerre, les cinéastes qui sont sur place saisissent l’occasion de forger de nouvelles relations outre-frontière et créent la première mouture de l’ASIFA, une association internationale du film d’animation qui jouera un rôle vital de réseautage à une époque où Internet n’existe pas, assurant la promotion de « la paix et la compréhension mutuelle à travers l’intérêt unifié de l’art de l’animation. »

Et quand vient le moment pour l’ASIFA de choisir son premier président, les membres élisent nul autre que le grand internationaliste de l’ONF, Norman McLaren.

Une « mecque de l’animation »

Dans les décennies suivantes, Annecy s’impose comme une « mecque de l’animation », selon Variety — et l’ONF est présent à toutes les étapes, occupant une place prépondérante non seulement dans la programmation et le marché, mais aussi dans la tenue de nombreuses activités parallèles. Au fil des ans, l’ONF organise divers événements, comme An Unknown McLaren, une programmation compilée en 1995 par Don McWilliams comportant des œuvres inachevées de McLaren, et une présentation du système SANDDE qui a attiré beaucoup de monde en 2005 et où le cinéaste Munro Ferguson a fait une démonstration d’animation stéréoscopique 3D, une innovation de l’ONF.

Dans les 58 années qui se sont écoulées depuis la fameuse projection de Short and Suite, le producteur public du Canada a proposé au Festival plus de 300 titres réalisés par des cinéastes d’horizons divers et remporté au-delà de 50 prix d’importance. Cette année, l’ONF arrive au Festival avec pas moins de sept œuvres, dont deux coproductions internationales, une incursion ludique en animation en RV et un ambitieux long métrage documentaire d’animation sur le mur qui sépare Israël de la Cisjordanie.

La programmation ONF 2018 comprend cinq courts métrages — Animal Behaviour (Zoothérapie), du duo oscarisé Alison Snowdon et David Fine, Le sujet, de Patrick Bouchard, Un printemps, de Keyu Chen, Étreintes, une coproduction France-Canada réalisée par Justine Vuylsteker, I’m OK (Je suis OK), une coproduction Royaume-Uni-Canada signée Elizabeth Hobbs — ainsi que la production en RV Museum of Symmetry (Musée de la symétrie), de Paloma Dawkins, et le long métrage WALL (Le mur), de Cam Christiansen.

Animal Behaviour (Zoothérapie) : une animation qui a du mordant

Le Dr Clement, un chien de chasse à la voix douce et aux lunettes à monture en corne, tient une séance de thérapie de groupe avec des animaux divers quand la porte du bureau s’ouvre soudainement sur Victor — un gorille qui ne sait pas maîtriser sa colère.

Avec Animal Behaviour (Zoothérapie), le duo oscarisé David Fine et Alison Snowden revient à Annecy présenter une parodie incisive de la vie contemporaine.

C’est là, en 1985, que Snowden avait remporté le prix de la meilleure première œuvre avec son film d’étudiante Second Class Mail, réalisé avec le concours de Fine. Annecy donnera le ton au partenariat extraordinairement fructueux du tandem qui a créé des succès internationaux comme George and Rosemary (Georges et Rosemarie), en nomination pour un Oscar en 1987, Bob’s Birthday (L’anniversaire de Bob), qui a remporté l’Oscar en 1995, et la télésérie d’animation Bob and Margaret (Bob et Margaret), grand succès salué par la critique en Amérique du Nord et au Royaume-Uni.

« David et Alison sont des phares en animation d’auteur », affirme le producteur de l’ONF Michael Fukushima. « Leur travail est toujours étonnant, raffiné et férocement drôle, et c’est un honneur de présenter leur dernier film à Annecy. » Animal Behaviour est produit par Michael Fukushima pour l’ONF.

Le sujet : anatomie d’un artiste

Que se passe-t-il dans les mystérieux recoins de l’esprit créatif de Patrick Bouchard? Osez jeter un coup d’œil et vous ne pourrez plus détourner le regard.

