Hothouse 13 : les animateurs s’amusent

Hothouse 13 : les animateurs s’amusent

Hothouse 13 : les animateurs s’amusent

Un esprit de pure invention règne cette année sur Hothouse. Le 15 novembre, l’Office national du film a ouvert les portes de ses célèbres studios d’animation — qu’abrite son Bureau central, installé depuis peu au centre-ville de Montréal — à six jeunes artistes venus des quatre coins du Canada.

« C’est notre premier Hothouse depuis le “temps d’avant”. Nous souhaitons qu’il ait lieu sur une note optimiste, déclare Maral Mohammadian, productrice de cette 13e édition. Compte tenu de l’étrange période de pandémie que nous traversons tous, nous tenons à ce que le plaisir soit au rendez-vous. Notre objectif ? Découvrir de jeunes talents et leur donner l’espace et la liberté nécessaires pour jouer, se montrer inventifs. »

Créé à titre expérimental par Michael Fukushima et David Verrall en 2003 pour encadrer les cinéastes d’animation de la relève, Hothouse est devenu un programme d’apprentissage soutenu par les studios et respecté à l’échelle internationale. À l’origine de nombreuses carrières prestigieuses, il laisse sa marque indélébile sur la scène mondiale de l’animation.

« Sans Hothouse, la scène canadienne et mondiale de l’animation serait infiniment plus pauvre. »

« L’impact de Hothouse est extraordinaire, déclare Chris Robinson, directeur artistique du Festival international d’animation d’Ottawa et auteur de l’ouvrage Animators Unearthed: A Guide to the Best of Contemporary Animation. La liste de ceux et celles qui sont passés par Hothouse et qui collaborent régulièrement au milieu de l’animation est une preuve éclatante du succès de ce programme. Hothouse représente l’une des seules occasions pour les animatrices et les animateurs non commerciaux de réaliser des films d’animation et d’acquérir une précieuse expérience de production. Sans Hothouse, la scène canadienne et mondiale de l’animation serait infiniment plus pauvre. »

Parmi le nombre croissant des anciens de Hothouse, on trouve des artistes comme Patrick Doyon, sélectionné aux Oscars pour Dimanche; Paloma Dawkins, créatrice du projet de réalité virtuelle primé Musée de la symétrie et Philip Eddolls, l’un des principaux membres de l’équipe d’animation de Zacharias Kunuk pour L’apprentie chamane, qui a remporté le prix du meilleur court métrage canadien cette année au Festival international du film de Toronto (TIFF). Plus de 50 animatrices et animateurs ont participé au programme au cours des 18 dernières années, entre autres des artistes maintenant établis comme Anne Koizumi, Alex Boya, Malcolm Sutherland, Eva Cvijanovic, David Barlow-Krelina et le duo créatif Dale Hayward et Sylvie Trouvé.

« Dans la plupart des programmes de mentorat et d’accélérateur, on prépare les voix nouvelles à entrer dans un moule préexistant, souligne Amid Amidi, éditeur et rédacteur en chef de Cartoon Brew. Hothouse, en revanche, encourage l’expression authentique de ses participants et participantes, sans imposer de restrictions quant à l’aspect créatif ou commercial. C’est donc dire qu’il contribue réellement au déploiement de nouvelles expressions de la forme artistique. »

Johanne Ste-Marie et Howie Shia à la barre

Cette année, Johanne Ste-Marie, productrice associée et Howie Shia, directeur du mentorat se joignent à l’équipe. Johanne Ste-Marie est l’une des forces vives derrière Fluorescent Hill, dynamique studio d’animation montréalais qui a produit des vidéos musicales pour nombre artistes — N.A.S.A, The New Pornographers, Cadence Weapon —, ainsi que des œuvres expérimentales indépendantes, dont Migration. Howie Shia, ancien élève de Hothouse 2 (2004) a créé des animations d’auteur acclamées, comme Flutter, BAM et 4 Nord A, auquel le Festival du film de Yorkton 2021 a décerné le prix de la meilleure animation. Howie Shia a également cofondé PPF House, un studio de musique, de conception et d’animation qu’il dirige avec ses frères Tim et Leo. Ensemble, ils ont travaillé pour des marques telles Nike et Disney.

« Quand Maral Mohammadian m’a contactée, je n’ai pas hésité une seconde, affirme Johanne Ste-Marie. J’ai dit oui tout de suite. J’ai toujours voulu travailler avec l’ONF : il a eu un impact tellement grand sur le monde de l’animation. Et Hothouse est très particulier. Le secteur commercial propose aussi des stages rémunérés, et nombre d’entre eux sont excellents, mais Hothouse, c’est vraiment différent. Il s’agit d’aider de jeunes cinéastes à trouver leur propre voix, de leur donner ce dont ils ont besoin pour réaliser des œuvres d’auteur. J’ai l’occasion de nourrir ce processus, c’est une nouvelle motivation passionnante pour moi, et j’apprends déjà tellement de cette expérience. »

Howie Shia attribue au programme le mérite de l’avoir lancé dans l’univers de l’animation : « C’est simple. Sans Hothouse, je n’aurais pas eu de carrière. Être ici de nouveau, c’est un véritable honneur. » L’artiste d’animation Janet Perlman, sa directrice de mentorat en 2005 a, elle aussi, été en nomination aux Oscars.

