L’ONF s’engage à respecter votre vie privée

Nous utilisons des témoins de navigation afin d’assurer le bon fonctionnement du site, ainsi qu’à des fins publicitaires.

Si vous ne souhaitez pas que vos informations soient utilisées de cette manière, vous pouvez modifier les paramètres de votre navigateur avant de poursuivre votre visite.

En savoir plus
RVCQ : Jacques Leduc revisite la série Chronique de la vie quotidienne

RVCQ : Jacques Leduc revisite la série Chronique de la vie quotidienne

RVCQ : Jacques Leduc revisite la série Chronique de la vie quotidienne

Dimanche dernier, à l’occasion des Rendez-vous du cinéma québécois, la Coop Vidéo de Montréal a célébré son 35e anniversaire lors d’un 5 à 7 à la Cinémathèque québécoise.

Pour l’occasion, les membres de la Coop ont convié les cinéphiles à un tête-à-tête avec un incontournable de notre cinéma, le cinéaste Jacques Leduc, réalisateur de la série Chronique de la vie quotidienne. Ils ont aussi présenté au public une sélection de films de cette série, produite par l’ONF dans les années 1970.

Animé par Georges Privet, cette rencontre rassemblait sur scène les cinéastes Jacques Leduc (invité d’honneur), Louis Bélanger (cinéaste et membre de la Coop Vidéo), Robert Morin (cinéaste et membre fondateur de la Coop Vidéo) et Pierre Letarte. Quatre cinéastes de deux générations : les maîtres (Leduc, Letarte) et leurs successeurs (Morin, Bélanger). Ces derniers nous ont d’ailleurs dit avoir eu de la difficulté à se tailler une place dans le milieu du cinéma à la fin de leurs études, « les postes étaient tous pris par vous autres », leur a gentiment rappelé Robert Morin. « Moi, (Pierre) Falardeau et les autres cinéastes qui ont à peu près 60 ans aujourd’hui, on n’avait pas de job. C’est pour cela qu’on s’est retournés vers la vidéo. »

Selon le réalisateur de Journal d’un coopérant, la série Chronique de la vie quotidienne est celle qui représente le mieux son époque. « Elle ne fait pas de jugements. Certains films portent un regard humoristique sur certaines situations, mais ils ne sont jamais condescendants envers la classe inférieure. Ces films ont beaucoup de mérite selon moi », nous a confié Morin.

De gauche à droite : Robert Morin, Pierre letarte, Jacques Leduc, Georges Privet et Louis Bélanger.

Pour Jacques Leduc, il était déconcertant de revoir son travail sur grand écran. « Il y a des plans que je trouve trop longs », nous a-t-il avoué. Pour le cinéaste septuagénaire, cette série a une valeur d’archive : « On pourrait revoir ces films dans 50 ans et je suis certain que le temps ne gratterait pas trop dessus », a-t-il admis.

Ce projet a d’abord et avant tout été un travail collectif ou « un travail de camarades », comme l’a décrit Leduc. « Nous avions tous le même point de vue et la même nostalgie du cinéma direct des années 1960 au moment de tourner ces films. »

Pour Louis Bélanger, cet esprit de collégialité est ce qui caractérise encore la Coop Vidéo aujourd’hui. « Les cinéastes ouvrent l’armoire de la Coop, prennent l’équipement qui s’y trouve et sortent dehors filmer. S’ils sont chanceux, ils pourront en faire quelque chose par la suite », a raconté le cinéaste de Gaz Bar Blues. « Nous voulons d’abord être témoins de ce qui nous entourent. Personnellement, c’est ce qui me donne le goût de faire du cinéma », nous a-t-il confié.

Mardi : « Un jour anonyme », Jacques Leduc, Jean-Guy Noël et Jean Chabot, offert par l’Office national du film du Canada

La série Chronique de la vie quotidienne était un travail d’équipe dès le départ. « Ce n’est pas moi qui ait eu l’idée de faire ce film», a confessé Leduc. « Ce sont les deux Pierre (Pierre Letarte et Pierre Bernier) qui l’ont eu en buvant leur bière à la taverne du coin », a-t-il ajouté. Trouvant que les situations de la vie courante n’étaient pas assez souvent enregistrées, les deux hommes ont eu l’idée de porter leur caméra sur le monde. « C’est pour cette raison que nous avons tourné de longs plans : pour laisser la chance aux choses de se manifester », a expliqué Pierre Letarte. « Ensuite, nous avons mis Jacques sur la sellette et il a approché l’Office national du film du Canada pour obtenir du financement », a poursuivi le réalisateur d’Un travail comme les autres.

