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Le fond de l’air : entre accablement et révolte

Le fond de l’air : entre accablement et révolte

Le fond de l’air : entre accablement et révolte

Au moment où je rédige ces mots, le GIEC vient de publier son dernier rapport. Sans grande surprise, les prédictions, comme celles du rapport précédent d’ailleurs, sont absolument terrifiantes. Le constat est sans équivoque : si l’espèce humaine ne modifie pas la trajectoire dans laquelle elle est actuellement engagée, le monde de demain ressemblera à un cauchemar.

Cinéaste et scénariste, Simon Beaulieu a écrit et réalisé trois longs métrages documentaires abordant la question de l’engagement de l’artiste dans la société : Lemoyne en 2005, Godin en 2011, ainsi que Miron : un homme revenu d’en dehors du monde en 2014. Le fond de l’air, maintenant accessible sur onf.ca, est son quatrième long métrage.

En fait, ce n’est une nouvelle pour personne. Il y a belle lurette déjà que l’annonce des catastrophes à venir tourne en boucle et que l’alerte d’un effondrement imminent a été lancée. Nous regardons gentiment le mur foncer vers nous, paralysés comme un animal qui se fige devant une lumière braquée sur lui.

C’est ce rapport à l’apathie généralisée, d’abord individuelle puis collective, qui a motivé en large partie la confection de l’essai documentaire Le fond de l’air. Comment pouvons-nous, en tant qu’espèce et sachant tout ce que cela implique, preuves scientifiques à l’appui, ne pas nous révolter contre la mise à mal de l’équilibre de notre monde et la menace de notre possible extinction ? Et cela, sans compter la liste absolument invraisemblable de méfaits que cause l’être humain aux différentes espèces animales et végétales avec lesquelles il partage cet environnement de vie qu’est la planète Terre.

Sur le plan des luttes concrètes, il y aurait certes tout un programme à concevoir et des actions à engager. D’ailleurs, une pléthore de gens courageux dans différentes disciplines s’y attellent déjà. Cela étant, leurs discours, bien que de plus en plus audibles depuis quelques années, ne semblent pas rejoindre la classe politique dominante, qui ne comprend pas ou ne veut tout simplement pas comprendre la gravité de la situation. Au Québec et au Canada, comme partout ailleurs, le pouvoir politique est incapable d’incarner valablement une forme de changement qui pourrait épargner l’avenir et soulager les citoyens et les citoyennes du fardeau de porter seuls, dans l’isolement de leur individualité, le poids d’un monde en train de couler.

Le fond de l’air

Nous sommes donc dans une impasse. Et chaque jour, pour peu que nous ne fermions pas les yeux par fatigue, par lassitude ou seulement par désintérêt ou omission, noyés que nous sommes dans le bourdonnement des distractions de l’inessentiel et dans l’entrain mécanique de l’écume des jours, nous marchons vers un horizon qui s’assombrit.

Que faire, donc, avec tout cela qui plane au-dessus de nos têtes ? Et, dans le cas qui m’occupe (puisque c’est l’objectif de cette note), que peut faire le cinéma ? Le seul fait de poser la question m’apparaît ridicule. Faire un film dans un tel contexte me fait parfois penser à Néron jouant du violon pendant que Rome est en flammes. D’autant plus que la possibilité de réfléchir à cela par le truchement d’une démarche esthétique représente un privilège inouï qui contraste avec la situation extrêmement difficile dans laquelle se trouve la majeure partie des humains de cette terre. Il faudra un jour faire entendre un discours plus critique à cet égard. Car, contrairement à ce que laisse croire la pensée majoritaire sur le sujet, la responsabilité des changements climatiques n’est pas à répartir équitablement sur le dos de chacun des humains du globe, loin de là. Ce n’est pas l’humain en soi qui détruit comme par magie une partie du monde, mais une organisation inégalitaire de la vie terrestre qui est le produit d’un système capitaliste de prédation (et des valets à son service) où certains sont favorisés et d’autres, exploités. Je parle ici d’adjoindre la question climatique à celle de la lutte des classes. Mais c’est une autre histoire. Revenons au film.

Simon Beaulieu (Photo : Frédérick Pelletier)

C’est donc au cœur de ces réflexions qu’est né Le fond de l’air. C’est cela, cette impression d’impasse justement, qui explique probablement aussi la facture maximaliste et un peu punk du film (le no future propre au mouvement n’est pas très loin). Tous les éléments thématiques et formels (la caméra subjective évoquant la vision sans périphérie et atomisée du jeu vidéo, la caméra thermique transformant les humains en zombies, les éléments empruntés au flicker film et au film d’épouvante) convergent vers ce sentiment de sort sans issue, mais aussi vers une grande colère.

Ce film est le périple d’un accablement. Mais c’est aussi celui d’un grand désir de révolte. Je suis conscient qu’il ne faut pas tout peindre en noir. L’espèce humaine a cela de fascinant qu’elle peut se relever de grandes tragédies. Elle peut aussi produire de l’inattendu et de l’inespéré (une bifurcation, dirait le philosophe Bernard Stiegler) ; l’histoire le rappelle. Je suis conscient aussi de l’humilité à avoir lorsque l’on entreprend la démarche de faire un tel film. Il faut se rappeler que ce n’est que du cinéma, après tout. Ce qui n’est pas le cas de notre réalité quotidienne.

Et me reviennent les mots de Gilles Deleuze :

« Il n’y a pas lieu de craindre ou d’espérer, mais de chercher de nouvelles armes. »

Visionnez Le fond de l’air :

Le fond de l’air, Simon Beaulieu, offert par l’Office national du film du Canada

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  1. je ne comprends pas le jeu de la caméra.. à moins que ce soit pour nous donner envie de vomir pour ajouter à la détresse existentielle de l’auteur de ce film.. La guerre d’Ukraine doit lui donner des réponses sur la venue de la troisième guerre mondiale et le courage des gens pris dans cette tourmente doit sûrement lui faire découvrir qu’il y a un monde entre le fait de craindre la fin du monde et la matérialisation de la fin d’un monde….

    — pierrette222,

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