Pause ONF : « J’aurai ta peau », une oeuvre sombre sur l’arrogance et la cupidité

Pause ONF : « J’aurai ta peau », une oeuvre sombre sur l’arrogance et la cupidité

Pause ONF : « J’aurai ta peau », une oeuvre sombre sur l’arrogance et la cupidité

J’aurai ta peau (Skin for Skin) est le tout dernier film de Carol Beecher et Kevin Kurytnik. Le duo de cinéastes travaille ensemble depuis plus de deux décennies, mais il s’agit, et de loin, de son œuvre la plus sombre.

Décrit comme une « allégorie sur la cupidité et sur la sanction spirituelle qu’elle engendre », J’aurai ta peau se déroule à l’époque de la traite des fourrures. À la limite de l’histoire d’horreur, le film montre un homme qui semble incapable d’apprendre de ses erreurs.

Apprenez à connaître les cinéastes, leur équipe et leur processus avec ce court métrage réalisé dans le cadre de la série Pause ONF.

J’aurai ta peau : L’histoire

En 1823, le gouverneur de la plus importante entreprise de commerce des fourrures au monde vient au Canada pour voir comment il pourrait s’enrichir encore davantage. Il n’éprouve aucun remords à chasser sauvagement la faune la plus profitable jusqu’à la limite de l’extinction. Il n’éprouve rien pour les animaux et il n’épargne ni les bêtes ni les oiseaux qui croisent son chemin.

Mais un jour, il est puni par où il a péché et contraint de payer les dégâts qu’il a occasionnés. Mais en tirera-t-il une leçon? Est-il capable de changer? Et même là, est-ce trop tard?

« Nous voulions créer un mythe canadien contemporain qui ne se limite pas à une succession d’événements, de noms, de dates et de chiffres. Une sorte de mythe environnemental qui révèle une vérité profonde sur notre pays en faisant valoir le pouvoir du monde naturel. La nature entraîne l’homme le plus puissant de son époque dans un parcours vers le salut et lui impose de choisir : vivre en respectant un certain équilibre du monde ou périr. »

Origines et influence

Saluant au passage Melville, Coleridge et Poe, les cinéastes Beecher et Kurytnik produisent un conte ensorcelant sur l’arrogance et la cupidité. Le film regorge de tant de références historiques, mythologiques et littéraires en 15 minutes que ça en est ahurissant.

Outre les auteurs mentionnés plus haut, les mythologies nordiques, celtiques et autochtones ont été une source d’inspiration pour le duo ainsi que l’histoire du gouverneur Simpson même et le voyage du héros, de Joseph Campbell.

Les quatre premiers éléments sont à la source de l’histoire et le dernier en influence la structure. Les cinéastes ont conçu leur mythe en neuf parties distinctes, et une transformation, ou métamorphose, se produit entre chacune. C’est là un cadre ingénieux qui permet à l’auditoire de suivre facilement une histoire un rien complexe.

Pour le style visuel, l’équipe s’est laissé influencer par Stanley Kubrick et Steven Spielberg. De Kubrick, elle a adopté la précision visuelle, le cadrage, l’utilisation des lentilles et le montage; de Spielberg, la forme de récit audiovisuel. Comme le dit Kurytnik, « on peut comprendre ses histoires même en coupant le son. »

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Images captées lors de la production de « J’aurai ta peau »

ONF

Style et technique d’animation

Pour créer un film d’une belle richesse visuelle, Beecher et Kurytnik ont décidé d’utiliser une approche hybride 2D-3D. Ils ont aussi mis à profit leur savoir-faire, et celui de leur équipe, en matière d’animation dessinée à la main et d’illustration. Pour les mordus de la technique, j’ajouterai qu’ils se sont servi des logiciels ZBrush (sculpture), Maya (infographie) et After Effects (effets visuels), d’Adobe.

Selon le plan initial, l’animation devait se faire à partir de papiers découpés et d’illustrations, mais les cinéastes ont adoré l’idée de travailler en 3D. Et, comme ils l’admettent d’un ton mi-badin, « les canots et les personnages, c’est difficile à dessiner! »

Avoir recours à la 3D leur a permis de tenter différentes approches sans devoir supprimer une montagne de travail déjà terminé. Ils ont préparé les scénarimages, ils ont confectionné les éléments visuels 3D et ils sont ensuite passés à l’animation du film. Beecher et Karytnik sont extrêmement reconnaissants envers leur équipe, qui n’a pas ménagé ses efforts et a appris de nouvelles techniques sur le tas.

Regarder le film suffit à voir que ça valait le coup…

J'aurai ta peau, Carol Beecher et Kevin D.A. Kurytnik, offert par l'Office national du film du Canada

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