« Elle avait un œil de lynx, elle était gentille, elle posait toujours les bonnes questions et s’assurait que je faisais vraiment le film qui me tenait à cœur. Bien sûr, il y a des organismes subventionnaires, mais l’ONF, c’est autre chose. C’est un véritable studio, dont l’héritage évolue sans cesse. Mon passage à Hothouse continue d’influencer ma façon de voir l’animation, comme réalisateur de films commerciaux et indépendants. C’est formidable d’y revenir, cette fois en tant que mentor. »

Laissons « 100 » idées s’épanouir

Alors que les éditions précédentes s’articulaient autour de contraintes ou de thèmes précis — créer des œuvres avec des extraits sonores dénichés (found sound), utiliser la technique de la stéréoscopie, ou encore aborder des sujets comme l’eau ou les rencontres fortuites —, l’équipe de production de Hothouse 13 a opté pour un thème plus ouvert : « 100 ».

« L’idée ? Stimuler l’imagination, explique Johanne Ste-Marie. Nous voulons suggérer une voie possible, mais uniquement si les artistes choisissent de s’y engager. Il n’est pas question de les y enfermer. C’est amusant de voir comment les cinéastes s’emparent du concept et le développent dans différentes directions. »

Les six réalisatrices et réalisateurs qui participent à Hothouse 13 — karla monterrosa, Grace An, Lukas Conway, Louis Bodart, Noncedo Khumalo et Tarun Padmakumar — apportent au programme un large éventail d’expériences culturelles et artistiques.

« C’est l’un des aspects qui rendent Hothouse si intéressant, poursuit Johanne Ste-Marie. L’ONF s’efforce de faire entendre des voix différentes, qu’il s’agisse de la narration elle-même ou des personnes qui la racontent. Alors que le secteur commercial essaie souvent de vous faire entrer dans un moule, Hothouse, au contraire, aide les cinéastes à établir leur propre voix. »

Pour Howie Shia, la diversité a dès le départ fait partie de l’ADN de Hothouse. « Depuis quelques années, on s’efforce d’intégrer la diversité à la production cinématographique, et c’est merveilleux, mais pour Hothouse, ça s’est fait dès le début. Cette valeur se situe au cœur du programme. »

Amid Amidi estime que Hothouse a joué un rôle de premier plan dans la démocratisation du monde de l’animation. « L’animation a longtemps été un art spécialisé dont il était difficile de s’approcher, ce qui a favorisé l’ascension d’un groupe d’artistes relativement homogène ayant accès à certains privilèges et à certaines ressources. Le fonctionnement unique du programme Hothouse aplanit les obstacles et ouvre ce domaine à de nouvelles créatrices et de nouveaux créateurs qui n’auraient pu, autrement, songer à l’animation comme moyen d’expression », dit-il.

À la rencontre des cinéastes

karla monterrosa

Originaire du Salvador, karla monterrosa vit maintenant à Vancouver, sur les terres non cédées des nations Musqueam, Squamish et Tsleil-Waututh.

Après avoir étudié les techniques de dessin traditionnelles à la Corcoran School of the Arts & Design, à Washington DC, karla monterrosa a obtenu un baccalauréat en beaux-arts en animation à l’Emily Carr University of Art + Design, et a exposé à l’échelle des Amériques des films et des œuvres qui, comme elle le dit, « ne manquent jamais de mettre [s]es parents tout à fait mal à l’aise ».

Dans le cadre de son projet Hothouse, karla monterrosa vise à faire entrer l’esthétique artisanale 2D dans le monde numérique, et à explorer des thèmes liés à la famille, à la migration et à la communication numérique. « Je m’intéresse aux espaces numériques et à la manière dont ils modifient et façonnent les relations humaines. » karla monterrosa se définit comme une artiste queer et admet volontiers être « obsédée par la maladresse du corps humain, en particulier le sien ». Elle aspire à créer des œuvres qui évoquent un monde sans honte.

Grace An

Diplômée du programme de cinéma d’animation de l’Université Concordia, Grace An est maintenant candidate à la maîtrise en beaux-arts au programme interdisciplinaire Art Media & Design, à l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario (OCAD). Son film Hothouse reprend le conte folklorique Ungnyeo, dans lequel un ours et un tigre doivent rester en quarantaine pendant 100 jours pour devenir humains.

C’est une histoire que sa mère lui a racontée aux premiers temps du confinement, une histoire qui dépeint la tradition coréenne du 100e jour, à laquelle la pandémie donne un relief tout à fait nouveau. « La persévérance devient un acte altruiste », souligne Grace An, qui voit dans Hothouse l’occasion de revenir aux techniques de dessin à la main en 2D.

