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Lettre à Vincent – Quelques réponses à vos questions

Lettre à Vincent – Quelques réponses à vos questions

Lettre à Vincent – Quelques réponses à vos questions

Nous avons reçu plusieurs témoignages touchants de votre part depuis la mise en ligne du projet Lettre à Vincent : une lettre d’un père (Éric Godin) à son fils suicidé (Vincent Godin), mise en images et en musique par l’artiste Zïlon. Plusieurs ont salué l’auteur de la lettre pour son courage et son engagement dans la lutte contre le suicide. D’autres ont senti le besoin d’écrire leur propre histoire et de laisser leur propre trace en tant que «survivants». Rappelons-nous qu’au Québec, trois personnes s’enlève la vie à tous les jours, dont un jeune. Au bout du compte, ça fait beaucoup de monde qui ont une histoire à partager ou une immense douleur à exprimer.

Si certains nous remercient de briser le silence et quelques tabous sur le suicide, d’autres nous ont demandé pourquoi nous avons décidé d’aborder ce lourd sujet. Anne-Marie Lavigne, agente d’interactivité au Programme français de l’ONF, répond à quelques-unes de vos questions aujourd’hui.

Réflexions sur la création de Lettre à Vincent.

Catherine Perreault : Comment un essai comme Lettre à Vincent est-il atterri dans la programmation des productions interactives de l’ONF?

Anne-Marie Lavigne :  Quand nous avons commencé à travailler sur la programmation des projets interactifs il y a un an, il était évident que, si nous nous restreignions uniquement à la création de projets d’envergure, ni les budgets ni les calendriers de production n’allaient permettre des mises en ligne régulières. Nous avons aussi constaté que des créateurs indépendants avaient déjà commencé à produire des œuvres interactives plus simples, mais toutes aussi originales et touchantes. La simplicité de ces œuvres interactives permet à des créateurs évoluant normalement en dehors du milieu du Web de se l’approprier comme canevas. Les projets Otage de moi et Last Days with my Father, du photographe Philip Toledano, sont de bons exemples.

Nous avons donc fait des démarches pour dénicher des créateurs canadiens qui seraient intéressés à utiliser l’interactivité épurée comme planche de création. Nous sommes sortie du milieu traditionnel du documentaire pour rencontrer des photographes, des bédéistes, des dessinateurs et des peintres. Étant au tout début de l’»ère» du documentaire interactif, nous sommes en train de découvrir et de générer les genres. Le concept d’essai interactif est tout nouveau et l’ONF se positionne vraiment comme un leader dans le genre.

Comment avez-vous pris connaissance de l’histoire d’Éric Godin et de son fils Vincent?

Nous avons été mis en contact avec l’artiste Zïlon par l’entremise de la galerie d’art Yves Laroche. Quand il a appris que nous cherchions des artistes, il nous a tout de suite parler de son idée d’accompagner son ami Éric, qui était en deuil de son fils, dans un projet artistique.

Pourquoi avez-vous choisi de faire ce projet sur le deuil et le suicide?

Comme je le disais, nous avons rencontré Éric et Zïlon dans les semaines qui ont suivi la disparition de Vincent. Évidemment, la douleur et la tristesse d’Éric étaient palpables. Il nous a impressionné par son courage et son besoin de partager ce qui lui arrivait, de communiquer ses émotions fortes et douloureuses. Dans notre société, nous osons rarement partager publiquement ces émotions, soit par pudeur ou par malaise. Nous avons également compris la richesse et l’humanité du geste de Zïlon, qui ouvrait une porte d’expression à son ami avec ce projet. En traitant du suicide à travers le deuil d’Éric, nous allions devoir faire face à notre humanité profonde dans toute sa complexité et visiter ces lieux sombres où la vie nous emmène malgré nous, sans que nous l’ayons choisi. Nous savions que nous devions le faire… pour Éric et pour tous les gens dans sa position.

Comment s’est déroulée la production de l’essai?

