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Le poids d’une voix : sur la route avec Jérémie Battaglia

Le poids d’une voix : sur la route avec Jérémie Battaglia

Le poids d’une voix : sur la route avec Jérémie Battaglia

Nous nous sommes donné rendez-vous sur la rue de Rouville dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal. Il est presque 14 h, un jeudi après-midi, et nous sommes légèrement en avance. Dehors, c’est la canicule. Emilie et moi attendons l’arrivée de Jérémie Battaglia, le réalisateur de l’essai interactif Le poids d’une voix – 30 électeurs pour raconter la démocratie. Le but : l’accompagner sur le plateau de tournage d’un des 30 portraits d’électeurs qu’il réalise en vue de la prochaine élection provinciale, au Québec.

Jérémie arrive quelques minutes après nous. Il transporte une caméra, un dictaphone et son matériel d’éclairage. On s’attendait à le voir arriver accompagné d’une équipe. Il est plutôt un studio ambulant à lui seul.

Nous nous trouvons dans un joli secteur résidentiel de « HoMa ». La maison où l’on nous a donné rendez-vous appartient au patrimoine urbain de Montréal. Une plaque sur la devanture nous indique que nous sommes aussi devant la résidence de l’artiste-peintre et sculpteur Léopol Bourjoi. On apprendra plus tard qu’il est le beau-frère de Pierre, notre électeur du jour.

Maison patrimoniale appartenant à Pierre et à sa famille

Pierre nous accueille du haut d’un escalier situé sur le côté du bâtiment. Il habite au troisième étage. Sa sœur et son beau-frère, l’artiste Bourjoi, habitent le logement du dessous. Tout l’immeuble leur appartient. Ils sont aussi propriétaires du studio d’à côté, où travaille l’artiste de la famille. Habitué des plateaux de tournage – Pierre et sa sœur ont déjà prêté leur résidence respective à des productions de films (Alys Robi : ma vie en cinémascope) et de séries québécoises (Taxi 22, 19-2) – l’électeur du jour n’est pas du tout gêné par notre présence.

Escalier menant à l'appartement de Pierre
Une œuvre de l'artiste Bourjoi

Pierre, 52 ans, est un travailleur autonome. Il est consultant en gestion et compte plusieurs clients du milieu artistique de Montréal. En gros, il s’occupe de leur finance et de leurs déclarations fiscales. Aux prochaines élections, il souhaite du changement pour le Québec. Il compte voter pour le Parti québécois. Souverainiste convaincu, il croît que le Québec pourrait s’enrichir en « exploitant mieux ses richesses ». Il discutera surtout d’économie et de finances pendant son entrevue avec Jérémie.

Jérémie Battaglia (de dos) interviewe Pierre, son électeur du jour.

Ce jour-là, le vidéaste et photographe Jérémie Battaglia en est à son 9e tournage. Jusqu’au 4 septembre prochain, jour du scrutin, il parcourra le Québec à la rencontre d’électeurs de toutes allégeances politiques pour leur demander de partager leur vision de la démocratie. Le projet s’inspire de 20+12, une partie de campagne, un essai similaire qu’il a réalisé en France, son pays d’origine, lors de la campagne présidentielle 2012. Après le tournage chez Pierre, Jérémie, ma collègue Emilie – photographe improvisée pour l’occasion – et moi allons prendre une bouchée au café du coin et j’en profite pour poser à Jérémie quelques questions sur l’électorat québécois.

Vous avez interviewé des Français et des Québécois. Avez-vous perçu des différences ou des similitudes entre les électeurs d’ici et ceux que vous avez rencontrés en France?

En France comme au Québec, les électeurs sont généralement désabusés par rapport à la politique. Il y a beaucoup de méfiance envers les politiciens. Le public ne leur fait pas confiance. Il existe un sentiment de découragement généralisé des deux côtés de l’Atlantique.

Autrement, depuis mon arrivée au Québec, il y a quatre ans, j’ai remarqué qu’il y avait une différence culturelle entre les Québécois et les Français. En France, la politique est une passion fondamentale. Elle est profondément ancrée dans la société. On y accorde beaucoup plus de temps d’antenne à la télévision, par exemple. Je crois également que les Français ont moins peur des débats. De ce côté-ci de l’Atlantique, l’intérêt pour la politique est plus dilué, même dans la sphère médiatique. Les gens sont moins habitués de s’exprimer sur des enjeux politiques. Certaines personnes m’ont même avoué être gênées lorsqu’il s’agit de s’exprimer sur le sujet. Elles ne se sentent pas assez éloquentes ou politisées. Cependant, ce que les Québécois disent n’est pas forcément moins intéressant, bien au contraire. De toute façon, je ne suis pas là pour juger qui que ce soit. Le projet se veut d’abord citoyen et apolitique.

Le projet pose aussi la question : la démocratie se pratique-t-elle tous les jours ou seulement le jour du scrutin? À ce moment-ci du tournage, quelle est la réponse des électeurs rencontrés?

