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Werner Nold ou les règles de l’imagination

Werner Nold ou les règles de l’imagination

Werner Nold ou les règles de l’imagination

Werner Nold aura mené une carrière exceptionnelle à l’ONF pendant plus de 35 ans. Monteur émérite, il figure au générique de près d’une centaine de productions, dont plusieurs films marquants, comme Pour la suite du monde (1962) de Pierre Perrault et Michel Brault, Le steak (1992) de Pierre Falardeau et Manon Leriche, La vie heureuse de Léopold Z (1965) de Gilles Carle ou encore Le temps d’une chasse (1972) de Francis Mankiewicz. Ce billet voudrait revenir sur des moments importants de la carrière de Werner Nold à l’ONF et vous suggérer quelques films à voir, auxquels il a participé.

Un photographe devenu monteur

Werner Nold est né en Suisse en 1933. Après avoir obtenu une maîtrise en photographie, il arrive au Québec le 21 septembre 1955. Quatre mois plus tard, il est engagé au Service de ciné-photographie de la province de Québec. L’organisme, qui a pour mandat de diffuser de l’information gouvernementale, produit essentiellement des films touristiques et didactiques destinés aux écoles, ambassades et consulats. Werner Nold y travaille à titre de photographe, preneur de son et réalisateur. Par la suite, il est embauché chez Nova Films, une compagnie de production privée, où il fait le montage sonore des films de l’abbé Proulx. Mais c’est le montage image qui le passionne. Curieusement, il y arrive un peu par la force des choses. Il commence par monter ses propres films. Puis, voyant son travail, ses collègues cinéastes lui demandent de monter les leurs. Werner Nold semble avoir trouvé sa voie. Mais pour lui, l’endroit où travailler en cinéma, c’est l’ONF. Il sollicite donc une entrevue auprès de l’organisme.

Ses premiers pas

Au printemps 1961, il rencontre Pierre Juneau, alors commissaire adjoint et grand responsable de la production française. Il est embauché en juin de la même année comme monteur. À l’époque, l’ONF compte trois studios destinés à la production française : les studios F et H pour les productions originales, et le Studio G pour les versions françaises. C’est dans ce studio, dirigé par le producteur Jacques Bobet, que Nold fait ses premières armes à l’ONF. Mais il le quitte rapidement, puisque, quelques mois plus tard, on lui demande de terminer le montage de Manger (1961), de Louis Portugais et Gilles Carle. Ce film marque la rencontre et le début d’une longue collaboration avec le cinéaste Gilles Carle. Il travaillera sur une dizaine de ses films à titre de monteur ou de preneur de son, dont une coréalisation, Cinéma, cinéma (1985).

Manger , Louis Portugais et Gilles Carle, offert par l’Office national du film du Canada

Le cinéma direct

Quand Werner Nold arrive à l’ONF au début des années 1960, la production française est dans une période de grande effervescence. Les cinéastes de l’équipe française imposent leur présence, jusque-là marginalisée, en développant une nouvelle façon de faire du cinéma. Ils tournent des films qui remettent en cause les règles établies. Ils veulent se libérer de l’académisme, du classicisme ambiant, et redonner la parole aux individus d’une société elle aussi en pleine ébullition, en pleine affirmation nationale, en pleine révolution tranquille. Ce nouveau cinéma, ce « cinéma direct », comme on l’appelle aujourd’hui, s’invente au fur et à mesure des films. Formés dans d’autres disciplines, ayant appris à faire du cinéma par eux-mêmes, les artisans de l’équipe française inventent de nouvelles règles de tournage et de montage. Ils utilisent et contribuent à développer un matériel plus léger, plus mobile, et réinventent le travail en équipe. Désormais, rien n’est impossible, tout est à faire, tout est à inventer. Les règles de l’académisme font place à celles de l’imagination. Werner Nold s’inscrit parfaitement dans cette mouvance. Il contribue à ce bouillonnement d’idées et de créativité en montant plusieurs films, comme Dimanche d’Amérique (1961) et Patinoire (1963) de Gilles Carle, 60 cycles (1965) de Jean-Claude Labrecque ou Rouli‑roulant (1966) de Claude Jutra. Mais c’est en assurant le montage de Pour la suite du monde (1962), le chef-d’œuvre de Pierre Perrault et Michel Brault, qu’il fait sa marque. Le film fait date non seulement dans l’histoire du documentaire à l’ONF, mais aussi dans celle du documentaire mondial.

Pour la suite du monde, Pierre Perrault et Michel Brault, offert par l’Office national du film du Canada

La fiction

Werner Nold contribue également à l’essor du long métrage de fiction au Québec. En 1965, il monte La vie heureuse de Léopold Z de Gilles Carle. Il faut dire qu’à cette époque, la fiction de plus de trente minutes à l’ONF en est à ses débuts. En 1967, Nold monte, dans le secteur privé, Entre la mer et l’eau douce de Michel Brault. Son travail se poursuit dans les années 1970 avec des films d’auteur et de genre, comme Le temps d’une chasse (1972) de Francis Mankiewicz, IXE‑13 (1971) et La gammick (1974) de Jacques Godbout, ainsi que O.K. … Laliberté (1973) et Ti‑Mine, Bernie pis la gang (1976) de Marcel Carrière. Pour Nold, monter une fiction, c’est comme faire de la psychologie. Il faut se mettre dans la peau des personnages, mais aussi dans celle du spectateur qui voit le film pour la première fois. Le montage doit être dicté par le scénario, par l’histoire. Nold accorde également une grande importance au rythme, qui, selon lui, ne se trouve pas dans le montage lui-même, mais dans les images tournées par le réalisateur. Le travail du monteur consiste à trouver le rythme du film dans les images tournées, plutôt que de chercher à l’imposer avec le montage.

