Mon Montréal à moi, à travers les yeux de l’ONF

Films

Cette année, on célèbre les 375 ans de la fondation de Montréal. À l’ONF, on a souvent braqué nos caméras sur la métropole multi-culturelle. Sur leurs blogues, Catherine Perreault et Emilie Nguyen se sont penchées sur l’amour de l’Office pour la ville. À mon tour!

Quand on me pose les inévitables questions sur l’identité, j’ai toujours une certaine réticence à m’affirmer canadien ou québécois : les mots semblent trop chargés, politiques plus que géographiques. Je finis toujours par répondre que je suis montréalais. Et pour célébrer cette identité, je vous présente des œuvres qui font de Montréal ce qu’elle est à mes yeux, c’est-à-dire une métropole diverse, un peu folle, chaotique et sublime.

Montréal familière

Les amoureux de Montréal, Jacques Giraldeau, offert par l'Office national du film du Canada

Village mosaïque Côte-des-Neiges, Montréal , Lucie Lachapelle, offert par l'Office national du film du Canada

Mes amis à l’Est arrivent à peine à envisager des voyages vers l’Ouest, s’imaginant qu’il s’agit d’une contrée lointaine séparée du reste de la métropole, inaccessible en transport en commun ou en taxi. Hélas! Ils tardent donc de faire connaissance avec mon quartier, le Village Mosaïque Côte-des-Neiges, Montréal, où on trouve l’Orange, l’Oratoire St-Joseph et l’Université de Montréal. Là, le mot multi-culturel prend tout son sens : le melting pot américain en pleine action, le métissage comme quotidien informel ou la diversité comme fait accompli d’un regroupement hétéroclite et pacifiste. NDG, c’est mon hood.

Orange, Sylvie Trouvé, offert par l'Office national du film du Canada

Il m’arrive cependant de sortir de chez moi. En hiver, j’essaie d’éviter, mais l’été, ma seconde résidence, c’est le Parc Lafontaine. J’y passe des heures à apprécier l’ivresse estivale des rencontres ludiques et amoureuses, des promenades et des pique-niques, d’un lieu qui représente le cauchemar des fondamentalistes religieux et des obsédés du travail : ici, c’est le plaisir qui règne, pendant les heures interminables des étés langoureux.

Montréal créative

Sacrée montagne – La métaphore de Montréal, Hélène de Billy et Gilbert Duclos, offert par l'Office national du film du Canada

En tant qu’auteur et lecteur, je suis guidé par quelques géants, dont la plume et l’esprit réchauffent mon cœur et mon âme. Dans le cadre du projet interactif Sacrée montagne, on a demandé à différentes personnalités de raconter leur rapport avec la montagne du Mont-Royal, ou avec Montréal en général. Toujours pertinent, toujours frappant, Dany Laferrière s’intéresse à l’énorme croix qui surveille la ville. « En tant qu’écrivain, tout m’intéresse, et surtout le sacré. » Le profil de Socalled, un frère spirituel à bien des égards, vaut également la peine d’être vu.

En 2016, nous avons fait de nombreux deuils (celui d’une présidence américaine crédible, notamment), et comme nombreux Montréalais, je me suis rendu devant le petit appartement d’un de nos plus grands poètes, à écouter la voix unique de Leonard Cohen, tandis que les larmes coulaient sur les joues refroidies d’amateurs incrédules d’un musicien qui a fait d’innombrables tête-à-tête avec nos âmes. Il nous a quittés, certes, mais il a habité à Montréal, il a fait vibrer la ville au rythme de ses chansons, de ses romans et de ses blagues. Mesdames et messieurs, M. Leonard Cohen :

Mesdames et messieurs, M. Leonard Cohen, Donald Brittain et Don Owen, offert par l'Office national du film du Canada

Montréal militante

Et il y a aussi Montréal la militante, celle qui a pris les rues avec des casseroles et des idées, le temps d’un printemps duquel il ne semble rien nous rester. Un printemps où les rues de Montréal étaient rouge de monde. Le goût particulier des bombes lacrymogènes et du poivre de cayenne, le son si précis des slogans sous fond de vitres brisées et d’hélicoptères, il me reste encore une trace de tout ça quand j’arpente les rues abîmées de ma ville. Parce qu’on peut toujours y prendre la parole, que ce soit via Twitter ou avec un mégaphone. Après tout, on peut habiter cette ville en tant que citoyenne, poète, étudiante ou immigrant. À Montréal, tout n’est pas possible, mais tout s’essaie.