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Planche à roulettes, chaussures déchirées, et autres tabous

Planche à roulettes, chaussures déchirées, et autres tabous

Planche à roulettes, chaussures déchirées, et autres tabous

Ce billet est écrit par Dan Thornhill, coordonnateur, support technique de l’équipe ONF Éducation. Suite au visionnage de The Devil’s Toy Remix, il nous raconte sa quête d’identité adolescente marquée par les skaters et les centres commerciaux.

The Devil’s Toy remix, 14 cinéastes sur 4 continents remixent Rouli-roulant de Claude Jutra… 50 ans plus tard.

CITÉS

Je n’ai pas grandi au centre-ville. Avant de m’installer à Toronto, j’habitais à environ une heure de là, mais on aurait dit deux univers. Au cours de la décennie 1980 et début 1990, avant que l’on puisse accéder aisément à Internet, je ne connaissais en fait que ma petite ville et ses environs. Les magasins qu’on y trouvait suffisaient aux besoins de la population et je ne voyais rien de tellement mieux ailleurs… jusqu’à ce que je découvre la planche (signal : les jeunes qui crient).

Villes

SKATERS

Je suis tout de suite devenu accro à la planche. Ce que j’aimais surtout, c’était la liberté et la créativité associées à ce sport. Rien de mieux pour s’alléger l’esprit, se retrouver entre copains, oublier les problèmes de l’adolescence et avec un peu de chance, éviter les ennuis. Dans les sports organisés, nos amis jouent dans d’autres ligues s’ils sont meilleurs que nous, ou alors contre nous. La planche, elle, est inclusive : elle permet à tout le monde de faire partie de la bande, sans égard au talent. Nous parvenions à alimenter mutuellement notre enthousiasme et chacun avait des figures qu’il maîtrisait particulièrement. Ce n’est que de cette façon que nous apprenions de nouvelles figures. S’il y avait une technique officielle, je ne l’ai pas reçue avec ma planche!

Planchistes

PLANCHES

La planche nous a initiés à une sous-culture (signal : remixage de la chanson originale). Je me suis identifié, non seulement à son côté rebelle, mais au courant artistique qu’elle incarnait également. Les illustrations qui se rattachaient à notre sport m’ont amené à m’intéresser aux artistes. Des images figurant sur les planches aux publicités conçues pour les vendre, les œuvres étaient amusantes, délirantes, géniales, et c’était rafraîchissant. Nous dévorions littéralement les vidéos de planche sans artifice et intenses. Nous pirations les versions VHS et les faisions circuler parmi les planchistes. Les scènes réelles du quotidien des métropoles et leurs protagonistes nous fascinaient et nous poussaient à investir le centre-ville avec nos planches pour faire partie de cette faune.

J’adorais les bandes sonores de ces vidéos : elles nous plongeaient dans un univers musical parallèle que nous n’entendions jamais à la radio. Par exemple, dans le court métrage de The Devil’s Toy Remix créé à Los Angeles, la planche amène des tas de gens à découvrir des groupes comme Fugazi et des musiques hip-hop et punk non conventionnelles, étrangères au courant dominant.

Pour des milliers de jeunes comme moi qui n’avaient pas grandi en ville, cela équivalait à avoir une sœur ou un frère plus âgé et génial qui aurait vécu à L.A. ou à New York et nous aurait initiés à des formes de musique et d’art, ainsi qu’à leur propre style. En matière de vêtements, nous faisions figure de précurseurs : il nous appartenait tout à coup de créer la tendance. Qui ne s’est jamais procuré de chaussures de planche pour d’autres raisons que la pratique du sport?

