Le documentaire sous ses multiples étiquettes : explorez quatre genres de documentaires

Le documentaire sous ses multiples étiquettes : explorez quatre genres de documentaires

Films

Saviez-vous qu’ONF.ca offre plus de 2500 films à regarder en ligne?

Et cela ne représente qu’une partie des plus de 13 000 productions réalisées par l’ONF depuis sa création en 1939! D’ailleurs, nombre d’entre elles sont des documentaires, parce que notre mandat a toujours été de faire connaître le Canada et les enjeux sociaux canadiens aux auditoires nationaux et étrangers.

Mais le documentaire présente de multiples facettes — il y a plusieurs genres de documentaires, autant qu’il y a d’approches adoptées par les documentaristes. Vous voulez en savoir plus sur le sujet? Regardez quelques exemples de chaque genre pour vous donner une idée…

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Le cinéma documentaire comme sport extrême : Morten Parker (à l’avant-plan) et son caméraman Ernie Wilson en tournage sur la rivière Gatineau, au Québec, en juin 1946. (Photo : John Mailer)

Le documentaire-exposé : qui, quoi, quand, où et pourquoi

En matière de documentaire, c’est sans doute le documentaire-exposé qui vient d’abord à l’esprit. Ce genre de film :

  • s’adresse directement au public et vise à montrer l’apparence de la réalité;
  • s’appuie souvent sur un narrateur « objectif » faisant autorité, ou sur des titres pour guider le spectateur et interpréter ce qu’il regarde;
  • repose communément sur des photographies et des séquences d’archives ainsi que sur des documents originaux pour présenter des événements historiques;
  • fournit de l’information et tente de prouver le bien-fondé d’une position ou de persuader le spectateur d’une interprétation de la réalité;
  • propose parfois des séquences de « docudrame » ou des reconstitutions d’événements historiques pour remplir les vides entre les séquences déjà tournées.

L’exemple type de ce genre de film est Capitale de l’or, réalisé en 1957, qui décrit la ruée vers l’or à son apogée.

Capitale de l'or , Wolf Koenig et Colin Low, offert par l'Office national du film du Canada

Après le visionnage d’un tel film, on a le sentiment d’avoir parfaitement compris la réalité d’une histoire, d’une situation ou d’une personne. C’est toutefois la raison pour laquelle le documentaire-exposé essuie souvent les critiques — il semble présenter un point de vue simpliste et souvent partial d’une question par ailleurs complexe.

Autre exemple de documentaire-exposé : Les événements d’octobre 1970, qui retrace la crise vécue au Québec en 1970 en raison des actes du FLQ.

Le documentaire d’observation : la réalité sous nos yeux

Dans le documentaire-exposé, nombre de cinéastes et de cinéphiles trouvent le narrateur omniscient un peu trop autoritaire et partial. On a alors pensé combler directement la distance entre le public et le film sans l’intervention du narrateur. Serait-il possible de simplement filmer les événements et de laisser les faits parler d’eux-mêmes?

C’est ainsi que, dans les années 1960, le documentaire d’observation du genre « cinéma vérité » a pris de l’élan. Ce genre de film :

  • repose sur l’utilisation de matériel portable (une nouveauté dans les années 1950) qui place le cinéaste au beau milieu de l’action à mesure qu’elle se déroule;
  • tente de laisser diverses personnes de tous points de vue s’exprimer spontanément sur un enjeu;
  • admet que, par son rôle, le cinéaste a une certaine influence sur le contenu du film tout en s’appliquant à la réduire au minimum;
  • se fonde sur l’idée que la technologie et le langage cinématographiques sont à même de susciter les changements politiques et sociaux, le documentaire devenant alors un outil de militantisme.

Paul Anka (1962) est un exemple exquis et envoûtant du documentaire d’observation. On y suit cette jeune idole dans sa tournée tandis qu’il chante dans des salles à guichets fermés devant des adolescentes en pâmoison. Mais tout le long du film, le spectateur reste libre de tirer ses propres conclusions sur le monde extravagant du spectacle alors que Paul s’exprime à cœur ouvert entre ses prestations.

