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En ce temps-là: le documentaire pour se réconcilier avec le passé

Cet article a été rédigé par le cinéaste Donald McWilliams et réalisateur du film En ce temps-là

En ce temps-là : souvenirs des derniers jours de la colonie du Kenya, Donald McWilliams, offert par l’Office national du film du Canada

Le 1er juin, les Kenyans du monde entier célèbrent la fête de Madaraka. Ils commémorent ainsi ce jour de 1961 où le Kenya a obtenu son autonomie de la Grande-Bretagne. Deux ans plus tard, le Kenya accédait à sa pleine indépendance. En reconnaissance de la fête de Madaraka, l’ONF affiche sur le site ONF.ca le film que j’ai achevé depuis peu, soit En ce temps-là : souvenirs des derniers jours de la colonie du Kenya.

Né en 1935 au sein de la classe ouvrière anglaise  –  le chemin de fer, le chantier maritime, la mine – je suis de cette génération qui s’est mise à émerger grâce à l’éducation. J’ai d’ailleurs bénéficié d’une bourse qui m’a ouvert les portes d’une école jésuite. Profondément déchiré entre mes origines et l’éducation élitiste que je recevais, je réussissais mal en classe. Quoi qu’il en soit, je me suis hissé jusqu’à la classe moyenne et j’en porte encore aujourd’hui la culpabilité. J’ai le sentiment d’avoir perdu quelque chose d’authentique.

Mais les Britanniques sont des maîtres de l’assimilation : c’est là l’une des caractéristiques de l’Empire. Enfant, je croyais que l’Empire était une bonne chose – une expression du White Man’s Burden. Puis, recruté par l’armée, j’ai été affecté au Kenya de 1954 à 1956. C’était l’époque des Mau-Mau et j’allais vivre l’aventure africaine. Or, je me suis trouvé devant l’apartheid à la Britannique. Durant dix-huit mois, ma méfiance à l’égard des valeurs de la classe dirigeante britannique a alimenté en moi le conflit avec mes origines modestes. Petit à petit, je me suis mis à m’interroger sur les scènes auxquelles j’assistais. Ce questionnement a atteint son apogée le jour maudit où j’ai pris part à un combat contre une bande mau-mau.

Une fois démobilisé, j’ai émigré au Canada, enterré le passé et vécu sur cette merveilleuse terre d’accueil. Toutefois, avec l’âge, est né le besoin d’affronter ce que j’avais été, de retrouver ce qu’il restait de ce jeune soldat et d’apprendre l’histoire de la colonie du Kenya dont je ne connaissais toujours rien. J’ai donc fait ce film.

La Kenya Land Freedom Army, mieux connue sous le nom d’armée mau-mau, a été le fer de lance de la lutte pour l’indépendance. Des milliers de troupes britanniques ont collaboré pour étouffer le soulèvement. On a dépeint les rebelles comme des sauvages qui cherchaient à contrecarrer la poussée civilisatrice des colons britanniques. En réalité, le conflit a éclaté en raison d’un ressentiment qui couvait depuis longtemps chez les Kikuyus, auxquels les colons anglais avaient confisqué de vastes terres de culture. Comme dans toute guerre de libération, des atrocités ont été commises dans les deux camps, mais les Africains ont accusé des pertes nettement plus lourdes que celles des Européens.

J’ai tenté de mener sans flancher cette enquête à mon propre sujet, parce que j’estime avoir d’importantes leçons à partager. Les jeunes continuent de s’abreuver de mythes et de demi-vérités quant à la situation des autres parties du monde et aux guerres que nous continuons de soutenir. La vie n’est pas un film d’Hollywood. Et ceux qui montent au front souffrent de traumatismes et de culpabilité.

Malgré le caractère sombre de mon récit, je présente le Kenya dans toute cette splendeur qui avait ému le jeune soldat que j’étais dans les années 1950. En ce temps-là : souvenirs des derniers jours de la colonie du Kenya est un essai cinématographique constitué d’images personnelles et d’archives, d’écrits officiels et personnels, de séquences animées, de diapositives sur verre retrouvées, de chants kikuyu, ainsi que de la mythologie de la création et de témoignages personnels de trois autres personnes dont l’expérience recoupe celle du narrateur.

Mwaria Njuma, qui s’est joint aux Mau-Mau pour reconquérir le droit de citoyenneté des Kenyans, relate le détail de la lutte sur le terrain – à titre de combattant de la liberté en forêt, de prisonnier des camps de détention britanniques et de héros oublié par un pays pressé de passer à autre chose. L’avocat Achrroo Kapila, défenseur de Jomo Kenyatta et de centaines de Mau-Mau au cours de la rébellion, décrit ses luttes pour la justice ainsi que ses réalités quotidiennes en tant que membre de la minorité asiatique de l’époque. John Nottingham, agent de district britannique accusé d’avoir nourri des intentions de contre-insurrection de 1952 à 1962, raconte sa propre transformation au moment où ses affinités pour la cause africaine le taraudent. Aujourd’hui devenu un loyal kenyan, il a épousé une Kikuyu et vit à Nairobi, où il publie en qualité d’éditeur les écrits d’auteurs africains.

Je clos avec En ce temps-là la trilogie autobiographique qui comprend aussi The Passerby et La cinquième province, trois films dans lesquels je me suis efforcé de voir au-delà de la surface des choses.

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