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Faire campagne

Films

Au cours des dernières semaines, nous vous avons proposé à la une d’ONF.ca, avec le déclenchement des élections, des films autour du thème de la campagne électorale (Chers électeurs de Manuel Foglia et le projet interactif Le poids d’une voix). Cette semaine, c’est au tour de Québec, Duplessis et après… (1972), le fascinant essai documentaire de Denys Arcand, de faire la une.

À la fin des années 1960, le producteur Pierre Maheu lance l’idée de produire quatre films documentaires sur quatre grandes figures emblématiques du Québec de l’époque : le Frère André, Maurice Richard, Willie Lamothe et Maurice Duplessis. Les quatre projets se concrétiseront et deviendront respectivement On est loin du soleil (1970) de Jacques Leduc, la seule fiction de la série, Peut-être Maurice Richard (1971) de Gilles Gascon, Je chante à cheval avec Willie Lamothe (1971) de Paul Larose, qui sera le producteur des quatre films, et Québec, Duplessis et après… (1972) de Denys Arcand.

Pierre Maheu, intellectuel et cofondateur de la revue Parti pris, une publication politique et culturelle de gauche, publiée de 1963 à 1968, qui jouera un rôle important au niveau politique et social dans le Québec de la Révolution tranquille, approche Denys Arcand afin qu’il réalise le film sur Duplessis. Maheu connait bien le cinéaste, puisque ce dernier a collaboré à Parti pris. Arcand accepte de travailler sur le projet, mais propose une approche différente de celle imaginée par son producteur. Plutôt que de réaliser un film historique sur le personnage, qui de toute façon serait difficile à faire à cause du nombre limité d’archives filmées, le cinéaste juge qu’il serait plus intéressant de faire connaître Duplessis à travers le débat politique contemporain (celui du début des années 1970) et, inversement, utiliser Duplessis pour mieux faire comprendre le débat politique actuel.

Il se propose donc de suivre la campagne électorale au Québec au printemps 1970, où pour la première fois un parti nationaliste de gauche, le Parti québécois, offre une alternative au nationalisme plus conservateur de l’Union nationale et au fédéralisme du Parti libéral. La thèse d’Arcand est simple mais brillante : les discours des libéraux, des péquistes, des créditistes et de la nouvelle Union nationale ne sont en fait que des parties de la pensée de Duplessis. Le duplessisme ratisse large et on le retrouve dans chaque courant d’idées, dans chaque parti politique au Québec. Il couvre un si vaste horizon politique que personne ne peut vraiment en sortir. C’est ce qui explique, selon Arcand, la longévité de celui qu’on surnommait le chef. Il faut rappeler que Maurice Duplessis sera premier ministre du Québec de 1936 à 1939 et de 1944 à 1959; un règne, jusqu’ici inégalé, de 18 ans de pouvoir!

À l’aide d’archives visuelles et sonores sur Duplessis, d’extraits du Catéchisme de l’électeur, issu du programme de l’Union nationale de 1936, interprétés par la comédienne Gisèle Trépanier, de passages du rapport Durham, lus par le cinéaste Robin Spry, et d’images de discours et d’entrevues des principaux chefs de partis (René Lévesque du Parti québécois, Robert Bourassa du Parti libéral et Réal Caouette du Crédit social), et de quelques candidats des comtés de Maisonneuve à Montréal, de Joliette et de Portneuf, Arcand s’applique à démontrer sa thèse. Passionnant pendant les 114 minutes que dure le film, Québec, Duplessis et après… fait l’étonnante démonstration que, malgré la Révolution tranquille, le discours politique n’a pas véritablement changé et que Maurice Duplessis est encore bien vivant!

Les trois points de suspension à la fin du titre du film suggèrent que la réflexion peut se poursuivre ou, du moins, nous invite à nous demander ce qui en est aujourd’hui. Y a-t-il encore, dans le débat politique actuel, des traces de la pensée de Duplessis? Je vous laisse répondre à cette question. Mais force est d’admettre que certains éléments et thèmes de la campagne de 1970, bien que le contexte social et politique de l’époque soit fort différent (luttes sociales, montée du nationalisme, aube de la crise d’octobre), sont toujours présents aujourd’hui. Nous n’avons qu’à penser à l’apparition de nouveaux partis politiques, aux allégations de corruption, au débat sur la prépondérance de l’ordre public sur le droit de manifester, aux polémiques autour de la question des valeurs traditionnelles québécoises (crucifix ou non à l’Assemblée nationale, ça vous rappelle quelque chose?) et à la question de l’endettement et du taux de taxation.

En terminant, je vous propose quelques morceaux choisis si jamais vous n’avez pas le temps de voir le film au complet.

  • Le discours de Claude Charon, candidat péquiste (8 min 08 s à 10 min 55 s)
  • Une assemblée de cuisine (49 min 37 s)
  • Guy Pelletier, candidat péquiste dans Portneuf, sur la corruption (64 min 01 s à 68 min 24 s))
  • Réal Caouette et le bon Dieu dans les écoles (78 min 19 s à 79 min 22 s)
  • Le discours de Pierre Roy, candidat de l’Union nationale dans Joliette (78 min 23 s à 80 min 34 s)

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