La série des maîtres : Donald Brittain

Films

De tous les géants qui ont jalonné l’histoire de l’ONF, Donald Brittain compte parmi mes préférés. Il m’apparaît comme le mauvais garçon du cinéma – le rebelle gros buveur qui ne craint pas de remettre les prétentieux à leur place… pourvu que l’anecdote se prête à une narration pleine d’esprit. Et qu’elle soit de préférence présentée sous la forme d’une biographie romancée.

Il y a plusieurs années, j’ai effectué des recherches sur son œuvre en travaillant à la préparation de notre sélection de films en ligne. Adam Symansky, producteur, collaborateur et ami de Donald Brittain se chargeait de rédiger la présentation de cette sélection.

Lorsque nous avons discuté du cinéaste disparu, il m’a dit : « Brittain était un fervent Canadien et ses convictions ont influencé toute son œuvre. Il connaissait chacun des arrêts du train du CP sur le parcours Montréal – Vancouver. Il aimait se plonger dans l’histoire du Canada, mais en ne lisant que des biographies. Il voulait idéaliser le Canada et estimait que la meilleure façon de le faire, c’était en créant des personnages. »

Voici quelques-uns de mes films de prédilection. S’ils vous plaisent aussi, vous pouvez visionner le reste de notre collection en ligne.

Champs d’honneur

Ce film est l’un des premiers qu’a réalisés Donald Brittain à l’ONF. La production était subventionnée par le ministère des Anciens Combattants et aucun des cinéastes en vue de l’époque ne voulait y être associé. Le film avait pour objectif de montrer à la population canadienne les lieux où s’étaient déroulées diverses batailles, tels qu’ils apparaissaient durant les années 1960, au moment du tournage. Brittain aurait très bien pu réaliser le film et passer à autre chose, mais c’est au contraire grâce à cette production qu’il a trouvé sa voix et son style. Soutenue par de spectaculaires images, sa plume extraordinaire lui a permis de concevoir une œuvre hors du commun.

Champs d'honneur, Donald Brittain, offert par l'Office national du film du Canada

Pour mémoire

Cet autre film de guerre porte sur la Deuxième Guerre mondiale et sur l’Holocauste. Deux raisons ont amené Brittain à en assurer la réalisation : d’abord, il jugeait important que quelqu’un raconte cette histoire selon la perspective d’un non-juif; ensuite, sa femme était Allemande, un fait avec lequel il semblait devoir se réconcilier. Dans Pour mémoire, la caméra suit un survivant de l’Holocauste qui, en 1965, revient au camp de concentration où il avait été fait prisonnier.

Pour mémoire , Donald Brittain et John Spotton, offert par l'Office national du film du Canada

Le volcan : une réflexion sur la vie et la mort de Malcolm Lowry

Ce film sélectionné aux Oscars® qui dresse la chronique de la vie et de l’œuvre de l’écrivain Malcolm Lowry était cher au cœur de Brittain. Richard Burton en est le narrateur, et ce fil conducteur d’un immense talent teinté par l’alcool traverse à la fois le film et la vie des trois hommes qui y sont principalement reliés. La production a en outre eu le mérite de rapprocher Brittain et son équipe de tournage. Tout concourait à faire de ce long métrage documentaire un grand film.

Le volcan : une réflexion sur la vie et la mort de Malcolm Lowry, Donald Brittain et John Kramer, offert par l'Office national du film du Canada

King of the Hill (en anglais seulement)

Brittain aimait passionnément le baseball, surtout lorsqu’il était question des Expos de Montréal. L’étude de la personnalité d’un joueur professionnel constituait donc pour lui le projet parfait. Le film suit Ferguson Jenkins tout au long de la saison 1972-1973, des entraînements du printemps jusqu’à la canicule du mois d’août. Mais figurez-vous que la plus grande partie du film est fictive : comme il s’est révélé difficile de filmer l’équipe au cours de la deuxième année, il a fallu combler les vides en utilisant toutes les images du tournage de la première année.

King of the Hill , Donald Brittain et William Canning, offert par l'Office national du film du Canada

Paperland: The Bureaucrat Observed (en anglais seulement)

Il s’agit d’un de ces films qui à mon avis n’a pas reçu l’attention qu’il méritait. Vous vous esclafferez devant ce démontage systématique de la bureaucratie et de la paperasserie. Le ton est des plus sérieux et le contenu, absolument ridicule. J’ai appris de Symansky que le film avait constitué pour Brittain un moyen de se venger d’un producteur de l’ONF. L’homme ne manquait pas de culot!

Paperland: The Bureaucrat Observed, Donald Brittain, offert par l'Office national du film du Canada