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Le référendum de 1980 et la méthode Arcand | Perspective du conservateur

Le référendum de 1980 et la méthode Arcand | Perspective du conservateur

Le référendum de 1980 et la méthode Arcand | Perspective du conservateur

Il y a quarante ans, le 20 mai 1980 plus précisément, avait lieu le premier référendum sur la souveraineté du Québec. Le gouvernement du Parti québécois, alors dirigé par René Lévesque, veut obtenir un mandat pour négocier avec le gouvernement fédéral une entente de souveraineté-association.

La question, que plusieurs souverainistes jugent trop longue, molle, obscure, et que leurs adversaires ont tôt fait de qualifier de fallacieuse et de malhonnête, se limite à demander la permission de négocier avec le fédéral.

Une victoire du « oui », le lendemain du vote, ne signifierait donc pas pour le Québec une accession automatique à la souveraineté, mais annoncerait un second référendum, qui, lui, porterait sur le résultat de ces négociations avec le reste du Canada. Une démarche dite « étapiste », imaginée par Claude Morin, alors ministre des Affaires intergouvernementales dans le cabinet Lévesque. Près de soixante pour cent (59,56%) des votants diront « non » à la proposition.

René Lévesque (Image tirée du film Le confort et l’indifférence)

Le référendum de 1980 demeure, sans contredit, un événement marquant dans l’histoire politique du Québec. On peut dire qu’il a aussi pavé la voie à un deuxième référendum sur un projet de souveraineté, tenu en octobre 1995, rejeté, cette fois, par tout juste un peu plus de cinquante pourcent (50, 58%) des votants.

Afin de souligner le quarantième anniversaire de cette importante consultation populaire, j’aimerais revenir sur le documentaire de Denys Arcand Le confort et l’indifférence (1981), pour lequel j’ai une grande estime et qui occupe d’ailleurs la quatrième place de mon palmarès des dix meilleurs films de l’ONF! En 1982, le film recevait le prix L.-E.-Ouimet-Molson (aujourd’hui prix Luc-Perreault-AQCC), décerné par l’Association québécoise des critiques de cinéma et récompensant le meilleur long métrage québécois de l’année.

La méthode Arcand

Après avoir réalisé La maudite galette (1972), Réjeanne Padovani (1973) et Gina (1975), trois longs métrages de fiction tournés dans le privé, Arcand revient à l’ONF et au documentaire avec un film sur la campagne référendaire de 1980. Il se propose de suivre les principaux chefs des partis politiques dans leur campagne, ceux du « oui » comme du « non », et de recueillir, un peu partout au Québec, les commentaires et les réflexions des électeurs et électrices.

Mais pour le cinéaste, il ne s’agit pas de rapporter la parole recueillie au fil du tournage ni de nous montrer les événements tels qu’ils se présentent, avec le plus d’objectivité possible, à la manière du cinéma direct, mais bien d’en faire une analyse et d’en tirer des conclusions. Pour ce faire, il utilise des citations tirées du Prince de Nicolas Machiavel.

Le secrétaire de la chancellerie de Florence au XVe siècle, interprété de façon remarquable par le comédien Jean-Pierre Ronfard, confortablement installé en haut d’une tour de bureaux à Montréal, commente avec détachement et d’un regard amusé les tactiques du camp du « non », les rêves et les espoirs de celui du « oui », et le résultat du vote.

Chronique d’une défaite annoncée

Le confort et l’indifférence n’est pas un pamphlet souverainiste dénonçant, comme plusieurs l’ont cru, le sort injuste réservé aux tenants du « oui » et les préoccupations bassement matérielles de ceux du « non ».

Le film est le récit d’une bataille perdue d’avance, d’un projet voué à l’échec parce que trop ambigu, voire contradictoire (souveraineté-association), avec une question interminable, floue, et une démarche en étapes. Un projet qui veut changer les choses, tout en promettant de ne rien changer le lendemain d’un vote pour le « oui »!

Il est aussi le récit de l’éternelle défaite des faibles (le gouvernement québécois, sans appui, sans pouvoir réel, sans armée) face aux forts (le gouvernement fédéral qui bénéficie du soutien de l’Empire britannique, de son armée et qui dispose quasiment de tous les pouvoirs). Le documentaire d’Arcand est aussi un regard lucide sur une société qui ne voit pas la nécessité de changer les choses, qui ne veut pas risquer de perdre ce qu’elle a, qui estime trop difficile, voire impossible un changement de statut politique, et qui se complaît dans le confort et l’indifférence.

Je vous invite à voir ou à revoir ce documentaire important de l’un de nos plus grands cinéastes, qui nous rappelle, comme le souligne la citation tirée de L’archipel du goulag de Soljenitsyne, à la fin du film, que les sociétés mettent beaucoup de temps à changer, qu’elles avancent à la vitesse des glaciers.

Visionnez Le confort et l’indifférence :

Le confort et l’indifférence, Denys Arcand, offert par l’Office national du film du Canada

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