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Les fros : rencontre avec Gérard Pelchat, débroussailleur vétéran

Films

Le documentaire Les fros sera présenté en salles à Montréal (Cinéma Parallèle) et à Québec (Cinéma Le Clap) dès 10 décembre 2010.

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Chaque année, les débroussailleurs sont nombreux à monter au nord, en Abitibi, tels des bûcherons du XXIe siècle. Le temps d’une saison, la cinéaste Stéphanie Lanthier a vécu dans les camps de travail reculés de la forêt boréale pour documenter l’aventure de ces travailleurs de tous âges et de toutes nationalités.

Réel hommage aux travailleurs forestiers, le long métrage Les fros a reçu un accueil chaleureux lors de sa première au Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue en octobre, ainsi qu’aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) le mois dernier, où il était présenté en ouverture officielle.

Après m’être entretenu avec la réalisatrice, j’ai eu la chance de discuter avec le plus expérimenté des trois protagonistes, Gérard Pelchat, qui s’avère aussi être l’oncle du chanteur populaire Mario Pelchat. Entrevue avec un vétéran.

Catherine Perreault : Vous faites ce métier depuis combien d’années?

Gérard Pelchat : Depuis 19 ans. Je travaille en Abitibi pour le même contre-maître, Yves Mercier de Géo-For Inc., depuis maintenant 9 ans. Avant, j’ai travaillé 5 ans pour une corporative de chez nous, au Lac Saint-Jean, et 5 autres années pour un autre entrepreneur.

CP : Qu’est-ce qui vous  attire dans le métier de débroussailleur?

GP : J’ai toujours aimé la nature et la forêt. J’ai été propriétaire d’un chalet dans le bois pendant plusieurs années. Après, il y a eu une période de ma vie où je me suis plus concentré sur ma famille, mes enfants et mes commerces. Quand j’ai décidé d’aller travailler comme débroussailleur, je le voyais comme un retour aux sources.

J’aime la tranquillité du bois. Quand on arrête le moteur de notre scie, tout devient très calme. On entend les oiseaux et les bêtes. C’est ce que je préfère. J’ai en moi du sang huron à cause de ma mère. Mon arrière grand-mère était Amérindienne. Ce doit être pour ça que je suis si bien en forêt…

CP : Quels autres métiers avez-vous faits avant de devenir débroussailleur?

GP : J’ai eu plusieurs emplois différents. J’ai été cultivateur, j’ai travaillé dans le domaine de la construction et j’ai eu des bars.

CP : Vous avez commencé à travailler dans ce domaine sur le tard. Vous ne trouvez pas que c’est dur sur le corps?

GP : Je suis le fils d’un cultivateur. Je travaillais sur les champs quand j’étais jeune, alors j’ai un bon physique pour être débroussailleur.

Crédits photo : Alain Corneau. ONF

CP : Est-ce que vous vous ennuyez de vos proches lorsque vous travaillez sur un contrat pendant plusieurs semaines?

GP : Autant que j’ai hâte de partir au printemps, autant que j’ai hâte de revenir après 30 ou 45 jours dans le bois. Une chose est sûre, j’y vis toujours une grande aventure!

CP : Comment est-ce que Stéphanie vous a approché pour le tournage de son film?

GP : Elle s’est présentée au camp, tout simplement. Elle a obtenu la permission de la compagnie avant de venir nous filmer.  Je ne suis pas au courant de tous les détails. Ce que je sais c’est que j’ai accepté tout de suite de l’aider et de répondre à ses questions.

CP : Vous êtes payé au nombre d’hectares que vous complétés par jour. Est-ce que le fait d’être filmé vous a ralenti?

GP : Il y a plusieurs personnes qui ne voulaient pas se faire filmer de peur de perdre du temps et de l’argent, mais moi, je n’ai rien perdu, bien au contraire! J’ai été plus performant. Je voyais à quel point Stéphanie se donnait à fond dans son projet alors, lorsqu’elle me filmait, je mettais le paquet moi aussi. Je me suis surpassé.