Alliant avec maîtrise l’animation image par image et un sens merveilleusement tordu de la direction artistique, Bouchard s’est éminemment distingué avec des courts métrages déconcertants et magnifiquement réalisés comme Les Ramoneurs cérébraux, qui a remporté le Jutra de la meilleure animation en 2003, et Bydlo, nommé meilleur film d’animation en 2013 au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand.

Son dernier opus, Le sujet, est un autoexamen sombre et pourtant étrangement émouvant dans lequel il dissèque au scalpel un moulage grandeur nature de son propre corps et utilise des images hyper-agrandies de son sang et de sa salive. « On entend souvent que les cinéastes font toujours le même film, dit Bouchard.

Le corps, la manière dont il est le réceptacle de ce que nous sommes, la façon dont toute notre vie demeure en nous tant par la mémoire et par l’inconscient que par notre conditionnement, nos cicatrices et nos vieilles blessures : ce sont des questions qui m’animent. »

Le sujet arrive à Annecy tout juste après sa première mondiale à Cannes, où il a été le seul et unique film canadien à la programmation 2018. Il sera aussi présenté au festival Anima Mundi, au Brésil, plus tard dans l’année. La productrice pour l’ONF est Julie Roy.

Un printemps : première œuvre de Keyu Chen assurée par l’ONF

Inspiré de la technique à l’encre de Chine et peint dans de délicates nuances de vert et de gris, Un printemps de Keyu Chen, est une réflexion exquise sur les liens d’une enfant avec sa grand-mère, la soif d’indépendance d’une jeune femme et la grande roue du temps.

« Le film est un mélange onirique de mes souvenirs », déclare la Montréalaise d’origine chinoise. « Certains, comme la maison de mes grands-parents, sont tirés de mes origines, alors que d’autres, comme les paysages, proviennent de ma vie ici. » Chen a commencé ses études en animation à Beijing, puis s’est installée au Québec où elle a étudié les médias interactifs au campus de Rouyn-Noranda de l’UQAT, obtenu une maîtrise en arts visuels de l’Université Laval et remporté le concours Cinéaste recherché(e) à l’ONF.

Un printemps est son premier film d’auteur pour l’ONF. « C’est une école formidable, dit-elle. Je suis entrée à l’ONF comme stagiaire pour travailler au film de quelqu’un d’autre. Et me voilà maintenant à faire mon propre film. » Un printemps est une production de Marc Bertrand, et Julie Roy en est la productrice exécutive. Le film sera présenté à Annecy dans le volet Perspectives, consacré aux cinéastes de la relève.

Étreintes : nouvelle animation à l’écran d’épingles de Justine Vuylsteker

L’animation à l’écran d’épingles est un art pratiqué de longue date à l’ONF et avec Étreintes, Justine Vuylsteker revisite cette technique sur le tout dernier écran d’épingles construit par ses inventeurs, l’artiste d’origine russe Alexandre Alexeïeff et sa collaboratrice américaine Claire Parker.

Alexeïeff et Parker fabriquent leur premier écran d’épingles à leur studio de Paris dans les années 1930. Formée d’un panneau ingénieusement percé de dizaines de milliers de trous dans lesquels sont insérées autant d’épingles rétractables, cette technique entraîne l’animation dans de nouvelles directions qui s’éloignent de l’esthétique traditionnelle du dessin animé.

Norman McLaren est immédiatement fasciné. Nouvellement nommé à la tête du studio d’animation de l’ONF et toujours à la recherche de nouvelles tendances, il demande à Alexeïeff et Parker d’utiliser leur écran d’épingles pour le film En passant (1944), dans la série de courts métrages Chants populaires de l’ONF; des décennies plus tard, en 1972, il les convainc finalement de construire un modèle à l’ONF.

