Ces journalistes risquent leur vie pour nous informer

À une époque où la quantité d’informations explose et où l’instantanéité est devenue la norme, le travail de journaliste n’est plus ce qu’il était. C’est ce qu’illustre le documentaire Un journaliste au front (2016), réalisé par Santiago Bertolino.

Bertolino suit le reporter pigiste canadien Jesse Rosenfeld alors qu’il parcourt notamment l’Égypte, Israël et la Palestine, la Turquie et le Kurdistan irakien.

Pour se démarquer et ne pas perdre son indépendance, il faut redoubler d’efforts et d’audace et ne pas craindre de prendre des initiatives, même si le danger n’est jamais très loin.

Un journaliste au front, Santiago Bertolino, offert par l'Office national du film du Canada

Couvrir les conflits du monde

Le reporter en action se rend notamment à la place Tahrir au Caire, à l’aube de l’élection présidentielle. L’ambiance est à la fête, mais la tension est à son comble. Tout pourrait basculer et tourner à l’émeute. On voit également, à travers les propos des citoyens, que l’Égypte est un pays divisé où la démocratie est compromise.

Bertolino suit Rosenfeld dans ses déplacements : parfois, ils se retrouvent sur une route fermée et doivent rebrousser chemin pour ne pas attirer l’attention et éviter d’avoir des ennuis. Téléphone à la main, le journaliste informe la planète en direct, sur Twitter, notamment. Il multiplie les entrevues afin de nourrir ses articles publiés par différents médias.

Jesse Rosenfeld et un réfugié syrien.

Pour confirmer ses informations récoltées sur le terrain, notamment en Israël où le climat est extrêmement violent et les morts nombreuses, le reporter doit parfois joindre le gouvernement de façon anonyme, afin d’en savoir plus.

Pour aller à Gaza, qui est la proie des bombes, il faut redoubler de prudence. La complexité du travail de journaliste se joue tout particulièrement ici : pour proposer un article intéressant qui lève le voile sur la réalité d’un territoire en guerre, se mettre en danger soi-même fait partie intégrante du métier.

Un métier plus précaire que jamais

Si cette manière de travailler apporte une grande liberté au journaliste et un regard différent sur les conflits pour les médias, elle est tout sauf stable.

Jesse Rosenfeld, Sardar Sharif, et un officier peshmerga.

Deux ans après la sortie d’Un journaliste au front, le réalisateur Santiago Bertolino estime que le métier de reporter indépendant en zone de guerre demeure toujours aussi précaire. La crise dans le monde médiatique n’a guère aidé.

« Sur le plan économique, pour survivre à la crise des médias, les grandes entreprises ont licencié beaucoup de journalistes et réduit leurs effectifs de manière drastique. Et il semble que, depuis quelque temps, ces médias sont en train de redevenir un peu plus rentables et engagent plus de pigistes qu’avant, mais c’est un système à la carte, selon les besoins du moment. À mon avis, ils fonctionnent dorénavant avec une permanence réduite », explique le cinéaste, qui séjourne présentement au Brésil pour la production de son prochain documentaire.

Je crois donc que, de manière générale, la profession de journaliste sera plus précaire que par le passé, ajoute-t-il. Bien sûr, les grands journaux vont conserver leurs chroniqueurs et leurs journalistes vedettes, mais ils miseront pour le reste de leurs articles sur des journalistes à la pige, qui ne bénéficieront pas de salaires fixes et d’avantages sociaux comme auparavant.

Et Jesse a-t-il toujours été aussi déterminé à rendre compte des événements au Moyen-Orient? Il semble que oui.

La dernière fois qu’on s’est parlé, Jesse était à Ramallah et continuait d’écrire des articles, explique Santiago. Il s’intéressait à la situation en Cisjordanie et en Israël, qui ne cesse d’ailleurs de se dégrader. […] Tout ça pour dire que Jesse ne lâche pas et continue son travail avec professionnalisme, et ce, malgré les difficultés du métier, puisqu’il travaille toujours à la pige. Ses conditions de travail n’ont donc pas tellement changé depuis le film! C’est un fonceur, et j’aime beaucoup son style d’écriture à la fois très humain, dénonciateur et précis sur le plan des faits. Longue vie à ce type de journalisme!

Écoutez ici le balado avec Jesse Rosenfeld (en anglais) :