Jacques Leduc a soumis un projet de film d’une durée de six heures, tout en demandant un budget inférieur à celui normalement alloué aux films courants. C’était au début des années 1970 et les cinéastes jouissaient d’une grande liberté. La plupart des sujets couverts étaient d’ailleurs improvisés. « J’ouvrais le Journal de Montréal le matin et je m’inspirais des différentes rubriques », a admis le réalisateur. Même si la plupart des plans de la série était improvisés, le projet demeure très cinématographique. Certaines mises en scènes ont même été planifiées. C’est le cas de la scène avec les chats dans le dernier film de la série Le plan sentimental.

Le plan sentimental, Jacques Leduc, offert par l’Office national du film du Canada

Un des sujets de conversation qui est revenu souvent dimanche dernier est à quel point les choses ont changé depuis les 40 dernières années. À l’époque, la proposition du projet de film faisait une page et demi. Aujourd’hui, les cinéastes croulent sous la paperasse, même lorsqu’il s’agit d’un court métrage. Bref, le même film ne pourrait pas se faire de la même manière en 2012. « En 1973-1974, on pouvait filmer les gens dans la rue sans leur faire signer de releases (contrats) », nous a expliqué Leduc. « On a perdu certaines libertés avec le temps, même si on en a gagné d’autres avec nos équipements moins coûteux et nos appareils sans pellicule. »

Louis Bélanger, qui fait surtout de la fiction depuis quelques années, essaie dans ses films de recréer la réalité si bien captée par les films de Jacques Leduc. « Quand je regarde les films de Jacques, j’ai l’impression de voir la vraie vie, alors j’essaie de reproduire cette réalité dans mes films de fiction », nous a-t-il confié.

Pour Robert Morin, cette série est le dernier grand projet de cinéma direct au Québec. « Même s’il y en a eu d’autres par la suite, celui-ci demeure très particulier », croit-il. « Contrairement aux films de Brault ou de Perrault, qui suivent une certaine ligne narrative, les chroniques ne tentent pas d’arranger la réalité au service du film », avance le cinéaste. « Elles sont politiques et elles sont au cœur de la vie, sans porter de jugement et sans essayer de la modifier. »

Vendredi : « Les chars », Jacques Leduc, offert par l’Office national du film du Canada

En tout, Jacques Leduc et le monteur Alain Sauvé ont pris un an et demi à monter le projet, qui fait 4 heures et 40 minutes lorsqu’on joint tous les films ensembles. « Tout le matériel était classé par thème : un film sur la rue Panet, un autre sur l’alimentation, un autre sur les loisirs, etc. », a expliqué le réalisateur. « Jacques Bobet, le producteur du film à l’ONF, a été extraordinaire. Il nous a aidés à nous donner des lignes directrices, ce qui nous a permis d’avancer beaucoup plus vite au montage. »

N’empêche, à la fin du premier montage, le projet faisait 35 heures. Un film d’une longueur monumentale que l’équipe de tournage a été invitée à visionner au complet dans le sous-sol de l’ONF. Une fois le montage terminé, la série faisait 4 heures et 30 minutes. Elle n’a été présentée que deux fois, une première fois dans son intégralité au Théâtre Outremont et une deuxième fois à la Cinémathèque québécoise, en deux projections.

Un des rêves de Robert Morin et de Louis Bélanger serait de réussir à refaire l’expérience (de filmer la vie quotidienne) à tous les 30 ans. « Qu’est-ce qui vous en empêche? », a aussitôt demandé Jacques Leduc. Et les deux cinéastes de répondre en cœur : « L’ARGENT! »

***

Visionnez tous les films de la série Chronique de la vie quotidienne

Ajouter un commentaire
  1. Je tiens à vous signaler qu’une erreur s’est glissée dans le 3e avant-dernier paragraphe:
    Le nom du monteur n’est pas Yves Sauvé mais ALAIN SAUVÉ.

    — Alain Sauvé,
    1. Mon erreur. J’ai attrapé le nom au vol dimanche soir. Je vais modifier l’info tout de suite. Merci beaucoup! Catherine

      — Catherine Perreault,

Commenter