Cinéaste recherché(e) : six questions à la lauréate Véronique Paquette

Après Keyu Chen en 2014, le concours Cinéaste recherché(e), destiné aux jeunes créateurs et créatrices en cinéma d’animation, couronne pour sa 23e édition Véronique Paquette. La réalisatrice entamera sous peu la production de son court métrage.

Le Studio d’animation du Programme français de l’ONF, en accord avec l’engagement de l’institution pour la parité, a réservé cette 23e édition aux femmes.

Depuis 1980, le concours Cinéaste recherché(e) a permis à des artistes comme Michèle Cournoyer, Tali, Nicolas Brault et Jean-François Lévesque d’intégrer la communauté du cinéma d’animation à titre professionnel.

Entrevue avec Véronique Paquette.


ONF : Pourquoi as-tu postulé au concours Cinéaste recherché(e)?

VP : J’ai deux projets de courts métrages qui me tiennent à cœur, et Cinéaste recherché(e) me semblait une excellente occasion, accessible, de faire le saut dans la réalisation d’un premier film professionnel.

ONF : Qu’est-ce qui t’a amenée à l’animation?

VP : La possibilité de développer un outil d’expression de soi. Je n’avais pas l’intention au départ d’en faire mon métier. Plus jeune, je décortiquais les mouvements de natation pour pouvoir les enseigner, et j’ai toujours pratiqué une multitude de danses. L’animation est venue s’imbriquer tout naturellement, avec l’affection et l’aisance que j’ai pour le mouvement.

ONF : Que représente l’animation à l’ONF pour toi?

VP : L’ONF est un endroit propice à l’exploration, aux expérimentations et aux découvertes. Les réalisateurs ont vraiment une liberté de création. Peut-être parce que le cadre commercial n’est pas constamment une pression. C’est aussi un lieu de rencontres et d’échanges grâce à la proximité et à la concentration d’artistes qui travaillent ensemble.

Œuvre de Véronique Paquette

ONF : Quel est le premier film d’animation qui t’a marquée?

VP : À la fin de mes études en dessin animé, je dois dire que Les triplettes de Belleville a changé mes perceptions de l’animation. Le film sortait véritablement des sentiers battus avec son animation minutieuse, ses personnages évitant les clichés, son esthétique nouvelle. J’aimais sa façon de faire du beau avec des choses simples et des formes moins convenues.

Il y a quelques années, Thought of You, de Ryan Woodward, m’a inspirée dans ma démarche visant à allier danse et animation, d’une manière authentique et personnelle. C’est un court métrage dont le processus a intégré des chorégraphies, et qui démontre une animation bien exécutée avec un style graphique original.

ONF : Parle-nous de ton projet.

VP : En une phrase? Une danse libératrice avec un inconnu permet à une femme de renouer avec elle-même.

J’ai déjà été très active au sein de la communauté de tango. J’ai dansé toutes les semaines, je suis partie en Argentine pour m’immerger, j’ai enseigné… Mais depuis quelques années, j’ai pris une certaine distance. Mon film représentera ce que j’aime avant tout de cette danse : un échange humain intense.

J’avais aussi un besoin urgent de sortir de ma technique habituelle et de ma méthode d’animation plus conventionnelle, pour explorer une technique plus authentique et vivante; un peu à l’image du personnage principal qui sort soudainement de sa réalité. Avec ce film, je veux m’offrir un terrain fertile pour expérimenter, tout en étant au service d’une musique vibrante d’émotion. Cette expérience de réalisation me permettra de danser avec mon moyen d’expression qui est l’animation. Peut-être ainsi pourrai-je renouer avec cette danse que j’ai quelque peu délaissée?

ONF : Quel(le) artiste, toutes formes d’art confondues, suis-tu en ce moment?

VP : Ces temps-ci, dans le cadre de mes recherches d’inspiration pour mes projets, je suis tombée sur les œuvres d’Ewa Hauton. J’aime beaucoup l’émotion qui s’en dégage, la qualité du trait, le mouvement en général. C’est très inspirant.

Crédit photo d’en-tête : Guillaume Regaudie.