CP : Aviez-vous réalisé l’ampleur de son projet?

GP : Je n’en avais aucune idée. J’avais lu quelque part qu’elle était professeure à l’université alors, au début, je croyais que c’était un stage. Je ne l’ai jamais laisser-tomber pour autant. Je n’ai dit non à rien.

Ce film est un cadeau pour moi. Je suis proche de la retraite et je trouve que c’est un bel héritage à offrir à mes enfants et à mes petits-enfants. C’est une bonne manière de finir une carrière que de pouvoir l’archiver sur vidéo. Je le vois comme une reconnaissance.

CP : Est-ce que votre famille a vu le film?

GP : Les membres de ma famille qui viennent de Montréal, oui, mais pas ceux qui vivent au Lac Saint-Jean. J’ai hâte qu’ils le voient. Lorsque j’ai appris que le film allait être présenté en ville, j’ai appelé mon neveu, Mario Pelchat. Il était super emballé. On a invité toute la famille de Montréal à venir le visionner aux RIDM. Depuis, mes trois petites-filles m’appellent « Papi la vedette »! Tout le monde est content pour moi. Mario n’en revient pas. Il trouve que j’ai une « face à caméra »!

CP : Est-ce que le film vous a apporté d’autres types de reconnaissance ou d’autres offres?

GP : Le centre de formation professionnel, où j’ai suivi mon cours de débroussailleur il y a plusieurs années, m’a demandé de venir faire une conférence. Je vais certainement y aller.

La compagnie pour laquelle je travaille m’a aussi offert d’être contre-maître l’année prochaine. J’ai accepté avec plaisir! Je crois que le film est une belle vitrine pour eux. Des gens ont commencé à m’appeler après mon entrevue à Des Kiwis et des hommes à Radio-Canada. Ils veulent travailler avec moi dans mon camp l’année prochaine. Toute cette publicité nous aide à faire connaître le métier.

CP : Personnellement, je connaissais celui de planteur d’arbres, mais pas celui de débroussailleur.

GP : Les jeunes ont tendance à devenir planteurs d’arbres, parce que ça ne coûte presque rien. Pour être débroussailleur, il faut s’acheter l’équipement et les machines. On est responsable aussi des coûts de l’essence, des bris et des réparations. Même si l’on reçoit une compensation d’environ 200 $ par mois pour l’entretien de notre équipement, il y a quand même un bon 2 000 $ à investir dès le départ, sans compter l’achat d’un camion pour se rendre dans le bois. Les jeunes n’ont pas cet argent-là.

Lorsqu’il y a un bris d’équipement, on peut perdre une journée complète de travail. C’est pour ça que je vais travailler en Abitibi maintenant. Là-bas, les chantiers sont ouverts 7 jours sur 7. Si on perd une journée, on se reprend le lendemain.

CP : Les planteurs d’arbres peuvent perdre une journée complète de travail pour refaire un terrain qu’un inspecteur n’a pas approuvé. Est-ce que c’est la même chose pour les débroussailleurs?

GP : Absolument. La qualité est très importante.  J’en fait ma 1re priorité. Quand j’ai commencé à faire ce boulot, je me suis appliqué à apprendre les bonnes techniques de travail. Je vois des jeunes qui passent leur temps à refaire leurs terrains. Moi, ça ne m’est jamais arrivé de toute ma carrière. Il est important de bien faire ça. Être débroussailleur, c’est un peu comme faire un jardin avec la forêt. Il faut savoir bien la nettoyer pour mieux la voir grandir.

CP : On se fie sur vous pour maintenir notre forêt belle et en santé. Merci Gérard.

GP : C’est moi qui vous remercie!

Le documentaire Les fros sera présenté en salle à compter du 10 décembre 2010 au :

Cinéma Le clap à Québec
Cinéma Parallèle à Montréal

Site officiel du film