Chintis Lundgren présente MANIVALD, le renard Tanguy

Rencontrez MANIVALD, le renard Tanguy qui voulait sortir du placard

Films

Le dernier court métrage de la cinéaste d’origine estonienne Chintis Lundgren est en grande tournée des festivals!

Récemment présenté en compétition officielle au prestigieux Animafest de Zagreb (Croatie) et sélectionné au Festival international du film d’animation d’Annecy (France) et au festival Anima Mundi (Brésil), Manivald est en voie de conquérir bien des coeurs et ce, dans le monde entier.

Voyez la bande-annonce juste ici…

À propos du film

Manivald le renard vient d’avoir 33 ans. Surdiplômé, chômeur et plutôt coincé, il habite avec sa mère, une retraitée dominatrice, et passe ses journées au piano pendant qu’elle lui prépare du café et lave ses chaussette. Une vie facile, certes, mais terne. Cette dépendance mutuelle se trouve toutefois chamboulée par une machine à laver en panne et un réparateur nommé Toomas, jeune loup sexy et aventurier venu à la rescousse.

Teinté de cet humour absurde typiquement estonien et traversé par les personnages anthropomorphes imparfaits, mais non moins adorables de Chintis Lundgren, Manivald mêle surréalisme et sincérité dans ce récit contemporain dépeignant une génération atteinte de carences affectives qui continue d’habiter avec ses parents malgré une vie d’adulte largement amorcée. Le film s’amuse de ces liens affectueux, mais parfois malsains entre parents et enfants, tout en célébrant la liberté que procurent l’indépendance, la découverte de soi et la croissance.

Fruit d’une coproduction entre l’ONF, Adriatic Animation et l’Animatsioonistuudio de Chintis Lundgren, le film illustre la vision malicieuse, rigolote et rafraîchissante de la cinéaste sur les complexes et fragiles liens mère-fils.

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Entrevue avec la cinéaste, Chintis Lundgren

Il n’est pas rare que les animateurs utilisent des personnages anthropomorphes – en particulier dans les productions destinées au jeune public –, mais les animateurs indépendants y recourent moins fréquemment. Bien que vos créations portent sur des problèmes d’adultes, vous choisissez des animaux comme protagonistes. Pourquoi?

Ils sont simples à dessiner et je suis paresseuse. Mais aussi, il est plus facile de s’identifier à eux qu’à des protagonistes humains, et cela donne l’occasion de se moquer de soi-même. N’importe qui peut se reconnaître dans un renard ou un lapin, alors que s’il s’agit d’un homme chauve moustachu, seuls les chauves moustachus se reconnaîtront.

Vous venez d’un pays (l’Estonie) qui possède une longue et riche histoire au chapitre de l’animation, et qui a également la réputation de créer des films considérés par certains comme bizarres et absurdes. Le fait d’appartenir à un groupe que l’on perçoit de cette façon représente-t-il un avantage, ou au contraire un poids?

En général, le fait d’appartenir à un groupe associé à cette perception ne me gêne pas, puisque mes films sont effectivement bizarres et absurdes, j’en conviens. Ça ne devient ennuyeux que lorsqu’on vous voit comme un double de Priit Pärn, simplement parce que vos dessins sont réalisés à la main, qu’ils ne ressemblent pas à du Disney et qu’ils semblent plus ou moins incompréhensibles. Heureusement, ça n’arrive pas trop souvent!

Chintis Lundgren

Manivald porte sur une question somme toute très actuelle : le fait que de jeunes adultes habitent chez leurs parents. Qu’est-ce qui, selon vous, a engendré cette situation, et pourquoi avez-vous senti la nécessité d’examiner ce sujet?

Je pense qu’au fond, personne ne veut grandir et certainement pas moi! Être indépendant est chouette, mais quel ennui d’avoir à travailler neuf heures par jour! J’ai décroché mon premier emploi à 25 ans et je n’y tenais pas du tout, mais ma mère a fait faillite et est partie vivre dans un autre pays. J’ai également essayé de vivre sans argent, alors j’ai mangé du pain moisi et bu de la vodka bon marché pendant six mois, mais comme ma santé commençait à en souffrir, j’ai décidé de me trouver du boulot.

Mon coscénariste Draško Ivezić et moi avons choisi de nous pencher sur ce sujet parce que nous connaissons un bon nombre d’adultes qui vivent encore chez leurs parents, et nous voulions tenter de faire rire ces copains à nous (ou leurs parents). Espérons que ça les poussera à déménager.

Dans l’histoire de Manivald, on aborde la sexualité de façon directe et assez particulière. Manivald est gai. Toomas est marié et bisexuel. Pourtant, la sexualité reste secondaire. Il n’y a pas de jugement : ces personnes sont comme ça, simplement. Était-il important, à vos yeux, d’éviter de faire tout un plat de la sexualité? 

Oui, c’était important. Faire tout un plat de l’homosexualité de Manivald (ou de l’ouverture d’esprit de sa mère) aurait laissé entendre qu’il s’agissait d’un truc un peu anormal, alors que le fait d’être gai (ou de faire preuve de libéralisme sexuel) est pour moi parfaitement normal. Donc, pourquoi ne pas le traiter comme tel?

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Vos films sont pour la plupart très distinctifs sur le plan visuel. Outre ce dessin brut et dépouillé que l’on associe souvent à l’animation estonienne, les teintes marquées de rouge et de brun (avec une touche de blanc et de noir) dominent systématiquement. On sent presque la terre. Qu’est-ce qui vous attire, dans ces couleurs?

Je ressens une étrange impression de satisfaction à réaliser une image monochrome parfaitement équilibrée. Je ne saurais dire pourquoi, mais la vue de trop de couleurs différentes dans une même image me perturbe. En ce moment, j’aime beaucoup combiner diverses teintes de rouge et de rose. J’ignore pour quelle raison, mais ça me plaît. Et puis j’y consacre probablement beaucoup trop de temps.

Le film laisse place à d’autres pistes d’exploration liées à ces personnages. Prévoyez-vous y revenir?

Oui. Draško et moi travaillons en ce moment à une série intitulée Manivald and the Absinthe Rabbits. Elle porte sur ce qui arrive à Manivald à la suite de son déménagement. Il se retrouve à vivre dans un bar gai clandestin appelé « Le placard du hérisson ». L’endroit est dirigé par un hérisson travesti du nom de Tiit et sa femme, une ourse prénommée Brunhilda. Brunhilda est très conservatrice et n’a pas remarqué qu’il s’agit d’un bar gai. Ni que son mari est un travesti. Brunhilda a une aventure secrète avec Herman, un policier du quartier et le rat grincheux d’un de mes films précédents, Life with Herman H. Rott. Herman vient de rompre avec Cat la chatte et est plutôt bouleversé. Et il y a aussi les lapins Absinthe, qui sont toujours ivres et chantent des chansons ridicules.

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