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70 ans d’animation – 2e partie – Norman McLaren

Films

Dans la première partie de ce billet, je mentionnais que l’ONF, à défaut d’avoir un département d’animation, avait tout de même produit des films de ce genre dès 1941, en signant une entente de coproduction avec le studio de Disney et en achetant les films d’un animateur américain, installé à Philadelphie, Philip Ragan. Ces ententes permettaient à l’ONF de distribuer des films publicitaires sur la vente des bons de la victoire, répondant ainsi à une demande du National War Finance Committee, l’organisme gouvernemental chargé de mener les campagnes de publicité. Mais dans l’esprit de Grierson, cette situation restait une solution temporaire. Son idée était d’attirer à l’ONF un cinéaste d’animation de grand talent, qu’il avait lui-même découvert quelques années auparavant, et de fonder, par la suite, un studio d’animation.

Ce cinéaste, qui était en quelque sorte l’as caché dans la manche de Grierson, s’appelle Norman McLaren. Il est né à Stirling en Écosse en 1914. En 1932, il entre au Glasgow School of Art, comme étudiant en décoration intérieur, suivant ainsi les traces de son père. Passionné par le cinéma, amoureux de la musique et de la peinture, c’est en voyant un film abstrait d’animation d’Oskar Fischinger, La 5e rhapsodie de Brahms, que McLaren découvre sa véritable vocation. Il réalise son premier film d’animation sans caméra en dessinant à l’encre directement sur une pellicule 35 mm, dont il a patiemment gratté l’émulsion. Il montre son film à plusieurs personnes, mais le projecteur est si vieux qu’à chaque visionnage il endommage la pellicule. Le film est rapidement ruiné et perdu à jamais. Mais McLaren ne se décourage pas. Il déniche une caméra 16  mm et tourne deux films, 7 till 5 et Camera Makes Whoopie, pour ensuite revenir au dessin sur pellicule avec Color Cocktail. Le film se mérite d’ailleurs un prix au Scottish Amateur Film Festival; prix qui est remis par nul autre que  John Grierson. Le futur commissaire de l’ONF reconnait tout de suite le talent de McLaren et l’invite à travailler à la General Post Office (GPO) Film Unit à Londres. McLaren y restera de 1936 à 1939. Ces trois années à la GPO seront formatrices. McLaren y réalisera des documentaires et des films d’animation. Il dira plus tard que c’est à la GPO qu’il apprit la discipline, car jusqu’à présent, insistera-t-il, mes films manquaient de discipline.

Tout juste avant d’entrer à la GPO, McLaren travaille comme caméraman sur le film Defence of Madrid d’Ivor Montagu, un documentaire sur la guerre civile en Espagne. Ce qu’il voit là-bas pendant le tournage le bouleverse. Cette expérience aura une influence décisive dans sa carrière. En effet, en 1939, voyant que la guerre est imminente en Europe, il décide d’émigrer aux États-Unis, ne voulant pas revivre ce qu’il avait vu en Espagne. Il se rapproche ainsi, sans le savoir, de l’endroit où il allait passer le reste de sa carrière et de sa vie, le Canada. Quoi qu’il en soit, McLaren s’installe à New York en 1939 et travaille pendant deux ans comme cinéaste indépendant. En 1941, Grierson fait le voyage à New York et propose à McLaren de venir travailler avec lui à l’ONF, lui assurant une complète liberté artistique. McLaren hésite. Il a déjà des engagements, qui, croit-il, seront difficiles à briser. Mais Grierson promet de convaincre les producteurs, qui ont engagé McLaren, de le laisser partir. Il faut croire que Grierson s’est montré convaincant, puisque Mclaren arrive à Ottawa en septembre 1941. McLaren racontera plus tard que Grierson avait invoqué les mesures de guerre et la nécessité de rapatrier un citoyen britannique afin de convaincre les gens de New York.

Dès son arrivée, Grierson confie à McLaren la réalisation d’un film publicitaire sur la nécessité pour les Canadiens de poster tôt leurs vœux de Noël. Ce sera Mail Early (1941), son premier film à l’ONF; une animation sans caméra, dessinée directement sur la pellicule, comme à ses débuts. McLaren travaille aussi sur les diagrammes et les cartes géographiques animées des documentaires de propagande, de plus en plus utilisés afin de mieux expliquer aux spectateurs les enjeux géopolitiques d’une nation en guerre. Suivront des animations pour les campagnes des bons de la victoire : V for Victory (1941), 5 for 4 (1942), Hen Hop (1942) et Dollar Dance (1943).

En 1942, la production de films augmente considérablement. McLaren ne peut à lui seul suffire à la tâche. Grierson lui demande donc de recruter des étudiants en art et de former une petite équipe d’animateurs. La tâche n’est pas facile car plusieurs jeunes sont partis à la guerre. McLaren se rend à l’École des beaux-arts de Montréal et au Ontario College of Arts, où il rencontre et recrute des artistes, dont certains joueront un rôle important dans l’histoire de l’animation à l’ONF, comme René Jodoin, George Dunning, Jim McKay, Grant Munro, Evelyn Lambart, pour ne nommer que ceux-là. McLaren forme ces jeunes animateurs en devenir. Ils travailleront tous sur les diagrammes, les cartes animées et les titres des documentaires de propagande, avant de réaliser leurs propres films. Une équipe d’animateurs est donc en place à l’ONF en 1942. Le studio d’animation (studio A) sera une entité à part entière en janvier 1943.

En attendant 2013, année où le premier studio d’animation de l’ONF fêtera ses 70 ans, je vous invite à célébrer les 70 ans de la présence de l’animation à l’ONF, en visitant l’exposition L’imagination comme bagage/The Inspired Imagination, présentée à l’Aéroport Montréal-Trudeau.

Voir les films de Norman McLaren  sur ONF.ca

Photo : Norman McLaren en 1950. Collection de l’Office national du film du Canada. Tous droits réservés.