Généralement, les gens me répondent que la démocratie s’exerce tous les jours. C’est le cas de Tommy, un jeune de Repentigny qui aimerait mettre sur pieds un planchodrome (skatepark) dans son quartier. Pour se faire, il participe activement à la vie politique en assistant aux assemblées municipales et en s’impliquant dans sa communauté. Il est peut-être l’un des électeurs les plus jeunes que j’ai rencontrés, mais il maîtrise très bien l’art de faire entendre sa voix.

Parlant de la rue, la crise étudiante que nous avons vécue au printemps dernier a-t-elle influencé la réalisation de ce projet?

La crise étudiante a montré que les gens n’écoutaient pas les autres : chacun se conforte dans ses idées et acceptent peu les avis contraires. Le projet a pour but, en cachant l’orientation politique de la personne, de nous enlever nos préjugés et de nous laisser le temps d’écouter la personne. Ce n’est qu’à la toute fin qu’on découvre le choix politique de l’électeur. C’est donc une façon de se défaire nos idées reçues et de revenir au dialogue, à l’écoute et dans le respect des différences.

Les électeurs québécois ont-ils tendance à voter pour ou contre un parti?

Beaucoup de gens votent contre quelque chose ou ils votent pour un parti afin d’en bloquer un autre. Les gens ne suivent pas toujours leurs convictions profondes. Plusieurs se justifient en critiquant le système de vote à un seul tour. Au Québec, il y a un bipartisme caché qui ne s’affirme pas. Il existe peut-être une dizaine de partis politiques, mais dans chaque circonscription, on sent qu’on a réellement le choix entre deux ou trois. Les partis les plus gros. Un deuxième tour pourrait aider les plus petits à se tailler une place.

Que pensez-vous des gens qui ne vont pas voter?

L’absentéisme est une erreur. Il faut aller voter pour pouvoir se plaindre. C’est important de participer aux élections, même si c’est pour annuler son vote. Il y a un vide dans l’arène politique au Québec. Les anglophones aux idées de gauche ne se reconnaissent dans aucun parti. Ils ne sont pas inclus dans le « rêve de la souveraineté », donc ils votent pour les Libéraux ou ils annulent leur vote. Se déplacer et annuler son vote est aussi une manière de faire entendre sa voix.

Les valeurs des électeurs québécois se rejoignent-elles?

Au Québec, il y a deux tendances : certains ont des idées de gauche et d’autres, de droite. Ce sont deux points de vue opposés. Il y a ceux qui pensent à eux dans le monde et ceux qui pensent d’abord au monde pour ensuite penser à eux. Les compromis sont difficiles à faire entre les deux. Personnellement, je n’ai jamais cru au fameux « centre » en politique.

Que retenez-vous de cette expérience jusqu’à présent?

Je retiens toutes les rencontres que j’ai faites et les endroits que j’ai visités. J’ai vécu de beaux moments d’intimité avec les gens. Ils m’ont ouvert la porte de leur chez-soi et ont été très accueillants. Même si je ne partageais pas toujours les mêmes idées qu’eux, j’ai apprécié chaque personne que j’ai rencontrée. L’expérience en est une des plus enrichissantes au niveau humain.

***

Pour connaître l’électeur du jour et parcourir tous les portraits de Jérémie Battaglia, visitez le ONF.ca/30electeurs.

Site Web de Jérémie Battaglia

Jérémie est présentement sur la route à la rencontre des électeurs du Québec. Le 17 août dernier, il a réalisé la vidéo La Traversée, lors de sa traversée du fleuve Saint-Laurent, entre Les Escoumins et Trois-Pistoles.

Crédits photo : Emilie Nguyen Ngoc

Ajouter un commentaire
  1. C’est bien que vous attachiez de l’importance aux élections au Québec.
    Et sur la démocratie … au Québec.

    Allez-vous faire de même pour les élections dans les autres provinces, ou il y a aussi des francophones, beaucoup de francophones?
    L’Office national du Film du Canada. L’Office national du film des canadiens.
    Le québéco-centrisme, vous connaissez?

    « L’Office national du film du Canada a pour mission de produire et distribuer des œuvres audiovisuelles distinctives, originales et innovatrices de manière à faire connaître et comprendre aux Canadiens et aux autres nations les valeurs et les points de vue canadiens ainsi que les questions d’intérêt pour la population canadienne. » Site Web de l’ONF.

    — Laurent Comeau,
    1. Bonjour Laurent,

      Merci beaucoup pour votre commentaire, d’autant plus qu’il est très intéressant. Nous essayons quotidiennement de refléter le fait francophone dans l’ensemble du pays et non pas seulement au Québec. Je suis d’accord avec vous nous pourrions être plus vigilants. J’ai également transmis votre commentaire au programme français (responsable des productions de nos œuvres).

      N’hésitez pas de me contacter : m.streliski@onf.ca si vous vouliez partager des suggestions ou des idées.

      Bonne journée,

      Matthieu

      — Matthieu Stréliski,

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