Les cinéastes d’animation de l’ONF Jacques Drouin et Michèle Lemieux utilisent l’appareil pour créer d’extraordinaires effets de clair-obscur dans des films comme Le paysagiste (1976) et Le grand ailleurs et le petit ici (2012), et quand le Centre national du cinéma et de l’image (CNC) de France a besoin d’aide récemment pour restaurer l’Épinette, le dernier modèle fabriqué par Alexeïeff-Parker, il se tourne vers l’ONF, et plus particulièrement vers Drouin et Lemieux, pour obtenir des conseils. Par la suite, Lemieux donnera un atelier de maître sur cette technique à des cinéastes du CNC – dont Justine Vuylsteker.

Justine Vuylsteker s’intéresse à l’animation sur écran d’épingles depuis l’école de cinéma, où elle a vu les premiers films influents d’Alexeïeff et Parker, mais c’est l’atelier de Michèle Lemieux qui joue un rôle déterminant. « C’est devenu évident : je voulais faire un film sur l’appareil », dit-elle. En travaillant avec l’Épinette restaurée, elle réussit à dépeindre la vie intérieure d’une femme seule à sa fenêtre, qui contemple le paysage changeant balayé par le vent et le ciel turbulent.

La production d’Étreintes a débuté en France et s’est terminée à l’ONF. Cette coproduction France-Canada est le fruit de la collaboration entre la maison parisienne Offshore (Rafael Andrea Soatto, Fabrice Préel-Cléach et Emmanuelle Latourrette à la production) et l’ONF (Julie Roy à la production). Le film a profité de résidences à CICLIC Animation, en France, et à la Cinémathèque québécoise, à Montréal.

Elizabeth Hobbs : dans la peau d’Oskar Kokoschka

Avec I’m OK (Je suis OK), l’artiste visuelle britannique Elizabeth Hobbs utilise l’encre et la peinture de manière inventive pour évoquer la jeunesse fougueuse et l’art délirant du peintre autrichien Oskar Kokoschka.

Situant l’histoire dans la Vienne de la Première Guerre mondiale où Kokoschka, qui se remet de ses blessures de guerre, est empêtré dans une histoire d’amour sans issue avec la charismatique Alma Mahler, Hobbs emploie une esthétique artisanale et des extraits d’opéras de Gluck pour traiter de sexe, d’amour, de chagrin d’amour et de perte.

« Je suis partie d’éléments de ses œuvres ou de ses écrits pour chaque plan ou scène », explique Hobbs, qui aime relever le défi d’utiliser des matériaux de la vielle école. « Je cherche toujours des façons fantaisistes de faire de l’animation avec des moyens limités. »

Travaillant en animation depuis 1999, la Londonienne a réalisé des films du même genre sur d’autres personnalités historiques, des figures marquantes comme Bonaparte et le personnage plus obscur mais tout aussi fascinant de l’Imperial Provisor Frombald.

Maître de conférences à temps partiel à l’Université Anglia Ruskin, elle s’oriente vers l’animation après une formation en gravure et en livre d’art, et elle collabore régulièrement avec le Creative Research Collective, une équipe d’artistes et de chercheurs travaillant auprès de communautés négligées dans les grands débats publics.

I’m OK est une coproduction d’Elizabeth Hobbs, de la maison britannique Animate Projects (productrice : Abigail Addison; producteur exécutif : Gary Thomas) et de l’ONF (productrice : Jelena Popović; producteur exécutif : Michael Fukushima).

WALL (Le mur) : le conflit israélo-palestinien vu sous un nouvel angle

Les autorités d’Israël en parlent comme d’une « barrière de sécurité ». Pour les Palestiniens, il s’agit plutôt du « mur de l’apartheid ».

Avec WALL (Le mur), un film d’animation de 80 minutes en compétition cette année dans la catégorie longs métrages, l’animateur de Calgary Cam Christiansen et le dramaturge britannique David Hare offrent un nouveau point de vue sur une structure qui illustre parfaitement l’un des conflits les plus insolubles du monde.