Planches

ESPACE

Aujourd’hui encore, certains de mes amis les plus chers sont des gens que j’ai connus en faisant de la planche et nous pratiquons toujours notre sport ensemble. Assez semblables aux jeunes du film de Claude Jutra, nous étions une bande de copains qui se rassemblait ici ou là. Certains des courts métrages de Remix mettent l’accent sur cet aspect : la vidéo de Bad Dürkheim (Allemagne), dont toutes les planchistes sont des filles, ainsi que la version de Johannesburg, montrent bien cette camaraderie. Les protagonistes assemblent leur planche avant d’aller s’approprier la ville, trouvent des façons ingénieuses d’utiliser les divers emplacements et se retrouvent entre planchistes tout simplement pour traîner et s’amuser. À l’adolescence, lorsque j’ai déménagé à Toronto, la planche est devenue mon activité de prédilection et m’a permis de me faire des amis.

Emplacements

CONFRONTATION

Ce sentiment exprimé dans la version de Fred Mortagne (Lyon) résume parfaitement la situation : « Et le cafard ultime, c’est quand même les gros contests. C’est l’envers de la session cool entre potes. C’est une session pas cool, filmée en HD. Le but du jeu, c’est de gagner le plus de points possible pour gratter le plus d’argent possible. Un peu comme le patinage artistique, mais pas du tout artistique. Moi, je préfère encore les sessions cool entre potes. »

La pratique professionnelle de la planche est devenue à ce point technique, qu’il est presque impossible au commun des mortels de comprendre les figures exécutées. Et compte tenu des pressions des commanditaires et des réalisateurs pour obtenir davantage et capter des images invraisemblables, les planchistes risquent gros. Les plans stylisés en HD, les prises de vues en mouvement et les images aériennes (quadcopters) ajoutent certainement une tension énorme. J’accepte le fait que les professionnels sont payés pour porter les casquettes Monster Energy et les tee-shirts Mountain Dew, mais j’éprouve une certaine amertume à voir la planche aussi éloignée de ses origines. Pourrait-on au moins revenir aux illustrations originales et ne pas se limiter aux logos gigantesques?

Confrontation

INSOUMISSION

Bien des gens de ma connaissance gardent de bons souvenirs de la planche (signal : chanson de Geneviève Bujold). Ils se rappellent les étés passés à rouler sur une étroite bordure près de la maison, à regarder des vidéos à la boutique de planche ou à traîner au «skate park». On a pourtant tendance à accoler à ce sport une connotation négative. Les vidéos comportent souvent une bonne dose de colère agressive, mais pour la plupart des gens, la planche, c’est bien autre chose. Il est vrai que certains jeunes se mettent en colère lorsqu’ils se trouvent confrontés et poussés à leur limite. Mais cela vaut pour tous les sports. La planche fait appel à la créativité, à la capacité de résoudre des problèmes et à la persévérance. Elle peut aussi offrir beaucoup de possibilités… les réalisateurs ayant collaboré à cette compilation en fournissent la preuve!

« Prenez garde, bonnes gens, la jeunesse du monde va de l’avant et elle a pour objectif de prendre la relève. »

Voici le film original de 1966 :

Rouli-roulant , Claude Jutra, offert par l’Office national du film du Canada

ÉPILOGUE

50 ans plus tard, 14 skaters ont réalisé respectivement un court film en hommage au classique de Jutra. Quel que soit le moyen pédagogique privilégié – vidéo, photographie, création littéraire, débat – la planche constitue un thème de choix pour favoriser la participation des jeunes. Au même titre, en fait, que toute autre passion. Invitez les élèves à trouver un film ou un projet interactif lié à leur passion et demandez-leur de rédiger un blogue sur ce que signifie celle-ci pour eux.

Note : Le film Rouli-roulant est paru presque un an après la première vidéo liée au thème de la planche, intitulée Skaterdater. Celle-ci était toutefois une histoire d’amour et ne portait pas à proprement parler sur la planche.

Assurez-vous de suivre @thedevilstoy sur Instagram et consultez The Devil’s Toy Remix sur Facebook afin de vous renseigner sur le projet et de prendre part aux  conversations sur la culture de la planche.

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