#MonONF : Le confort et La bête lumineuse

#MonONF : Le confort et La bête lumineuse

#MonONF : Le confort et La bête lumineuse

Il y a certes de ces œuvres phares qui marquent l’imaginaire cinématographique collectif autant national que mondial, mais plus rares sont celles qui touchent, qui frappent aussi personnellement l’individu comme l’a fait mon film préféré: La bête lumineuse de Pierre Perrault.

#monONF | Cet été, nous vous avons lancé un appel de textes. Vous avez été nombreux à nous témoigner votre attachement aux œuvres de l’ONF. Vous pouvez accéder à tous les textes ici.

Cette œuvre canonique du cinéma documentaire québécois est entrée dans ma vie par surprise il y a moins de quatre ans. Cette surprise provient du fait qu’on ne s’attend pas a priori à se voir ému, bousculé par un long métrage de 1982 portant sur la chasse à l’orignal.

Je ne suis pas chasseur et je n’ai même jamais mis les pieds dans un chalet en bois rond de Maniwaki. « Je ne fais pas partie du club », comme le dit si bien dans le film le poète Stéphane-Albert Boulais, lui-même étranger à cet univers débordant de rudesse, de froideur, de masculinité parfois toxique, parfois corrosive, mais d’où émane une chaleur singulière. C’est cela, une des plus grandes beautés du cinéma.

De rapprocher des réalités différentes, de faire partager à certains une expérience vécue par d’autres. Ressemblant à certains égards à celui de son homologue français Jean Rouch, l’œil quasi ethnographique, anthropologique de Pierre Perrault est idéal pour ce genre de partage du vécu par le cinéma. Perrault décrivait d’ailleurs son travail comme un « cinéma du vécu ».

La bête lumineuse, Pierre Perrault, offert par l'Office national du film du Canada

Pour moi, La bête lumineuse signifie exactement cela : c’est une œuvre qui m’a et ne cesse de m’immiscer dans cette réalité unique, cette métaphore déstabilisante et représentative de l’essence de l’âme québécoise.

À chaque visionnement, je regagne ce vieux shack, surnommé le « michomiche », qui doit sans doute exhaler une délicate odeur de tabac, de rhum blanc, de vin bon marché, de vomissure, de vaisselle crasseuse, de foie d’orignal cuit amoureusement, mêlée à celle de la douce cuisine traditionnelle et sans artifice de Bernard L’Heureux, chasseur passionné et chef de profession, idolâtré, chanté et louangé avec un amour brûlant par notre poète maladroit Stéphane-Albert.

Cette atmosphère marginale m’évoque une certaine chaleur, un confort que je retrouve jubilatoirement à chaque nouveau séjour devant mon petit téléviseur, comme des retrouvailles familiales annuelles autour d’une table pleine et conviviale à Noël.

Ce film m’a frappé de plein fouet, telle la balle du canon froid d’un chasseur émérite ou même la flèche d’un archer qui cherche l’érotisme dans son geste. Il atteint sa cible dans tous les cas. La bête lumineuse est une lettre d’amour à ce sport tordu, cet art primitif dépassé, mais poétique qu’est la chasse, à notre Québec de chez nous et à la complexité de l’être humain, de l’homme avec un grand H dans tous ses excès et toute sa dureté.

Ce chef-d’œuvre de Pierre Perrault a donné naissance à mon amour sans bornes pour le cinéma documentaire, à mon amour pour l’humain dans toute sa démesure et sa luminosité. Un film d’une rare beauté dont on sort enrichi, touché et changé à jamais.

Jérémy Poirier

Jérémy Poirier est un grand passionné de cinéma et d’écriture. Il témoigne un amour passionné envers le cinéma documentaire qui parle de l’humain et plus particulièrement envers la légendaire filmographie du cinéaste québécois Pierre Perrault, qui l’a, par le fait même, initié aux merveilles de l’ONF. Étudiant au baccalauréat en écriture de scénario et création littéraire à l’Université de Montréal, il entreprend sous peu des études en anthropologie.

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