O.K. … Laliberté, Marcel Carrière, offert par l’ Office national du film du Canada

L’aventure olympique

En 1976, Montréal accueille les Jeux olympiques. Un projet gigantesque de film se met alors en branle, Jeux de la XXIe Olympiade (1977). Les cinéastes Jean-Claude Labrecque, Jean Beaudin, Marcel Carrière et Georges Dufaux ainsi qu’une armée de caméramans (32 équipes de tournage pour un total de 168 personnes) sont envoyés sur les lieux des compétitions et tournent 200 heures de film ! L’idée de Labrecque, responsable du projet, est de s’approcher le plus possible des athlètes ; un tournage à hauteur d’homme. Werner Nold se voit confier la responsabilité du montage. Il engage quatre assistants monteurs pour lui venir en aide. Le visionnage du matériel tourné prend, à lui seul, cinq semaines ! Pendant 18 mois, de juillet 1976 à janvier 1977, il travaille littéralement nuit et jour sur le projet. Il dort à l’ONF dans une salle de maquillage pendant trois mois. De juillet à novembre 1976, il monte, avec l’aide de ses assistants, une version de quatre heures et demie. Puis, de novembre 1976 à janvier 1977, ne s’accordant que quelques jours de congé durant la période des fêtes, il travaille 16 heures par jour, avec un seul assistant, à la version finale de deux heures. Un travail exceptionnel qui jamais ne s’éloignera de l’idée de base de Labrecque, celle de suivre de près les athlètes et de montrer comment ils ont vécu leurs jeux.

Jeux de la XXIe Olympiade, Jean-Claude Labrecque, Jean Beaudin, Marcel Carrière et Georges Dufaux, offert par l’Office national du film du Canada

Les grands documentaires

Amorcé dans les années 1960, le travail de monteur de documentaires de Werner Nold se poursuit dans les années 1980 et 1990. Nold travaille avec de vieux complices comme Jacques Godbout (Derrière l’image, 1978, Distorsions, 1981, Un monologue Nord‑Sud, 1982 et Comme en Californie, 1983), Gilles Carle (Ô Picasso, 1985 et Cinéma, cinéma, 1985) et Jean-Claude Labrecque (L’histoire des trois, 1990). Il collabore aussi avec Georges Dufaux en montant sa série de trois films tournés en Chine, Gui Daò – Sur la voie (1980). Une série pour laquelle Nold met au point une enregistreuse fonctionnant en parfait synchronisme avec sa table de montage. La bande enregistrée contient la version française des dialogues en mandarin captés au moment du tournage. Il peut donc avoir accès instantanément aux dialogues et aux images en même temps, sans dépendre d’un ou d’une interprète. Il travaille également avec Pierre Falardeau (Le steak, 1992), Dorothy Todd Hénaut (Québec… un peu… beaucoup… passionnément…, 1989) et Alain Chartrand (Un homme de parole, 1991), pour ne nommer que ceux-ci. Tandis que le montage de la fiction est une affaire de psychologie, celui du documentaire se compare au travail d’écriture. Le film doit être écrit au fur et à mesure du montage. Contrairement à la fiction, la structure du documentaire n’est pas dictée par l’histoire mais par le point de vue du cinéaste.

Le steak, Pierre Falardeau et Manon Leriche, offert par l’Office national du film du Canada

L’animation

Dans les années 1980, alors qu’il alterne entre la fiction (Mario, 1984, de Jean Beaudin, et la série Franc‑Ouest, 1989, de Jean Bourbonnais) et le documentaire, en passant par le cinéma expérimental (Zea, 1981, d’André Leduc et Jean-Jacques Leduc), Werner Nold aborde le cinéma d’animation. En 1987, il monte son premier film, Charles et François de Co Hoedeman. Suivront Le colporteur (1988) et Overdose (1994) de Claude Cloutier, Nocturnes (1988) et L’empire des lumières (1991) de François Aubry, Juke‑Bar (1989) de Martin Barry, Une artiste (1994) de Michèle Cournoyer, Taa Tam (1995) d’André Leduc, Entre le rouge et le bleu (1995) de Suzie Synnott et Le jardin d’Écos (1997), le dernier film sur lequel il travaille, de Co Hoedeman.

Juke-Bar, Martin Barry, offert par l’Office national du film du Canada

Monteur de près d’une centaine de films, réalisateur, preneur de son, professeur de cinéma, grand défenseur du développement et de la diffusion du cinéma québécois, décoré de l’Ordre du Canada (1985) et de l’Ordre national du Québec (2012), récipiendaire du prix Albert-Tessier (2010), Werner Nold aura connu une carrière prolifique et exceptionnelle. Il avait choisi, à la fin des années 1950, de devenir monteur plutôt que réalisateur parce qu’il préférait « être un grand soliste plutôt qu’un petit chef d’orchestre obscur ». Force est d’admettre qu’il avait vu juste !

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