Territoires – Un essai visuel sur les nouveaux paysages urbains

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Je vais vous avouer quelque chose. J’ai grandi à Laval. Pas à « Laval-by-the-Beach », comme l’appellent ceux qui veulent la faire passer pour une ville cool, juste Laval.

Je ne suis pas la seule à avoir un petit peu honte d’avouer d’où je viens. Il n’y a rien de cool de dire que l’on vient de la ville du boulevard St-Martin, du Colossus Laval et des Honda Civic montées. Le maire Vaillancourt pourra bien faire ce qu’il veut, Chomedey n’aura jamais l’air d’un centre-ville.

En même temps, je m’ennuie parfois de la ville où j’ai grandi. J’étais heureuse à Laval. Même si j’aime mieux sortir dans les bars branchés de la Main ou magasiner dans les friperies du Mile-End, il y a quelque chose de rassurant de savoir qu’il y a une place de stationnement qui t’attend juste en face de chez toi le soir.

Je m’ennuie du Centre de la nature. J’aimais ça aller patiner sur le lac ou aller glisser sur la montagne l’hiver. Y’avait moins de monde que sur le Mont-Royal. Je m’ennuie du Carrefour Laval. Adolescente, je connaissais son plan d’aménagement par cœur. Et croyez-le ou non, je m’ennuie aussi du Centropolis. Lorsque j’étais enfant, le Centropolis n’existait pas. C’était un champ. Petit à petit, la nature a disparu et on y a vu apparaître de nouveaux restaurants fancy, qu’on n’avait jamais essayés avant, et des magasins de type outlets avec du linge à rabais comme aux États-Unis. On se sentait chanceux tout d’un coup d’habiter à Laval. Montréal n’avait pas ça, des outlets.

Ce nouveau centre urbain a changé la vie de bien des banlieusards. Plus besoin de traverser les ponts le vendredi soir pour sortir « en ville ». Plusieurs ont même voulu habiter juste à côté du centre, alors ils se sont fait construire de beaux condominiums neufs.

Les gens de la Rive-Sud étaient jaloux, alors on leur a construit le Dix30. Pour nous battre, ils se sont même fait faire un hôtel et un spa urbain. Pas mal du tout. Tout le monde était content. Du moins, sur la Rive-Sud et sur la Rive-Nord. Les Montréalais, eux, trouvent ça laid.

Certains ont tenté l’expérience : juste pour le fun. Ils ont réservé une chambre d’hôtel branché et ont fait du spa et du magasinage le temps d’un week-end. Ils ne l’avoueront pas, mais ils ont sûrement aimé ça. Ils ont trop dépensé, c’est certain, mais ça sert à ça les espaces commerciaux. Puis c’est pratique. Tout est neuf et propre. lls ne vous le diront pas, mais ils pensent y retourner de temps en temps. Juste pour s’éloigner un peu de la grande ville.

Une chose est sûre, les nouveaux paysages urbains font jaser. Ils sont le sujet d’un nouvel essai visuel du photographe Tristan Fortin Le Breton, avec François Turcotte et Julien Roy. Produits par le studio ONF/Interactif, en collaboration avec le journal Le Devoir, leur projet, intitulé Territoires, sera lancé officiellement le 26 novembre prochain.

L’essai explore les nouveaux ensembles urbains qui occupent nos vies d’une manière ou d’une autre. On les traverse pour se rendre au travail, on y élit domicile, on les fréquente pour magasiner…

Tristan Fortin Le Breton, photographe, en dit ceci : « À l’origine, le projet consistait à représenter, avec un procédé photographique ancien, des friches, des terrains vagues et des boisés en marge d’ensembles urbains récents. Ces lieux sans vocation définie avaient pour moi une grande poésie que la pression d’un développement imminent leur conférait.

Il peut s’être écoulé jusqu’à dix ans avant que je retourne sur les mêmes lieux. J’ai laissé ma caméra grand format cerner la réalité de ces étalements architecturaux nés de l’appétit du capital. Ces espaces génériques, paysages limitrophes, expriment notre prospérité. Développés pour répondre aux besoins immédiats, ils témoignent de l’idéologie d’une croissance économique à tous crins. »

Pour accompagner le projet, vous trouverez également une série d’articles sur le sujet des nouveaux espaces urbains dans l’édition du Devoir de samedi.

Pour être tenu au courant des détails, surveillez ONF.ca, qui annoncera la mise en ligne du projet dès samedi matin, ou suivez-nous sur Twitter ou sur Facebook. Bonne banlieue.

 

*Crédit photo d’en-tête : photographie de Tristan Fortin Le Breton, tirée du projet Territoires.