Forge fatale : Régler le compte des armes à feu illégales

Forge fatale : Régler le compte des armes à feu illégales

Forge fatale : Régler le compte des armes à feu illégales

Alors que le débat sur le contrôle des armes à feu fait rage et que des tragédies inconcevables se produisent à répétition tant aux États-Unis qu’au Canada, y compris la tuerie de masse qui a fait 22 victimes en Nouvelle-Écosse aux mains d’un homme muni de plusieurs armes à feu illégales, ce film frappe par son caractère actuel et pertinent.

Jason Young est un cinéaste primé. Il a scénarisé et réalisé des films pour l’ONF, la SRC et le Conseil des arts du Canada. Son film Forge fatale a été en nomination aux prix Écrans canadiens 2020 dans la catégorie Meilleur court métrage documentaire, et a été récemment présenté en ligne dans le cadre du Festival international du documentaire canadien Hot Docs 2020.

Forge fatale révèle le travail secret de John et Nancy Little, un couple de forgerons à la retraite établi dans une région rurale de la Nouvelle-Écosse, qui mène une vie en apparence paisible mais qui, en privé, s’acquitte de la tâche violente de détruire des armes illégales pour la police.

Au-delà de l’esthétique

Ces armes chauffées à blanc sorties d’une forge incandescente et martelées sans pitié sur l’enclume offrent des images extrêmement fortes — mais dont la valeur va bien au-delà de l’esthétique.

John et Nancy Little

Le suivi des armes illicites utilisées pour commettre des crimes — le fait de procéder à leur destruction en public — est considéré par les Nations Unies comme une mesure de confiance essentielle pour la société civile. Au Kenya, par exemple, les instances gouvernementales brûlent régulièrement d’énormes piles d’armes légères confisquées, devant les villageois qui ont été directement touchés par la violence armée. Au Brésil, on utilise parfois un rouleau compresseur pour écraser quantité d’armes illégales, à la vue de tous, dans les rues.

Lorsque j’ai appris que d’assister à la destruction d’armes illégales faisait du bien sur le plan psychologique aux victimes de la violence armée, j’ai su qu’il fallait faire ce film.

Au Canada, en vertu des lois, les armes illégales confisquées par la police doivent être détruites — mais cela s’est toujours fait à l’abri des regards. Le but principal de ce projet était de documenter la destruction des armes illicites et de présenter cette imagerie au public.

Globalement, notre société est devenue une victime de la violence armée. Ce film anti-armes à feu peut servir non seulement aux victimes immédiates de la violence armée en Nouvelle-Écosse, mais aussi à un public plus large touché par cette violence, au Canada comme à l’étranger.

Hybride documentaire-art

En réalisant ce projet, je voulais explorer la grave question du contrôle des armes à feu de façon plus abstraite et artistique que ce que l’on nous présente d’ordinaire dans les documentaires. J’ai toujours été fasciné par la juxtaposition d’images et de sons extérieurs qui interagissent pour évoquer de nouvelles idées et faire avancer l’histoire.

Forge fatale est une fenêtre qui s’ouvre sur un événement important plutôt qu’une histoire où l’on suit un personnage. En contraste avec le mode de vie enchanteur de John et Nancy Little et le calme qui se dégage de leur maison près de l’eau, nous avons l’imagerie fondamentalement violente de la destruction d’armes à feu illégales par ce couple âgé. À l’intérieur de leur forge, le monde est surréel et on peut entendre les bruits de la violence armée — appels au 911, répartiteurs de police, sirènes et chaos. Lorsqu’une arme est martelée sur l’enclume et détruite, les sons du crime qu’elles ont servi à commettre s’éteignent aussi — et, symboliquement, le crime lui-même.

L’utilisation des sons extérieurs était importante et elle avait un but, l’échange dynamique entre le son et l’image évoquant une idée simple, mais importante : la destruction d’armes illégales élimine leur utilisation potentielle dans des crimes futurs, et sauve donc des vies.

De facture hautement dramatique, sans dialogues ni narration, Forge fatale est à la fois un documentaire et un film d’art immersif portant un message particulier.

John et Nancy

John et Nancy Little sont des personnes remarquables qui vivent ensemble depuis 50 ans sur leur propriété isolée au bord de l’eau — « jamais à plus de 60 mètres l’un de l’autre » —, cultivent leurs légumes dans de grands potagers et pêchent ce dont ils ont besoin. John a construit une forge sur une paroi rocheuse et, pendant des décennies, il s’est consacré à la création d’œuvres d’art en métal et à la conception d’engins sonores.

Jason Young (Photo : Julia Young)

Les sculptures métalliques hors du commun de John produisent des sons inimitables et fournissent un élément important au film. Il y a quelques années, le compositeur Paul Frehner avait exploité le potentiel musical de certaines de ces sculptures en enregistrant une large palette de sons gutturaux graves et de sons métalliques aigus glaçants. Sa composition, Submerged Echoes, a inspiré la vision de ce film — sombre et dramatique — et, au bout du compte, cette musique métallique est devenue le principal axe sonore du film.

Au fil des années, John et Nancy ont croisé des gens qui ont eu besoin de leurs habiletés créatives. Leur aptitude à manier les marteaux et l’acier en fusion les a amenés à collaborer à divers projets avec des artistes, acteurs, musiciens, photographes, cinéastes, sans oublier… la police locale.

Au dire de John et Nancy, détruire secrètement un butin de plus de 400 armes de poing illégales qui ont été retirées des rues d’Halifax fut « un des meilleurs boulots que nous avons eus ! »


VISIONNEZ FORGE FATALE

Forge fatale, Jason Young, offert par l'Office national du film du Canada

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