D’où je viens | Retour aux origines avec Claude Demers

Films

Lorsque Claude Demers a quitté le quartier de Verdun vers l’âge de 18 ans, c’était pour ne plus jamais y revenir. Les années ont passé. Après avoir exploré la figure paternelle dans Barbiers – Une histoire d’hommes, et celle de sa mère à travers Les dames en bleu, le cinéaste retourne dans le quartier de son enfance avec D’où je viens, son plus récent documentaire. Il vient clore ainsi sa trilogie sur la famille.

D'où je viens, Claude Demers, offert par l'Office national du film du Canada

Vous pouvez désormais visionner le film en location en cliquant ici.

En suivant le parcours de Bastien et de Cédric, deux jeunes garçons de Verdun en âge de découvrir le monde, le cinéaste nous présente le récit fragmenté de son enfance.

Tournée à Verdun où le réalisateur a grandi, cette chronique nous entraîne à son école primaire, dans les ruelles, dans les églises de différentes confessions, sur les rives du Fleuve, dans un Dunkin Donuts, refuge des laissés-pour-compte, à la rencontre de personnages attachants qui colorent la Ville d’aujourd’hui. Au fil du récit, c’est un quartier lumineux qui prend vie, porté par une collection de souvenirs, d’observations et de réflexions qui nous permettent de redécouvrir le quartier autrement.

Bien vite, cette quête identitaire, au départ très personnelle, devient peu à peu universelle. Une histoire d’origine qui nous concerne tous. Celle de la naissance, de l’existence et de la fin inéluctable qui nous attend.

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Claude Demers retrace le point de départ de cette trilogie à deux événements importants : la rencontre de sa mère biologique il y a 9 ans, après 16 ans de recherche, et le souci de prendre soin de ses parents adoptifs malades.

Confronté à la fragilité de la vie, j’ai ressenti la nécessité de faire un cinéma plus près des gens. Après avoir rendu hommage à mon père et ma mère biologiques dans mes films précédents, il fallait que j’explore mes propres racines, mon enfance. 

Par où commencer? Durant trois mois, il a loué un appartement à Verdun (il vit dans le Mile-End) pour trouver l’inspiration et replonger dans l’atmosphère de son ancien quartier. C’est ainsi qu’il a rencontré certains des personnages.

Je tiens d’abord à développer des rapports humains avec mes personnages, saisir leur énergie.

C.Demers & Cédric Joyal1

C’est aussi au cours de ce séjour qu’il a noirci 50 pages de souvenirs dans un cahier. Et de là, 5 thématiques se sont dessinées : l’enfance, le territoire et notre relation à la nature, la parole, la foi et la lutte. Le film s’est articulé autour de ces lignes directrices.

Je revenais toujours au Fleuve. Le Fleuve conduit à la mer et la mer, c’est l’ouverture sur le monde. 

Au-delà de cette incursion dans l’enfance, D’où je viens questionne le rapport aux origines, que celles-ci soient familiales, sociales, géographiques ou imaginaires. Le Saint-Laurent est montré dans toute sa splendeur par des vues aériennes qui appellent à voir plus grand que soi. 15_saut_à_leauSes rives accueillent des pêcheurs, de jeunes enfants et d’inoubliables chasseurs de bernaches. Une frontière toujours en mouvement qui délimite le territoire, mais aussi qui promet des horizons plus libres.

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Car Verdun, c’est aussi une histoire de résistance, d’émancipation et de lutte contre la pauvreté. Un quartier dont l’identité se transforme par l’embourgeoisement galopant. Une lutte également partagée par le cinéaste pour retrouver son passé et s’en émanciper par l’art.

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L’art est une façon de s’élever au-dessus de la misère, de voir le monde autrement. 

En d’autres mots, le film n’est pas un documentaire typique sur une ville et son histoire, mais plutôt une réflexion sur la fragilité de l’identité et sur notre place dans l’univers. En allant à la rencontre des Verdunois et en renouant avec sa propre enfance à travers eux, le cinéaste a réussi le pari de signer un magnifique essai documentaire, alliant le réalisme du cinéma direct au lyrisme, pour sonder le mystère de ses origines.

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C’est une recherche pour saisir le sens profond de la destinée humaine aux prises avec ses ennemis de toujours, le temps, l’espace, la douleur, la mort – et, peut-être surtout, l’inintelligibilité des conflits qui opposent l’homme à lui-même, l’homme à l’univers [1].

Le film se conclut sur cet appel à la solidarité :

Je suis là, et nous ne sommes pas seuls. 

D'où je viens – (Bande-annonce), Claude Demers, offert par l'Office national du film du Canada

[1] Henri Fluchère, dans sa préface à Henri Miller