En acceptant de travailler sur le projet, nous avons pris l’engagement de vivre le processus de deuil d’Éric de l’intérieur et de coller son vécu en temps réel. Nous avons accepté de l’accompagner dans un processus très personnel et intime, en sachant que la clé du projet résiderait dans le respect de son parcours d’endeuillé. L’échéancier de production a toujours été aligné sur le vécu d’Éric pour cette raison, dans le respect de ses distances. L’idée de la lettre et de la narration d’Éric est apparue spontanément et a constituée la ligne directrice du projet. Nous avons attendu qu’Éric soit prêt autant pour l’écriture que pour l’enregistrement. C’était à lui de nous dire quand et comment.

Éric a écrit son texte et nous l’avons  enregistré en une seule prise quelques semaines plus tard. Zïlon a fait sa création sonore à partir de la narration. Il s’est lancé ensuite dans la création des images. Il nous a même confié avoir écouté la trame sonore tout en peignant les images, afin de vivre pleinement son deuil de Vincent, le fils de son ami. Je crois que cette intensité est très présente dans les images de Zïlon.

Pour compléter le projet, nous avons scénarisé sa navigation. Nous voulions que l’expérience permette aux internautes de vivre l’intensité des images et des propos d’Éric. Ainsi, la navigation se fait avec la plus simple expression d’interactivité. En explorant le projet, nous pouvons nous laisser emporter par la voix d’Éric, le son et les images, et y aller à notre propre rythme, sans devoir penser à ce qu’il faut faire pour avancer dans celui-ci. L’essai se vit dans une sorte de transe. Une transe émotive qui nous fait vivre la douleur. À un tel point que personne ne peut rester indifférent. C’est ce que nous voulions et ce qu’Éric et Zïlon voulaient : communiquer la douleur. Dire haut et fort que le suicide n’est pas une option, ni au niveau individuel, ni au niveau collectif. Lettre à Vincent a donné l’occasion à l’ONF d’ajouter sa dimension aux questionnements sur le suicide et de nous forcer à faire face aux conséquences de ce phénomène qu’une société comme la nôtre ne devrait jamais accepter.

Le projet Lettre à Vincent est en ligne à l’adresse : ONF.ca/lettreavincent

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  1. Bonjour,

    J’ai écrit un commentaire le 9 février et posé une question, puis-je espérer avoir une réponse? Merci à l’avance.

    — Jean Forest,
  2. Ce qui suit vous surprendra peut-être. J’ai été bien sûr très touché par ce témoignage du père de Vincent, son courage, sa sincérité, son message d’espoir. La qualité de cette production interactive m’a elle aussi impressionné mais j’ai sursauté quand j’ai lu à la toute fin que cette réalisation s’inscrivait dans (je n’utilise peut-être pas les bons mots) le programme Santé mentale de l’ONF. Il y a donc moyen, me suis-je dit, de parler du drame de celles et ceux qui vivent avec une maladie mentale autrement que par une «opinion» dans le journal comme je viens de le faire moi-même dans Le Devoir du 4 février. En voici le lien pour ceux et celles qui seraient intéressés (http://www.ledevoir.com/societe/sante/316041/libre-opinion-chronique-d-un-pere-indigne
    Je termine donc avec une question: y aurait-il moyen d’utiliser ce même médium pour toucher davantage les gens sur cette question de la maladie mentale et de son traitement dans notre société aujourd’hui? Félicitations encore pour cette remarquable réalisation de messieurs Godin et Zilon.

    — Jean Forest,
  3. Une Lettre à Vincent… un témoignage déchirant, tendre et courageux. Le plus troublant est que le père parlait avec son fils, une heure avant son suicide, et qu’il déclare que rien ne pouvait empêcher ce geste. Pour ceux qui restent… j’ai besoin d’espérer qu’il existe une ligne mince qui peut encore faire la différence entre le désir de vivre et celui de tout lâcher. Parlons-en…parlons-en. Merci à Éric Godin et Zilon.

    — Céline Laberge,

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