Paul Anka, Wolf Koenig et Roman Kroitor, offert par l'Office national du film du Canada

Vous voulez d’autres exemples de documentaires d’observation? Regardez Billy Crane Moves Away (1967), portrait d’un pêcheur forcé de déménager pour trouver du travail qui donne un nouveau visage au travail agricole, ou encore La feuille qui brise les reins (1962), film sélectionné par le Globe and Mail comme l’un de 15 documentaires à voir absolument.

Le documentaire de réflexion ou documentaire participatif : quand un arbre tombe dans la forêt…

Toute activité cinématographique arrange et manipule l’illusion de réalité, même si on tente au maximum d’éviter la situation. Le cinéma de réflexion, ou cinéma participatif, met en évidence la ou le cinéaste et ses opinions, voire le processus cinématographique même. (Michael Moore utilise souvent cette technique, en y ajoutant habituellement une bonne dose d’éléments du mode exposé.)

Le documentaire de réflexion se définit communément par ces caractéristiques :

  • le film même est bâti autour du processus cinématographique, notamment la recherche et la quête de connaissances du réalisateur ou de la réalisatrice;
  • le film et son auteur affichent un haut degré de scepticisme quant à la notion de « réalisme »;
  • le lien entre l’auteur du film et ses sujets change la nature de l’histoire tournée.

Un magnifique exemple de ce genre de documentaire est le long métrage applaudi de Sarah Polley Les histoires qu’on raconte (2012) (offert en location, téléchargement et sur DVD). On peut qualifier ce film de documentaire à la première personne, sous-ensemble du genre documentaire de réflexion/participatif dans lequel l’auteur se sert du médium pour examiner sa propre situation dans le but de mieux se comprendre et se découvrir. Dans ce cas, le documentaire fait presque figure d’outil thérapeutique, qui ménage des surprises tant au public qu’à l’auteur.

Les histoires qu'on raconte, Sarah Polley, offert par l'Office national du film du Canada

Le documentaire poétique : une expérience intuitive du monde

Le documentaire poétique repose moins sur les faits que sur le vécu, les images et la vision du monde sous un nouveau jour. Ce genre de film :

  • présente des images hors contexte auxquelles sont ajoutés des effets comme la coloration, le montage, l’accélération ou le ralenti;
  • est non traditionnel ou expérimental tant dans la forme que dans le contenu; ne s’appuie ni sur un processus ni sur un langage cinématographiques standard;
  • vise à susciter une émotion plutôt qu’une vérité.

Pour en voir un exemple, regardez Lumière crue (2012) (offert en location, téléchargement et sur DVD), un beau film basé sur le vécu de plusieurs générations de Terre-Neuviens à travers le regard du poète Michael Crummey.

Lumière crue, Justin Simms, offert par l'Office national du film du Canada

Vous voulez voir quelque chose de plus étrange dans le genre? Demandez-vous si Ceci est un message enregistré (1973) peut même être qualifié de documentaire. On peut certes dire que le film est expérimental, voire poétique, mais la mesure dans laquelle il présente la réalité est vraiment moins claire.

Qu’en est-il de ce classement?

Pour dire vrai, ces genres sont fluides et les frontières entre eux sont tout sauf évidentes. C’est là toute la beauté du cinéma documentaire! Le public peut toujours se demander : jusqu’à quel point est-ce vrai? Dans quel but la ou le cinéaste présente-t-il les choses de cette façon? Pensez à quelques-uns des meilleurs documentaires de l’ONF, disons Kanehsatake, 270 ans de résistance d’Alanis Obomsawin, et demandez-vous à quel genre ils appartiennent.

Personnellement, l’un de mes films préférés de la collection de l’ONF est Le volcan : une réflexion sur la vie et la mort de Malcolm Lowry. La raison pour laquelle j’aime tant ce film est justement qu’il est inclassable. Il comprend certes des éléments d’exposé quand il raconte la vie tumultueuse et la mort prématurée du grand auteur britannique. Mais il présente également une version subjective de la vérité, impossible à classer, une vérité qui imprègne de façon ensorcelante l’ensemble du film, truffé de citations de Lowry. C’est un enchantement.

Le volcan : une réflexion sur la vie et la mort de Malcolm Lowry, Donald Brittain et John Kramer, offert par l'Office national du film du Canada

Regardez ces films et dites-nous ce que vous en pensez dans les commentaires!

Bon cinéma!