En abordant d’une nouvelle manière un sujet trop bien connu, l’animation crée la possibilité de présenter le conflit au Moyen-Orient sous un nouveau jour. « Les enjeux au Moyen-Orient, en Israël et en Palestine sont complexes et divisent l’opinion », explique la productrice Bonnie Thompson. « Nous avons pensé qu’un film d’animation permettrait de mieux comprendre la situation. »

L’idée du projet est venue à David Christensen, producteur exécutif au Studio du Nord-Ouest de l’ONF, quand, au cours du trajet entre Calgary et Edmonton, il tombe sur un balado où David Hare récite son monologue intitulé Wall.

« Ça n’est pas pour rien que David Hare est surnommé le plus important correspondant étranger du théâtre britannique, explique Christensen. Il reformule complètement la question, et j’ai immédiatement pensé que le monologue pourrait faire une animation très intéressante. »

Adoptant une approche artisanale et intégrant des scènes tournées sur place, Cam Christiansen utilise des outils d’animation avancés et des images de capture de mouvement 3D qui témoignent des explorations menées par Hare des deux côtés du mur. Le film présente les réflexions du romancier israélien David Grossman, du professeur Sari Nusseibeh de l’Université Al-Quds, de l’avocat établi à Ramallah Raja Shehadeh et de nombreux autres.

Scénarisé par David Hare, WALL est une production de l’ONF (producteurs : David Christensen et Bonnie Thompson; producteur exécutif : David Christensen). Le film sera aussi présenté au festival Anima Mundi, au Brésil, plus tard dans l’année.

Museum of Symmetry (Musée de la symétrie) : Paloma organise une fête en RV

« Il n’y a pas de règles ici. Il suffit de s’amuser. »

Dans une incursion qui tient à la fois de l’invitation et du défi, notre hôtesse Paloma Dawkins nous accueille sous son dôme du plaisir, un terrain de jeu en RV merveilleusement déroutant, inspiré de la géométrie et de la nature — au son de rythmes de danse irrésistibles.

« J’adore les boîtes de nuit et les milieux où on fait la fête, où les gens se rassemblent pour danser et s’amuser », déclare Paloma Dawkins dans une entrevue en 2016. « Je veux transplanter cette culture dans mon processus de création. »

Sélectionné au programme VR@Annecy, Museum of Symmetry (Musée de la symétrie) intègre dans un environnement en RV l’animation 2D que Dawkins a dessinée à la main. L’installation représente la première incursion en RV interactive du Studio d’animation de l’ONF, dans la foulée du succès remporté par Minotaur, une œuvre en RV 360° présentée à Annecy en 2016. Museum a fait sa première mondiale au festival international A MAZE de Berlin, consacré aux supports de jeux vidéo et d’amusement.

Ancienne participante au programme de stages en animation Hothouse de l’ONF, Paloma Dawkins a coscénarisé cette dernière œuvre avec Ashley Obscura. La musique originale est signée Caila Thompson-Hannant, et le développement du jeu vient du studio montréalais Casa Rara. Museum of Symmetry est une production de l’ONF (productrice : Maral Mohammadian; producteur exécutif : Michael Fukushima).

Short and Suite : un travail de collaboration

Short and Suite, Norman McLaren, offert par l’Office national du film du Canada

Short and Suite, qui conserve toute son effervescence près de soixante ans après ses débuts à Annecy, est l’un des nombreux films réalisés par McLaren en étroite collaboration avec Evelyn Lambart, une cinéaste d’animation dont les films brillants ont tendance à être occultés par la présence marquée de McLaren.

En 2017, Don McWilliams, qui a notamment réalisé Le génie créateur : Norman McLaren, s’associe à la talentueuse graphiste Mélanie Bouchard pour créer Onze moments animés par Evelyn Lambart, un long métrage documentaire de facture artistique qui rend hommage à celle qui est désormais reconnue comme la première cinéaste d’animation au Canada.

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