Grace An a travaillé pour diverses sociétés et studios. Elle se concentre maintenant sur ses propres projets. Elle a présenté ses œuvres au Centre Phi de Montréal, au Festival international d’animation d’Ottawa, au Festival du nouveau cinéma, à Fantasia et ailleurs. Elle a notamment à son actif Papier Accordéon, réalisé dans le cadre d’Otherly, une production de l’ONF composée d’une série de courts métrages documentaires récemment diffusés sur Instagram.

Lukas Conway

Lui aussi diplômé du programme de cinéma d’animation de Concordia, Lukas Conway aime faire des expériences et utiliser toute la gamme de médias et de techniques à sa disposition : image par image, découpages, rotoscopie, extraits sonores dénichés (found sound), pour n’en citer que quelques-uns. Il privilégie les récits dépouillés qui intègrent des images d’archives.

Son film d’étudiant — Good Bookune sorte de riff ludique sur la bible, a été présenté en première au Festival international d’animation d’Ottawa en 2016. Sa production suivante — End of Recording , une collaboration avec Stefan Jaroszonek et Olivier Sommelet, a remporté le prix de la meilleure animation étudiante du Festival international d’animation d’Ottawa. Sa création la plus récente, le court métrage d’animation Post, a gagné, quant à lui, le prix du meilleur documentaire au 2020 Yale Student Film Festival.

Lukas Conway est enthousiaste à l’idée d’explorer les vastes archives de sons et d’images de l’ONF. Il espère pouvoir incorporer certaines de ses découvertes à ce qu’il envisage comme une « anti-narration viscérale » sur le fait de « persévérer pendant une pandémie mondiale tout en luttant contre l’isolement, la perte de communauté et de sens ».

Noncedo Khumalo

Élevée au Swaziland et en Afrique du Sud, Noncedo Khumalo a obtenu son diplôme du programme de cinéma d’animation de l’Université Concordia en 2016. Son film de finissante – Continuum –, salué par Cinema Politica comme une « magnifique vision animée de la communauté des personnes queers noires et du réconfort qu’elle apporte » a remporté le prix de la meilleure œuvre étudiante de l’Université York et a été programmé par Mubi.

À l’aide de techniques 2D et 3D, Noncedo Khumalo se propose de créer une histoire de fantômes riche en personnages, mettant en scène une protagoniste aux prises avec une nouvelle étape de l’âge adulte.

« La personne que je suis maintenant est différente de la cinéaste que j’étais lorsque j’ai commencé à faire des films. Le récit reflète la façon dont j’aimerais révéler une nouvelle partie de moi-même tout en apprenant auprès d’autres cinéastes et en bâtissant une petite communauté du fait d’avoir vécu cette expérience ensemble. »

Déterminée à créer « un art queer noir qui humanise notre avenir et mêle narration et abstraction », Noncedo Khumalo a fait partie de l’équipe d’animation du film d’Elise Simard Beau comme ailleurs et de La mère des os, animation gothique de Dale Hayward et Sylvie Trouvé, deux anciens de Hothouse.

Tarun Padmakumar

Originaire de l’État du Kerala, dans le sud de l’Inde, Tarun Padmakuram a étudié le cinéma et la vidéo au National Institute of Design, en Inde, avant de poursuivre ses études au Sheridan College de Toronto, où il s’est spécialisé dans l’animation numérique de personnages.

Il a travaillé comme animateur 3D pour Guru Studio et Industrial Brothers, à Toronto, et a fait partie de l’équipe à l’origine de séries animées pour enfants comme Remy & Boo et Mecha Builders, dérivée de Sesame Street.

Il s’est emparé du thème « 100 » pour créer un récit rapide sur la vie en ville. Le film met en scène un jeune homme récemment installé à Toronto, qui évalue ses possibilités de déplacement dans sa nouvelle jungle urbaine.

Louis Bodart

La scène : un voyage en famille. Encore 100 kilomètres à parcourir et les enfants qui chahutent, font des caprices…

Dans le cadre de son projet Hothouse, Louis Bodart évoque les voyages chaotiques en famille sur les routes de campagne du Québec. « J’aime explorer les souvenirs de mon enfance, le territoire et la manière dont les grands espaces nous façonnent. » Louis Bodart a l’intention d’utiliser des outils numériques en 2D, citant La coloc, de Stephanie Braithwaite, une production antérieure de Hothouse, comme exemple de son potentiel comique.

Diplômé de l’école de cinéma Mel Hoppenheim de Concordia, Louis Bodart a été acclamé pour son film d’étudiant À la rescousse de l’ours, qui a largement circulé dans le circuit des festivals, remportant nombre de prix, entre autres au Feel the Reel International Film Festival, au Short To the Point International Short Film Festival et au Festival international de cinéma et d’art Les Percéides.

« Le cinéma, ça se fait en équipe, même lorsqu’on travaille seul. On ne peut pas se passer des commentaires des gens au cours de la conception d’un film. Une variété de points de vue ne peut qu’améliorer le projet, le rendre plus fort. »

La 13e édition de Hothouse est produite par Maral Mohammadian et se déroule du 15 novembre 2021 au 18 février 2022.

Visionnez les oeuvres des années précédentes.

 

 

 

 

 

 

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