L’ONF s’engage à respecter votre vie privée

Nous utilisons des témoins de navigation afin d’assurer le bon fonctionnement du site, ainsi qu’à des fins publicitaires.

Si vous ne souhaitez pas que vos informations soient utilisées de cette manière, vous pouvez modifier les paramètres de votre navigateur avant de poursuivre votre visite.

En savoir plus
Le bourreau cherche son ou sa complice, et cette personne, c’est vous !

Le bourreau cherche son ou sa complice, et cette personne, c’est vous !

Le bourreau cherche son ou sa complice, et cette personne, c’est vous !

Le bourreau chez lui est à l’aise avec l’inconfort, ce qui est probablement normal lorsqu’on base un court métrage d’animation sur le poème éponyme de Carl Sandburg. Le poème s’interroge sur la vie familiale d’un bourreau et sur la façon dont celui-ci parvient à faire abstraction de son travail morbide pendant le souper de famille. Même si le poème n’évoque rien de tout cela, le mot « bourreau » suggère déjà le macabre, de sorte que lorsque nous l’entendons prononcer dès la première minute de la narration, nous l’associons à la mort, à la violence, au lugubre. 

Réalisé par Michelle et Uri Kranot, Le bourreau chez lui déstabilise le public par le voyeurisme et l’étrangeté. Un vieil homme retourne dans les décombres de sa maison dévastée par la guerre ; une femme enceinte fuit des oppresseurs invisibles ; un adolescent découvre sa sexualité ; un père et sa fille jouent au cheval ; un homme veille un être cher, mourant et alité : nous espionnons cinq vies qui se trouvent chacune à un carrefour. Certains personnages font des choses ordinaires ; d’autres, des choses interdites.  

On a presque l’impression de les épier depuis une fissure dans le mur, ce qui est intentionnel.  

Le bourreau chez lui, Michelle Kranot et Uri Kranot, offert par l’Office national du film du Canada

« Nous voulions que l’auditoire se demande s’il avait vraiment le droit d’être ici, explique Uri. En tant que cinéastes, nous invitons le public à entrer, mais l’ambiguïté de cette intimité gênante a pour but de sortir les gens de leur torpeur et de les amener à se poser ces questions, au lieu d’observer passivement ce qui se passe. »  

En plus, ce dont nous sommes témoins n’est pas tout à fait inhabituel. C’est encore plus déconcertant. Les Kranot ont utilisé la technique de la rotoscopie pour saisir les mouvements des personnages, ce qui leur confère un certain réalisme. Mais les personnages sont peints. Ils ne sont pas rendus de manière réaliste, comme s’ils avaient été photographiés. Leurs yeux ronds sans paupières leur donnent parfois un air étrange, ou tout du moins ils semblent aux aguets.   

Ce mélange obsédant de réalisme et de fabrication, c’est précisément l’effet que recherchaient les Kranot, en partie pour aliéner le public, mais aussi pour nous laisser deviner les scènes que nous voyons, qui s’enracinent dans la réalité.   

« Nous avions commencé avec beaucoup plus d’histoires. Petit à petit, nous les avons ramenées à cinq seulement, m’a confié Uri. Certaines d’entre elles sont autobiographiques, d’autres nous ont été racontées. Tous ces récits nous sont chers. Des liens très profonds nous unissent à eux. »  

Pendant ce temps, le poème de Sandburg résonne inlassablement en arrière-plan. Il n’est pas tout à fait lié aux scènes qui se déroulent sous nos yeux, mais il n’est pas non plus sans rapport. Le poème parle de jouer au cheval, et c’est justement ce que nous montre l’une des histoires. Mais il y a aussi l’idée de la maison, du foyer, du chez-soi. La narration nous demande d’imaginer qu’un bourreau a une maison, où il rentre le soir. Le film nous accompagne dans la demeure de différentes personnes. Ces personnes se trouvent-elles là où vit le bourreau ? Ou bien font-elles face à la même difficulté sinistre que celle qu’imagine le poème pour le bourreau ? S’efforcent-elles de trouver la sécurité à l’intérieur des murs qui les abritent, malgré le chaos et la destruction qui règnent à l’extérieur ?  

On a l’impression que le poème a précédé les histoires parce qu’on sent bien que celles-ci sont inspirées par le texte, comme si elles creusaient chacune de leur côté les idées de Sandburg.  

« Nous avions l’intention de créer un large éventail de personnages, explique Michelle Kranot. En les présentant ensemble, nous espérions parvenir à provoquer une identification à un moment humain plutôt qu’à une personne ou à une situation donnée. Nous partageons toutes, tous un moment ensemble. Nous sommes liés par notre humanité. »  

Pour cimenter ce lien, les personnages nous regardent droit dans les yeux vers la fin du Bourreau chez lui. Ils prennent acte de notre présence, de notre complicité dans leur vie. C’est déconcertant, mais pas gratuit. Nous avons indirectement participé à leur histoire. La fin rend simplement cette participation plus explicite.  

Personne ne sait vraiment ce qui se passe derrière les portes closes, mais Le bourreau chez lui le sait. Il nous emmène dans ces endroits secrets et s’assure qu’il nous soit impossible d’ignorer ce que nous venons de voir.

Ajouter un commentaire

Commenter