Le Cadet Rousselle de Jean Dallaire

Films

Cette semaine, à la une d’ONF.ca, nous vous présentons le film Félix Leclerc chante Cadet Rousselle sur lequel il vaut la peine de s’attarder. Ce petit bijou d’animation réunit le talent de deux artistes exceptionnels : Félix Leclerc et le peintre Jean Dallaire. Le premier n’a certes pas besoin de présentation, mais le deuxième reste méconnu du grand public.

Le jeune Dallaire

Jean-Philippe Dallaire naît le 9 juin 1916 à Gatineau. Dès son jeune âge, il se passionne pour le dessin et fait ses premières tentatives de peinture. Son talent est remarqué, mais ses parents n’ont pas les moyens de l’envoyer dans une école de beaux-arts. En 1935, avec l’aide de quelques amis qui croient en son talent, il réussit à amasser assez d’argent pour se payer des études de dessin et de peinture à Toronto. Il n’y restera que quelques mois. De retour à Gatineau, il continue à peindre, mais vit dans la misère et la pauvreté. C’est à ce moment qu’il fait la rencontre du père Lévesque, qui devient son protecteur. Le jeune homme se voit offrir gîte, nourriture et atelier de travail. Le père Lévesque reconnaît le talent exceptionnel du jeune Dallaire et projette de l’envoyer dans une grande capitale artistique comme Paris ou Rome afin que puisse s’y épanouir son talent. Dallaire obtiendra finalement une bourse du gouvernement du Québec pour étudier l’art en France.

Une vie mouvementée

Dallaire arrive à Paris en octobre 1938. Il peint, suit des cours dans des ateliers de peinture afin de parfaire sa formation et fréquente plusieurs peintres. En 1939, la guerre éclate et il est obligé de rentrer au Canada. Mais le paquebot sur lequel il doit s’embarquer est coulé dans le port de La Rochelle. Il est donc forcé de rester. Le 14 juin 1940, l’armée allemande entre à Paris. Le 17 octobre de la même année, Jean Dallaire est arrêté et envoyé au camp des internés britanniques à Saint-Denis en banlieue de Paris. Il y sera détenu jusqu’à la libération en août 1944. De retour à Gatineau à l’automne 1945, il décroche un poste de professeur à l’École des beaux-arts de Québec. Il y restera jusqu’en 1952.

Dallaire à l’ONF

En juin 1952, il s’installe à Ottawa. Marié, père de famille et sans le sou, Dallaire est dans une situation difficile. Il présente alors une exposition de l’ensemble de ses œuvres au Foyer de l’art du livre, rue Sussex à Ottawa, dans l’espoir d’attirer l’attention. Pierre Daviault, alors membre de la Société royale du Canada, rédige un article dans La nouvelle revue canadienne, où il fait l’éloge de l’exposition. À la suite de cet article, Dallaire rencontre Daviault et lui fait part de ses ennuis financiers. Daviault est sensible à la situation du peintre et évoque la possibilité d’une bourse de la Société royale du Canada ou d’un emploi comme illustrateur et dessinateur dans un des nombreux organismes du gouvernement canadien à Ottawa. C’est ainsi que le 25 août 1952 Jean Dallaire est engagé à l’ONF.

Illustrations sur films fixes

Pendant près de six ans, il travaille à l’illustration de films fixes. Ce type de films, maintenant disparu et remplacé par la vidéocassette dans les années 1970, était destiné au secteur éducatif. Les films fixes étaient composés de rouleaux de pellicule photographique positive que l’on projetait, une image à la fois. Ils étaient constitués de photographies ou d’illustrations, accompagnées de textes. L’ancêtre de la diapositive, quoi! En 1955, Dallaire réalise les illustrations de Cadet Rousselle. Il consacre ensuite ses efforts à la série Histoire du Canada, qui propose une vue d’ensemble des hommes et des événements qui ont façonné l’histoire du pays sous le régime français : Jacques Cartier (1956), La Vérendrye (1957), Jean Talon (1960), Samuel de Champlain (1963). Dallaire quitte l’ONF le 7 juin 1958 afin de se consacrer à temps plein à son travail de peintre, laissant derrière lui pas moins de 1000 illustrations et dessins. Il restera au Québec pendant deux ans pour ensuite s’installer en France, où il mourra le 27 novembre 1965 à l’âge de 49 ans. Son œuvre est originale, anticonformiste, diversifiée, débordante d’imagination et d’inventivité. Longtemps méconnue, elle a été beaucoup diffusée ces dernières années, obtenant ainsi une reconnaissance méritée.

De Cadet Rousselle à Félix Leclerc chante « Cadet Rousselle »

En 1955, le film fixe muet Cadet Rousselle est composé d’illustrations de Dallaire, de notes de musique et des paroles de cinq couplets de la chanson, insérées entre les images. L’enseignante ou l’enseignant doit alors chanter la chanson, tout en déroulant le film manuellement. En 1958, l’ONF ajoute un disque vinyle 78 tours à la production. C’est Félix Leclerc qui chante la chanson en s’accompagnant lui-même à la guitare. Dans les années 1970, la distribution offre une vidéocassette dotée d’un signal d’avancement automatique de l’image. Il est maintenant plus facile de visionner le film et d’écouter la chanson en même temps. En 1989, à l’occasion du 50e anniversaire de l’ONF, le cinéaste Daniel Frenette réalise une animation à partir du film fixe et de l’interprétation de Félix Leclerc. Le film, maintenant intitulé Félix Leclerc chante Cadet Rousselle, est présenté  le 6 septembre 1989 à la galerie Montcalm de Gatineau au cours du vernissage d’une exposition consacrée aux œuvres de Jean Dallaire.

Nous vous offrons donc cette semaine la version définitive d’un film entamé il y a plus de 40 ans! Découvrez les illustrations fabuleuses d’un grand peintre québécois.