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Théâtre de la vie : le goût d’aider

Théâtre de la vie : le goût d’aider

Théâtre de la vie : le goût d’aider

Théâtre de la vie (Bande-annonce), Peter Svatek, offert par l’Office national du film du Canada

Dans Théâtre de la vie, réalisé par le Montréalais Peter Svatek, nous suivons Massimo Bottura, chef du Osteria Francescana (sacré meilleur table au monde en 2016), alors qu’il cuisine pour le Refettorio Ambrosiano. Il s’agit d’une soupe populaire italienne qu’il a cofondée en utilisant les surplus alimentaires de l’Exposition universelle. Le Refeterrio prépare des repas de qualité aux personnes les plus marginalisées de la société, dans une optique aussi inclusive que gourmande.

TOL - Bouffe

À première vue, on pourrait avancer que deux mondes se rencontrent : d’un côté, celui des chefs étoilés, chouchous des élites qui viennent manger dans leurs restaurants, et de l’autre, celui des plus démunis, des marginalisés n’ayant souvent pas les moyens ou les ressources pour s’alimenter ainsi sur une base quotidienne.

Cependant, comme tout ce qu’on retrouve dans ce film, la réalité est plus profonde que cette seule dualité. Ce qu’on déterre, via la solidarité, c’est une quantité infinie de réalités qui se rencontrent dans la cuisine ou à table. Des chefs étoilés du monde entier participent à cet effort à la fois noble et festif. John Winter-Russels, du restaurant Candide à Montréal, et Jeremy Charles de Raymonds à Terre-Neuve, préparent des repas ensemble en fouillant dans la salle d’entreposage du restaurant, le tout dans une bienveillance informelle assez emballante.

TOL - Chefs canadiens

Nous avons droit à de nombreux moments forts quand la caméra se concentre sur les intervenants, qui viennent trouver réconfort et nourriture au Refettorio. Stefi raconte que les étoiles sont ses couvertures tandis qu’un métro hurle au passage. Marco, un guitariste sur une chaise roulante, chante Like a Rolling Stone en italien. Giorgio, un ex-toxicomane, livre un témoignage percutant sur la différence entre l’espoir et le geste en pleine rencontre de groupe de soutien. Fatou, une Sénégalaise en chaise roulante également, raconte sa résilience lors d’une performance dans un centre de refuge pour femmes.

TOL - Stefi Ma maison ma peau

TOL - Vieille madame raciste

Réfugiés, Italiennes, chrétiens, musulmanes, maghrébins, Africaines, travailleurs, chômeurs et retraitées se retrouvent assis autour des mêmes tables, les multiples dynamiques d’oppression dont ils héritent se joignant très rapidement à eux. Différents, aux visions du monde carrément divergentes, mais nourris, tous et chacun.

Ces scènes s’accumulent et nous illustrent la simplicité inhérente de l’acte généreux. Une fois que nous sommes ouverts à l’humanité de l’autre, comment lui refuser une place à notre table? Une fois assis en groupe devant un bon repas, qu’y a-t-il d’autre à faire que de se régaler pendant un moment? « Nous ne cherchons pas à changer leurs vies », raconte une des chefs. Massimo exprime son accord frénétiquement. Le chef Alain Ducasse, qui vient de faire une petite tirade jouissive contre le sucre dans la cuisine il y a quelques minutes, conclut : « On leur donne peut-être deux heures de bonheur dans la journée. » L’essence de la mission.

Nourrir, c’est bien, mais manger est au centre de toute société et de toute culture. Nos choix alimentaires affectent notre santé, notre qualité de vie, notre environnement et nos rapports au territoire et aux autres. Et certes, il faut manger pour vivre, mais les chefs ne se trompent pas quand ils admettent avec une certaine lucidité qu’ils ne changeront pas la vie de leurs habitués. Certains d’entre eux sont pris dans des cycles contre-productifs qu’ils entretiennent rigoureusement, à force d’habitude. On constate qu’une émancipation est possible, mais qu’il faut parfois des encadrements additionnels, voire une compassion universalisée.

TOL - Massimo Éthique

De tels élans de générosité semblent proposer des alternatives nécessaires à l’Austérité, qui coupe les rapports potentiellement nourriciers ou soignants de l’État, puisque ceux-ci ne sont pas assez rentables. Mais il y a des structures, à petites échelles, qui viennent donner espoir en l’humanité. Ce n’est pas l’entreprise, ce n’est pas l’État, c’est la communauté.

À table.

Théâtre de la vie sera projeté au Cinéma Beaubien, à Montréal, et au Cinéma Cartier, à Québec, à partir du 23 décembre 2016. La version originale anglaise, Theater of Life, sera présentée au Cinéma du Parc.

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